Lundi 5 juin, nous « fêtions » la Journée Mondiale de l’Environnement, alors même que ce 1er juin, Donald Trump annonçait le retrait des États-Unis de l’Accord de Paris. Qu’en est-il alors de l’état de notre belle planète et vers quel avenir nous dirigeons-nous à l’heure actuelle ?

ACCORD DE PARIS

L’accord de Paris fait suite à la COP21 qui s’est tenue dans cette même ville en 2015. Il s’agit d’un texte, signé le 22 avril 2016 par 195 pays s’accordant sur la nécessité d’une réduction des gaz à effet de serre dans notre atmosphère (entre autres), pour réduire l’impact du réchauffement climatique. L’annonce faite par Donald Trump du retrait des USA de cet accord n’amènera pas de modification du texte mais remet encore plus en cause la faisabilité et la crédibilité de ce dernier. Le président américain explique sa décision par sa considération d’un désavantage économique flagrant et volontaire mis en place par l’accord pour les Etats-Unis.
Depuis cette annonce, plusieurs maires·ses, gouverneureuses et sénateurices américain·e·s ont affirmé vouloir tenir les engagements de l’accord malgré l’annonce du président. Parmi celleux-ci, les représentant·e·s de la Californie, Washington, New York, mais également Pittsburgh, ainsi que les États du Connecticut, d’Hawaii, du Massachusetts, d’Oregon, de Rhode Island, et du Vermont.

 

Photo de la COP21 à Londres.

Au-delà d’une énième polémique créée par Trump, la difficulté posée par cette nouvelle position américaine va vite se faire sentir : comment coordonner les efforts de chaque État dans un cadre général défavorable à la lutte contre le réchauffement climatique ? Comment mettre en place une politique globale états-unienne dans un contexte où, parallèlement, le président voudrait faire des forages dans les parcs nationaux américains et s’imagine que les États-Unis est le pays le plus respectueux de l’environnement qui soit ? Notons qu’il souhaite également couper une bonne partie des fonds du Green Climate Fund et de l’agence de protection de l’environnement américaine (EPA).

Dans le reste du monde (tout autant sinon plus concerné, quoi qu’en pense Mr. Trump), l’Accord de Paris peut s’avérer très insuffisant dans la lutte environnementale. Il se fonde tout d’abord sur un principe de bonne volonté, ne prévoyant aucune mesure coercitive (aucune pénalité, amende ou réaction spécifique) en cas de non respect des objectifs fixés par chacun des pays signataires.
L’accord prévoit en priorité de contenir le réchauffement climatique en dessus d’une augmentation de 2°C. Il est aussi question du désinvestissement des énergies fossiles pour finalement atteindre une « neutralité carbone », c’est-à-dire un équilibre d’émissions de gaz à effet de serre que notre planète serait capable d’assimiler.
Certains membres de la communauté scientifique y voient un effort insuffisant, les 2°C impactant déjà trop fortement la planète et par conséquent les populations. D’autres pensent qu’il est déjà trop tard et que les solutions proposées ne suffiront pas à contenir le réchauffement climatique et la limite fixée.

Il s’agit surtout pour les États de faire un peu moins pire, et non de régler à long terme le problème, puisque ceux-ci sont libres de leurs actions, sans aucun compte à rendre. Le texte mise sur une transparence des émissions de gaz plus que sur une réduction drastique; il met par ailleurs de côté de nombreux points d’importance dans la lutte contre le réchauffement climatique. L’accord n’est pas non plus équitable pour tous les pays, puisque ceux en développement recevront une aide qui ne comprend pas l’adaptation aux changements climatiques, et ceux subissant en premier lieu les dégâts dus au réchauffement ne se verront que pauvrement dédommagés, sans qu’il y ait de compensation des pays du Nord et des industries majoritairement responsables. Enfin, le texte n’aborde pas la sobriété énergétique et ne prévoit de transition que dans le cadre d’une consommation toujours croissante d’énergie.

