Rencontre avec Clothilde Chamussy, créatrice de la chaîne YouTube Passé Sauvage et vulgarisatrice en archéologie.

Pour les personnes qui ne te connaissent pas encore, peux-tu te présenter en quelques lignes ?

Je m’appelle Clothilde Chamussy et j’ai 26 ans. Je suis diplômée en archéologie. Au cours de mes études à Lyon, j’ai participé activement à plusieurs chantiers un peu partout en France (Bretagne, Narbonne, région lyonnaise) ; c’est là que j’ai été directement formée à l’archéologie de terrain. En parallèle, j’ai également obtenu un certificat de plongée sous-marine. Après mon master, j’ai voulu me lancer dans une thèse en archéologie. Comme je n’ai pas obtenu de financement, j’ai songé à me réorienter. Je me suis donc inscrite à un concours pour devenir institutrice. Dans le même temps, j’ai commencé à écrire des scripts de vidéos. J’ai finalement laissé tomber le concours et je me suis lancée à 100 % dans la création de ma chaîne YouTube. Je ne regrette pas du tout ce choix.

Qu’est-ce qui t’a poussée à te lancer sur Youtube ?

Pendant mes visionnages de vidéos de vulgarisation scientifique sur YouTube, une question n’arrêtait pas de me hanter : « Mais où sont les femmes ? », c’était une vraie catastrophe. Il n’y avait de plus pas de chaîne dédiée spécifiquement à l’archéologie. En ce qui concerne l’Histoire, je connaissais uniquement Manon Bril (de la chaîne C’est une autre histoire) et je crois que pour l’instant elle est toujours la seule dans ce domaine [NdlA : Cf. les recommandations en fin d’article]. Créer une chaîne YouTube traitant de sujets archéologiques correspondait pile à ce que je voulais faire : à la fois rester dans le domaine de l’archéologie et des sciences humaines, et divulguer le savoir à un plus large public.

Pourquoi la chaîne s’appelle-t-elle « Passé Sauvage » ?

Ca a été un peu difficile de trouver le nom de la chaîne. Je ne voulais pas que ce soit un simple jeu de mots à base du mot « archéo ». À l’époque, mon compagnon – qui est archéologue – était en train de lire La Pensée sauvage de Claude Lévi-Strauss, un des ouvrages fondateurs de l’ethnologie. Il m’a dit : « Nous n’avons qu’à faire Passé Sauvage. » Cela me plaisait et avait un sens, il est resté.

Comment choisis-tu les sujets de tes vidéos ?

J’ai mis environ cinq mois avant de me lancer. J’ai rapidement dressé des listes de sujets. Je les choisissais en fonction de mes lectures universitaires et personnelles ou de cours que j’avais suivis à la fac. Depuis les trois premières vidéos, j’ai sans arrêt des idées de nouveaux sujets en tête ! Concernant les thématiques, je n’ai pas de préférence. J’ai commencé avec le Néolithique parce que je trouvais qu’au niveau pédagogique c’était beaucoup plus intéressant et que je n’avais pas envie de faire des allers-retours dans le temps. De plus, je n’avais pas eu beaucoup l’occasion de l’étudier à la fac, je me fais plaisir en somme haha ! Par contre, c’est vrai qu’il y a des périodes qui sont actuellement totalement absentes dans ma chaîne, le Moyen-Âge [NdlA : européen] par exemple que je ne maîtrise absolument pas. Ceci dit, pourquoi pas !

Y a-t-il un sujet dont tu aimerais absolument parler mais auquel tu ne t’es pas encore attaquée ?

Oui, j’aimerais un jour avoir la possibilité d’expliquer l’excision. C’est un sujet qui me tient à cœur et qui va me demander énormément de travail de recherche. Il existe déjà sur YouTube de nombreuses vidéos sur le sujet, certaines m’ont particulièrement choquée. Je vais donc mettre le temps qu’il faut avant de l’aborder sur la chaîne, en proposant d’abord d’autres vidéos explicatives, sur le décentrement par exemple.

En moyenne, combien de temps te prend la réalisation d’une vidéo, de la phase de recherche aux dernières finitions après montage ?

Une vidéo me prend une centaine d’heures, mises bout à bout, que je répartis sur trois semaines. Je prends également une petite semaine pour gérer tous les bugs et problèmes, faire relire mon script et pré-visionner ma vidéo. Pour l’instant, je n’arrive pas à faire plus d’une vidéo par mois et je ne suis pas sûre de vouloir changer ce rythme, qui me convient parfaitement.

Comment définirais-tu la réception de tes vidéos par le public ?

Mes vidéos sont très bien reçues par le public ! J’en suis étonnée à chaque fois. En ce qui concerne les commentaires sexistes, je n’ai jamais reçu d’attaque sur mon physique et je n’ai eu qu’une seule personne depuis le début de la chaîne qui remettait en question mes compétences. Par contre, je reçois énormément de commentaires contenant des propositions non sollicitées [NdlA : rappelons que ce genre de commentaires est tout aussi déplacé et sexiste qu’une remarque sur le physique de la vidéaste]. J’ai par exemple des hommes qui se permettent de m’inviter à aller boire un verre alors que je ne les connais pas… Cela mis à part, je n’ai jamais eu de gros problèmes.

Pour revenir à ta formation en archéologie, le terrain ne te manque-t-il pas trop ? Continues-tu à pratiquer la plongée sous-marine ?

Oui, le travail de terrain me manque d’un certain côté… Cet été surtout, avec la reprise de certains chantiers auxquels j’avais participé et qui étaient vraiment super. En réalité, quand je me suis réorientée, cela a changé beaucoup de choses. Je suis sortie de certains réseaux (archéologie, plongée sous-marine) pour en intégrer d’autres . Ceci dit, je pratique toujours la plongée pour mon plaisir !

Pour finir, aurais-tu une anecdote de chantier à nous partager ?

Sans mentionner les galères comme fouiller à la lumière de phares de voiture jusqu’à 23 h, j’ai une anecdote qui me restera toujours en tête. Lors de mes études à Lyon, j’ai eu l’opportunité de participer à une prospection sous-marine en Méditerranée. L’objectif était la recherche d’amphores. En m’éloignant un peu du groupe, j’ai redécouvert… une épave ! Il s’agissait d’un petit cargo datant de la Seconde Guerre mondiale, qui disparaissait souvent des cartes des fonds marins car il n’est pas accroché au sable. Il s’agit d’un de mes meilleurs souvenirs d’archéologie.

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La Prof

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Les Revues du Monde

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