Lorsque j’écris ces mots, le débat sur la déchéance de nationalité fait rage. La première fois que j’ai entendu le terme de déchéance de nationalité, c’était comme une bonne blague. Un lointain brouhaha dont la réalisation était purement fantasmagorique. Maintenant c’est une réalité tout comme la possibilité de la venue d’un membre de la famille Le Pen au pouvoir. Ce n’est pas une coïncidence. Après tout, la peur semble peu à peu envahir le pays.

Moins d’un an après les événements de Charlie Hebdo, on se retrouve avec une situation hautement violente avec l’attentat au Bataclan. Le choc est immense. D’autant plus que les victimes assistaient à un concert ou étaient installées à une terrasse. Des scènes banales de la vie quotidienne se transformant en champ de bataille.

Il faut agir. Le Président de la République, de toute sa hauteur présidentielle, devant le Congrès réuni à l’occasion de ces événements tragiques, annonce que les terroristes seraient déchus de leur nationalité française. Une onde de choc secoue le pays après cette déclaration. Certains commentateurs s’interrogent et s’empressent de vérifier la juridicité d’une telle mesure ? Est-ce légal ? La réponse ne se fait pas attendre : pas vraiment.

Une loi votée en 1998 portée par la garde des Sceaux Elisabeth Guigou qui complète l’article 25 du Code Civil interdit la déchéance de nationalité si cela rend la personne sous le coup de cette mesure apatride. Dans les hautes sphères, on rappelle très vite que cela concerne uniquement les terroristes bi-nationaux, nous restons dans un État de droit ma petite dame.

Le hic, c’est que cette mesure n’a à l’heure actuelle aucun risque de se réaliser concrètement :

  • quelqu’un·e qui se fait exploser au nom d’un autre « État » se contrefiche de perdre sa nationalité française
  • peu de terroristes sont bi-nationaux.

Oups. Le Président de la République se serait-il trompé en annonçant cette mesure ? Je suis circonspecte face à tout cela. Mon scepticisme face aux politiques est profond et remonte à loin mais en jetant ce pavé dans la mare, le gouvernement l’a placé dans des profondeurs abyssales.

Comment peuvent-ils essayer d’aliéner une partie de la population du fait de sa double nationalité ? Les traiter comme des ennemis de l’intérieur ? Cela dépasse l’entendement ! Je ne suis pas naïve, cette rhétorique a court depuis longtemps, mais je suis peut-être une optimiste qui s’ignore.

Je suis française et mes parents le sont tout autant, mais je ne suis pas blanche et lorsque l’on vous dit à cause de cette couleur de peau que vous ne le serez jamais vraiment, ça fait mal.

Je ne voulais pas en parler mais mes pérégrinations mentales m’y conduisent : mon propre rapport à ma nationalité. Je ne suis pas différente des doubles nationaux. Je n’ai qu’une seule nationalité mais deux cultures. Une de mes cultures n’est certes pas inscrite sur mes papiers officiels mais je la vis au quotidien au contact des membres de ma famille.

Ce qui me fait penser qu’au départ, ils s’attaquent à ceux ayant une double nationalité puis, lentement, sous les cieux moins cléments, ils s’attaqueront aux autres, aux personnes comme moi. Ça peut sonner comme une théorie du complot mais rien n’est fait pour démontrer l’inverse.

Quel gâchis ! On est occupé·e·s à se bouffer entre nous plutôt que d’essayer de régler le conflit sur l’identité. Par conflit d’identité j’entends le fait que la France a dû mal à imaginer une identité française autre que blanche et catholique. Elle préfère pratiquer « l’universalisme », ce concept magique où on ne voit pas les couleurs de peaux, tou·te·s uni·e·s sous la bannière « Liberté, égalité, fraternité ».

La politique de l’autruche, ça marche deux minutes mais ça revient de façon insidieuse. Nous sommes malades et on refuse de guérir de nos propres démons. Ce débat en est la énième preuve.

 


 

Quelques mois après, je reprends la plume. La situation est différente. De ce débat qui a vampirisé pendant des mois l’attention de l’Assemblée Nationale et du Sénat, il ne reste rien, il a été balayé d’un revers de la main par la Loi Travail.

Voyant le bourbier politique que représente cette notion, les personnalité·e·s politiques évitent de le remettre sur la table. La leçon qu’on peut en tirer c’est la fracture qu’elle a accentué entre la majorité au pouvoir et ses électeurs.

La trahison est totale, de plus en plus de personnes annoncent la mort de la gauche et du socialisme en France tels des oiseaux de mauvais augure. La grogne gagne, surtout qu’entre-temps la Loi Travail est passée en force.

Ce débat de la déchéance de nationalité a été le premier acte qui a réellement entrepris les funérailles du gouvernement. Le peuple aurait pu oublier et pardonner mais plus maintenant.

Chaque acte manqué du gouvernement fera ressurgir les squelettes du placard.