Selon l’OMS, l’alcoolisme est une maladie, qui se trouve dans la catégorie des « troubles mentaux et troubles du comportement ». Les Alcooliques Anonymes partagent cette conception de l’alcoolisme et le décrivent quant à elleux comme une perte de contrôle face à l’alcool. J’adopterai dans cet article la vision des Alcooliques Anonymes, qui est une association dont je suis proche, mais il est bien sûr tout à fait possible de contredire cette vision.

Qui est alcoolique ?

Alcoolique n’est pas synonyme de « personne buvant beaucoup d’alcool ». En effet, un alcoolique désormais abstinent, c’est-à-dire qui ne boit plus une goutte d’alcool, reste alcoolique. Il est aussi possible de détecter très tôt une faiblesse face à l’alcool, et de choisir l’abstinence avant d’être tombé dans le cycle infernal de l’addiction. De plus, de nombreux alcooliques non-abstinents ne boivent pas nécessairement beaucoup, mais ont besoin d’alcool pour fonctionner. À l’inverse, certaines personnes boivent énormément et régulièrement mais ne développeront jamais d’addiction.

Nous ne sommes pas tou·te·s égalaux face à l’addiction et certain·e·s y sont plus sujet·te·s que d’autres, et ce à cause de plusieurs facteurs. Plus que tout, c’est sans doute la présence d’une autre pathologie qui influe le plus sur l’alcoolisme. C’est désormais une vérité connue : de nombreuses pathologies mentales comme la dépression ou la schizophrénie favorisent l’apparition d’addiction chez les malades. Pour les Alcooliques Anonymes, une personne alcoolique est nécessairement dépressive (ou souffrante d’une autre pathologie mentale) et c’est la souffrance causée par cette pathologie qui amènera l’individu à avoir besoin d’alcool. C’est pourquoi les Alcooliques Anonymes ne s’intéressent pas tant à l’addiction d’une personne qu’aux souffrances qui ont menées à cette addiction.

Si vous êtes en questionnement par rapport à votre potentiel alcoolisme, je ne peux que vous conseiller de passer le test disponible sur le site des Alcooliques Anonymes.

 

Comment soigner l’alcoolisme ?

Pour les Alcooliques Anonymes, on ne guérit pas de l’alcoolisme car une fois l’addiction créée, elle reste pour toujours et la consommation incontrôlable et régulière d’alcool peut revenir avec le moindre verre, tout comme un ancien fumeur peut retomber dans son addiction avec une simple cigarette. Bien sûr, des contre-exemples existent, et certains alcooliques parviennent à recommencer une consommation d’alcool, modérée cette fois. Les alcooliques abstinents doivent prendre garde à ne pas ingérer d’alcool. Exit, donc, certains plats ou médicaments qui pourraient en contenir. Toute absorption d’alcool va-t-elle déclencher à nouveau une consommation effrénée d’alcool ? Non. Un Alcoolique Anonyme m’avait une fois raconté qu’en sortant d’un long meeting politique, il s’était jeté sur un verre de jus d’orange pour étancher une grande soif. Après avoir avalé sa première gorgée, il s’est rendu compte qu’il ne s’agissait pas de jus de fruit, mais de punch. Il a alors posé son verre et est allé trouver une autre boisson non alcoolisée. Le danger, dans ce genre de situation, est de terminer le verre.

Pour soigner l’alcoolisme, il est possible et primordial de gérer, voire de guérir, les causes initiales de cette addiction. C’est pour cette raison que les Alcooliques Anonymes se réunissent chaque semaine pour parler ensemble de leurs souffrances. Officiellement, la seule condition pour accéder aux réunions est d’avoir reconnu son problème avec l’alcool et de vouloir parvenir à ou maintenir l’abstinence face à l’alcool. En plus de ces réunions non-mixtes, chaque groupe d’Alcooliques Anonymes organise une fois par mois une « réunion ouverte » où toute personne est la bienvenue, ce qui est idéal pour les personnes en questionnement, pour les proches de personnes alcooliques ou encore pour toute personne s’intéressant à cette maladie.

À noter : des groupes parallèles aux Alcooliques Anonymes se sont montés. C’est le cas des Al-anon, pour les compagne·on·s d’alcooliques, ou encore des Alateen, pour les enfants d’alcooliques.

 

Les principes des Alcooliques Anonymes

Fondé aux États-Unis dans les années 1930, l’idéologie des Alcooliques Anonymes est très marquée par le christianisme mais la dimension religieuse tend à s’effacer, et les réunions sont bien entendu ouvertes à tou·te·s, peu importe la religion ou l’absence de religion. Les Alcooliques Anonymes actuel·le·s ne croient pas tou·te·s en Dieu, mais tou·te·s reconnaissent le pouvoir d’une « force supérieure », qui peut être Dieu, le hasard, le destin…

L’anonymat est une des valeurs essentielles du mouvement. Il est interdit de révéler contre son gré l’identité d’un·e Alcoolique Anonyme. Au delà de ça, il est demandé aux membres de rester discrets en dehors des réunions. Si deux Alcooliques Anonymes se croisent en dehors d’une réunion, il leur est demandé de n’aller vers la personne que si l’on est assuré·e de ne pas mettre mal à l’aise la personne en face, par exemple en la forçant à expliquer pourquoi les deux se connaissent.

