En 2014 j’ai, pour la première fois de ma vie, fait un don à une association caritative : je touchais mes premiers salaires, j’avais donc les moyens de donner, un peu. J’ai commencé avec un don unique, à la Ligue contre le cancer, de 10 €. C’est une petite somme, je comptais renouveler le don régulièrement.

C’était sans compter sur le courrier que j’ai reçu quelques semaines seulement après avoir donné. Une grosse enveloppe, contenant plusieurs feuilles A4 de bonne qualité imprimées en couleur, pour me remercier de mon don. Sur le principe, je n’ai rien contre le fait d’envoyer un courrier de remerciement, mais je comprends mal l’intérêt de le faire par papier :

  • l’impression coûte cher, surtout quand il s’agit d’impression couleur sur du papier épais ;
  • l’affranchissement coûte cher, surtout quand il s’agit d’envoyer plusieurs feuilles par personne à remercier ;
  • la logistique coûte cher, surtout quand il faut envoyer plusieurs dizaines ou centaines de lettres par jour.

Je vous rappelle que mon don remonte à 2014, il y a deux ans, donc. Or, sauf erreur de ma part, il y a deux ans, internet existait déjà. J’en suis même sûre : j’ai effectué mon don via internet. La ligue contre le cancer a à sa disposition mon adresse email, il leur était donc possible de m’envoyer un mail aussi long et aussi coloré qu’ils le souhaitaient sans que cela ne leur coûte un centime.

Vaguement ennuyée par cette lettre, je suis retournée vaquer à mes occupations, jusqu’au jour où j’ai reçu une deuxième lettre de la ligue contre le cancer, m’enjoignant à faire un deuxième don ; puis une troisième, toujours pour me demander quelques euros.

Je ne suis pas une spécialiste des prix de l’impression, mais avec les trois (ou quatre, je ne me souviens plus) courriers reçus, tous bien fournis en papier de bonne qualité et très colorés, et contenant une enveloppe pré-affranchie pour certains, je pense que ma poubelle de bureau a reçu un don de la part de la Ligue contre le cancer d’un montant avoisinant les 10 €.

Ironique, non ?

Je vais passer sur l’aspect anti-écologique du courrier papier pour me concentrer sur ce qui me gêne précisément dans ce cas : une association dépense une somme équivalant grossièrement à mon premier don pour me pousser à en faire un deuxième.

Et la science dans tout ça ? Et la recherche ? Je ne suis pas complètement naïve ; je me doute que ce ne sont pas mes 10 € (ou mes “3,4 € après déduction fiscale”, comme ils se plaisent à le répéter à longueur de champ) qui allaient rayer le cancer de la surface de la Terre, mais j’espérais qu’ils seraient un peu mieux investis.

Après vérification, en 2012, seuls 41 % des fonds de la ligne nationale contre le cancer étaient consacrés aux œuvres, 45 % partant en frais de collecte et 14 % en frais de fonctionnement (source). En voyant ces chiffres, je regrette amèrement de ne pas avoir creusé avant de donner. Je regrette de m’être fait avoir par le marketing et d’avoir été influencée par mon histoire personnelle.

Car c’est aussi sur cela que comptent toutes les associations caritatives qui répartissent leurs fonds de façon douteuse : les blessures personnelles (j’ai, comme beaucoup de monde malheureusement, perdu plusieurs personnes de ma famille à cause d’un cancer) et l’empathie. Et je refuse que mes proches décédé·e·s servent à financer le train de vie du fondateur d’une association caritative et/ou sa mauvaise gestion.

Alors oui, dans mon cas, il s’agit uniquement de 10 €, mais je suis loin d’être la seule personne à donner à la Ligue contre le cancer (ou à une autre association, à en croire le tableau cité en source plus haut, elle est loin d’être la seule à avoir besoin de revoir ses comptes…) et j’avais dans l’idée de donner plus et régulièrement. À ce compte là, je préfère encore que l’argent parte dans mes impôts : au moins, je sais où il va !

Mais alors, comment faire pour donner en s’assurant que l’argent est utilisé à bon escient ? Des “classements” des associations comme celui cité plus haut sont réalisés régulièrement et permettent de savoir si les comptes sont sains. De plus, les associations qui reçoivent plus de 153 000 € de subventions annuelles ont l’obligation de rendre leurs comptes publics (source). Reste à s’assurer, une fois la question purement comptable réglée, que l’association est bien transparente sur ses actions et qu’elle est réellement bénéfique. Mais ce point mérite un article à part entière.