LE CAS DE LA FRANCE

Dès l’annonce de Trump du retrait américain, Emmanuel Macron a fait un communiqué accueillant les scientifiques, ingénieur·e·s et entrepreneureuses américain·e·s en France pour continuer la lutte écologique.
Paradoxal étant donné que la France (sous l’égide de son ancienne ministre de l’écologie Ségolène Royal) n’a pas acté la fermeture de ses plus anciennes centrales nucléaires, telle Fessenheim, et cherche par ailleurs à prolonger leur durée de vie ainsi qu’à en créer de nouvelles (les EPR, réacteurs de troisième génération), censées être plus « propres » et moins risquées.
Dans une même suite d’idées, les cars (à moteur à combustion) mis en place par notre actuel président avant son investiture et en tant que ministre de l’Economie, remplaçant les TER électriques, sont encore d’actualité, tout comme le fret routier toujours aussi largement majoritaire dans le pays (87% des transports, contre 10,6% pour le ferroviaire et 2,4% pour la voie maritime en 2015).

Le nouveau ministre de la transition énergétique Nicolas Hulot va peut-être renverser la donne, mais le point de vue capitaliste prédomine puisqu’il affiche une volonté de donner à la France le « leadership climatique », selon ses propres termes. Il n’est pas question de remettre en question notre modèle de vie énergiquement consumériste et gaspilleur, mais de limiter les dégâts, ce qui aujourd’hui ne sera clairement pas suffisant.
On peut cependant espérer une réhausse du budget alloué à la transition énergétique à en croire le site du ministère, ce qui rééquilibrerait la baisse qu’il avait subi fin 2016 sous Mme Royal. Les mois à venir vont être décisifs sur le sujet.

Extrait des chiffres donnés sur le site du ministère de l’Environnement sur le budget 2017.

JOURNÉE MONDIALE DE L’ENVIRONNEMENT

Cette journée, distincte de celle du 22 avril, la journée mondiale de la Terre, est bien moins suivie que cette dernière mais résonne fortement aux oreilles vu les actualités concernant l’accord de Paris. Elle a pour buts :

  • la lutte contre la destruction de la couche d’ozone
  • la lutte contre la déforestation
  • la préservation de la qualité des réserves d’eau
  • la lutte contre la désertification et la sécheresse

Le thème de cette année est « Rapprocher les gens de la nature ». On peut y voir une occasion de reconnexion à la nature, d’en apprendre plus sur notre impact personnel, ou une énième consigne de culpabilisation individuelle pour dédouaner les gouvernements et entreprises de leur propre impact. C’est selon.
Le pays hôte de 2017 n’est autre que le Canada, dont l’implication dans la transition énergétique est capitale du fait de sa superficie et des ressources dont il est responsable. Il est aujourd’hui le 5ème plus grand producteur de pétrole mondial et fait face à plusieurs polémiques concernant celui-ci : de l’oléoduc Keystone XL à la sous-estimation de la pollution engendrée par l’industrie pétrolière, le Canada n’est pas exempt de changements drastiques à apporter à son économie pour réduire son impact environnemental. La diminution récente de sa masse forestière (due à des incendies, à la déforestation et à un dérèglement de la biodiversité) est également à pointer du doigt.
Justin Trudeau, le Premier Ministre canadien, a par ailleurs faits certains choix allant à l’encontre de l’Accord de Paris et de toute logique environnementale, comme la ratification d’un gazoduc pour l’exportation du gaz de schiste vers le marché asiatique, ou celle du CETA (Comprehensive Economic and Trade Agreement) pour un libre échange agricole avec l’Europe facilité.

Pour être honnête, il m’a fallu voir le doodle du jour de Google pour être au courant de cette journée mondiale, qui est aussi la Pentecôte dans notre cher calendrier laïc (sic) et je n’ai trouvé que très peu d’articles du jour sur le sujet, malgré l’actualité. Créée par la PNUE (Programme des Nations Unies pour l’Environnement), l’idée était pourtant de « soulever régulièrement les questions essentielles de la protection de l’environnement et ses conséquences sur la qualité de vie des populations et la survie de notre planète ». Comme quoi il y a encore du boulot.