Un des plus grands principes des Alcooliques Anonymes est la bienveillance. Lors des séances, il est demandé aux différentes personnes présentes de ne pas s’affronter, ni même de se contredire entre elles. Chacun·e, bien sûr, peut penser et dire ce qu’iel souhaite, mais les « tu as tort » sont proscrits.

Nous avons déjà parlé du principe d’abstinence, essentiel chez les Alcooliques Anonymes, mais un autre principe vient le compléter : « Un jour à la fois ». Plutôt que de choisir de s’abstenir à vie, les Alcooliques Anonymes s’engagent chaque jour à s’abstenir pour 24 heures de plus, et renouvellent cet engagement chaque jour. Si pour les alcooliques déjà abstinents depuis longtemps l’idée d’être abstinent·e à vie n’est pas un problème, pour une personne essayant de sortir du cycle de l’addiction, cette règle peut s’avérer très utile : plutôt que de regarder l’immense montagne à gravir, on regarde ses pieds et chaque pas que l’on parvient à faire.

 

Médaille des AA décernée à ceux qui ont fait preuve de sobriété pendant une certaine durée. Au dos est gravée la Prière de la sérénité.

Médaille des AA décernée à ceux qui ont fait preuve de sobriété pendant une certaine durée. Au dos est gravée la Prière de la sérénité.

Aider un·e proche à sortir de l’alcoolisme

Aider un·e proche à sortir de l’alcoolisme

Il n’y a pas de marche à suivre précise et infaillible, mais certains principes me semblent importants. Tout d’abord, ne jamais culpabiliser la personne, qui n’a rien fait de mal et est victime de cette maladie et de nombreuses souffrances. Ensuite, rassurer la personne sur ce qu’elle traverse et expliquer qu’il n’y a rien de honteux dans le fait d’être alcoolique, tout comme il n’y a rien de honteux dans le fait d’avoir une grippe. Vous pouvez encourager et accompagner votre proche à une réunion ouverte des Alcooliques Anonymes, sans jamais læ forcer, ou encore l’encourager à consulter un·e psychologue/psychiatre. Enfin, vous pouvez directement contacter les Alcooliques Anonymes de votre ville.

Il n’y a pas de marche à suivre précise et infaillible, mais certains principes me semblent importants. Tout d’abord, ne jamais culpabiliser la personne, qui n’a rien fait de mal et est victime de cette maladie et de nombreuses souffrances. Ensuite, rassurer la personne sur ce qu’elle traverse et expliquer qu’il n’y a rien de honteux dans le fait d’être alcoolique, tout comme il n’y a rien de honteux dans le fait d’avoir une grippe. Vous pouvez encourager et accompagner votre proche à une réunion ouverte des Alcooliques Anonymes, sans jamais læ forcer, ou encore l’encourager à consulter un·e psychologue/psychiatre. Enfin, vous pouvez directement contacter les Alcooliques Anonymes de votre ville.

« Si quelqu’un, quelque part, tend la main en quête d’aide je veux que la main d’Alcooliques Anonymes soit là » – citation connue du mouvement AA.

Ayant été très proche d’un alcoolique anonyme, j’ai fréquenté de nombreuses réunions ouvertes. Après une de ces dernières, une alcoolique anonyme était venue me parler en toute discrétion alors que mon proche était un peu plus loin pour me demander si j’avais un problème dont je voulais lui parler sans que mon proche ne soit au courant. Au cours d’un congrès national qui s’était déroulé au Grand Rex à Paris, les organisateurs avaient demandé à toute la salle de se lever. Un « décompte » avait alors été enclenché et chaque personne devait s’asseoir quand son temps d’abstinence était annoncé. Ayant bu l’avant-veille, je me suis assis à « 48 heures ». Une main réconfortante s’est alors posée sur mon épaule, et un homme derrière moi m’a chaleureusement félicité, les larmes aux yeux. Très vite, le nombre d’heures ou de jours sont devenus difficiles à entendre et la salle tremblait sous les applaudissements d’une foule incroyablement fière de ce qu’avaient accompli chaque personne présente.

 

La lutte contre l’alcoolisme est incroyablement difficile, et les Alcooliques Anonymes font sans cesse preuve d’une bienveillance incroyablement touchante et rassurante. Si vous avez un problème avec l’alcool, je ne peux que vous conseiller de fréquenter leurs réunions. Vous y trouverez un espace de parole protégé et sans jugement, et un nombre incroyable de mains tendues. Prenez soin de vous, vous le méritez.