Le 13 novembre 2015, environ 1500 personnes se trouvaient dans le Bataclan.
480 ont pris des balles ce soir-là dans Paris.
130 en sont morts, 350 ont survécu.
Parmi celleux-ci, Sophie.

À l’heure actuelle, Sophie a toujours une balle logée dans son bassin, que les médecins ne veulent pas prendre le risque d’enlever.
C’est douloureux, et un rappel constant de ce par quoi elle est passée.

Elle [la balle, ndlr] m’empêche de rester assise ou debout trop longtemps. Les médicaments contre la douleur, soit ils ne font pas effet, soit j’y suis allergique, soit ils ne vont simplement pas.

Son sommeil est toujours agité, elle ne dort que 3 à 4 heures par nuit. Quand ce n’est pas la douleur qui la réveille, ce sont les cauchemars.
Pas certaine de pouvoir porter un enfant un jour, elle « n’aspire qu’à une chose : retrouver un semblant de dignité ».
Et ce n’est pas trop que de demander à l’État de l’y aider…

L’État, le gouvernement, parlons-en justement.
Derrière les belles promesses et la création d’un Secrétariat d’État chargé de l’Aide aux victimes le 11 février 2016, le gouvernement ne bouge pas d’un pouce.
Alors que le suivi psychologique des victimes devrait être une priorité, celles-ci sont livrées à elles-mêmes.

Aucune aide pour trouver læ psy qui pourrait nous convenir, ou qui serait au moins spécialisé·e dans l’ESPT [état de stress post-traumatique, ndlr] et qui pourrait nous donner des conseils pour essayer de retrouver un semblant de normalité et de dignité.

Sophie a vu 5 psychologues depuis le 13 novembre 2015.

Entre celui qui s’endort quand on lui parle, celleux qui te prennent entre deux rendez-vous, te mettent sous antidépresseurs, prennent leurs 100 € et basta… la seule qui m’a sauvée est partie à la retraite et a pratiqué l’EMDR* avec moi.

En plus de devoir gérer sa convalescence, elle a également dû se frotter seule à l’administration.

On doit se battre seul·e·s face à notre vécu et nos souvenirs, j’ai dû harceler la sécurité sociale pour savoir si on allait prolonger ma prise en charge…

Il a aussi fallu que Sophie fasse face aux trolls et faux·sses ami·e·s, celleux qui disaient qu’elle exagérait – « Elle n’a pris qu’une balle dans la jambe…» –, qu’elle avait touché de l’argent, celleux qui lui disaient que l’État n’est pas sa mère…

Nous ne sommes pas sa chair à canon. Nous souffrons du fait de LEURS décisions.

Les médias quant à eux ne sont présents que lorsqu’un tweet fait le buzz, ou lorsque la date du 13/11 approche.

On est un peu la poule aux œufs d’or pendant une semaine et ensuite on nous laisse à notre galère.

Heureusement, les associations telles que 13onze15 et Life for Paris font un énorme travail et sont là pour soutenir les victimes.

Iels se battent pour nous, parce qu’on a qu’une seule envie, c’est de renoncer.

Après un entretien téléphonique avec Emmanuel Domenach, le président de l’association 13onze15, il est ressorti que ce que souhaitent les victimes, c’est un véritable échange avec l’Etat. Jusqu’à présent, tous les contacts avec le gouvernement ce sont fait par le biais des associations. On leur laisse entendre que tout va bien, que la secrétaire d’Etat s’occupe de tout, mais rien ne change de leur côté. Iels se sentent abandonné·e·s.
D’après monsieur Domenach, certaines choses pourraient être améliorées :
– Des aides plus centrées sur les aides des victimes : accompagnement médical, psychologique et juridique. En effet, bien que l’Etat indemnise les victimes d’attentats, celleux-ci doivent financer elleux-mêmes les frais d’avocats.
– Plus de transparence quant à l’indemnisation : celle-ci a valeur de reconnaissance, il faudrait donc simplifier les relations entre les victimes et le fond de garantie.
– Donner un statut aux aidant·e·s : celleux-ci prennent des jours de congés, arrêtent temporairement de travailler mais ne sont pas reconnu·e·s par le gouvernement.
– Judiciariser la procédure d’indemnisation : aujourd’hui, c’est une procédure amiable avec un expert nommé par le fond de garantie.

En bref, s’occuper des victimes et de leurs familles même en dehors des projecteurs et de l’argent versé.