Parler des inégalités en matière de santé en France est toujours délicat : nous avons, sans aucun doute, l’un des meilleurs systèmes de santé au monde, et le remettre en question publiquement revient à se jeter couvert de miel dans une fourmilière. Même sans miel et avec une seule fourmi c’est douloureux, mais là n’est pas la question.

C’est un fait : sur le papier, surtout quand il s’agit d’accès aux soins, nous sommes (pour la plupart d’entre nous) exceptionnellement bien loti·e·s. La majorité des soins sont couverts par la sécurité sociale, et on peut aller aux urgences sans s’attendre à devoir régler une facture de plusieurs centaines d’euros à la sortie.
Il existe toujours le problème réel d’avancer l’argent lors d’une consultation pour les personnes les plus précaires, qui devrait être au moins partiellement réglé d’ici la fin de l’année grâce à la généralisation du tiers-payant, mais ce n’est pas encore gagné.
C’est pourquoi je ne souhaite pas parler aujourd’hui d’accès aux soins, même s’il reste encore problématique pour trop de gens : immigré·e·s et réfugié·e·s, personnes trans…
Je vais plutôt parler ici des difficultés à se maintenir en bonne santé, quand on manque d’accès aux informations ou de la possibilité à mettre en place les « bons réflexes ».

Bon, déjà, enfonçons des portes ouvertes :

L’école maintient les inégalités.

Il y a même un rapport qui le confirme ici

Navrée pas navrée (nous remercions @SirPsychoHelo pour cette traduction audacieuse), mais c’est un fait : quand il s’agit de prévention, les écoles sont loin d’offrir les mêmes ressources à tou·te·s ses élèves.
Prenons l’exemple de la sexualité : officiellement, l’éducation à la sexualité est obligatoire. Dans les faits, en cours, elle est abordée bien trop souvent uniquement sous l’angle reproductif et, bien que les écoles soient incitées à faire appel à des intervenant·e·s, les coûts restent à charge de l’établissement. On se demande bien qui sera lésé par la question. Le résultat, c’est qu’un quart des établissements secondaires n’ont aucune éducation spécifique à la sexualité (plus de détails dans ce rapport de l’HCE ).
Et pour celleux qui en bénéficient, il s’agit souvent d’une simple mise en garde contre les MST/ grossesses indésirables, centrée sur les relations hétérosexuelles.

Oui, on peut dire que l’éducation à la santé se fait également à la maison, mais les enfants et adolescent·e·s ne sont pas tous logé·e·s à la même enseigne : Quid des parents qui n’ont pas le temps ou les connaissances nécessaires pour transmettre les bonnes informations à leur(s) enfant(s) ? De celleux qui refusent d’aborder certains sujets? L’école française telle que nous la vend le gouvernement est censée gommer les inégalités sociales de ses élèves. Pour ensuite se dédouaner en renvoyant l’apprentissage civique ou sexuel et l’information pour l’orientation, entre autre, à des organismes locaux ou aux familles.

Les inégalités sociales

Passons à la suite logique, parlons des inégalités liées au statut social. Je vais conserver l’exemple de l’information à la sexualité pour l’instant, parce que de nombreux rapports sortent à ce sujet. Celui-ci montre bien que que la pilule est aujourd’hui en perte de vitesse (A la suite de plusieurs scandales comme celui de Diane 35 ), et que les personnes ayant besoin d’un moyen de contraception ne la remplacent pas de la même façon selon leur niveau d’étude ou leur profession. Et les personnes les plus défavorisées se tournent souvent vers les méthodes les moins sûres, généralement faute d’informations, car les médecins ne nous indiquent que rarement toutes les méthodes disponibles.
« Ouais mais ielles ont qu’à s’informer gneugneugneu » Alors non. Il faut savoir où chercher l’information, faire le tri entre toutes les indications contradictoires… C’est du temps et de l’énergie.

Du temps qu’on n’a pas quand on travaille à plein temps, qu’on a une vie de famille à gérer, qu’on connait la précarité…. Et de l’énergie qui peut nous manquer pour des raisons aussi diverses que le travail et/ou la maladie pour ne donner que ces exemples.
Et ça ne concerne pas uniquement la contraception. L’alimentation, l’exercice physique… sont autant de conditions dont dépend notre bien-être, et il est difficile de mettre en place de bonnes habitudes quoi qu’en dise instagram.
Alors d’accord, toutes les informations sur les moyens disponibles pour améliorer son mode de vie et par conséquent sa santé sont disponibles. Mais une personne épuisée n’a pas forcément la motivation d’aller à la salle de sport ou de faire une série de repas/goûters healthy et maison. Sans parler des dépenses que ça implique.

Je vais simplement illustrer par cette phrase prononcée par une connaissance qui, avant de reprendre ses études, avait un métier épuisant, debout toute la journée, avec des heures supplémentaires, des horaires pourris et une vie de famille :
« Même si on a l’information et la prévention, qu’on sait quels sont les bons réflexes à avoir et à mettre en place, quand tu rentres d’une journée de 10 heures, t’en as plus rien à battre du recyclage et des cinq fruits et légumes par jour.”

Et donc la prochaine fois qu’on parlera des problèmes du système de santé en France, au lieu de monter aux créneaux en lançant l’écran de fumée traditionnel (« Oui mais regardes les États-Unis c’est pire »), dites-vous que oui, on est biens. Mais qu’on peut faire encore mieux.

(Certains essaient : Je vous invite donc discrètement à penser, pour celleux qui peuvent et veulent évidemment, à vous intéresser à des structures comme le planning familial qui a toujours besoin de volontaires et de petits sous)