Bonjour cher·e ami·e.

Comment vas-tu ? Il faut dire que ça faisait longtemps. Tes vacances au Touquet se sont bien passées ? Je dois dire que ces derniers temps je suis un peu furieuse.

Vois-tu, il y a une vieille litanie qui revient et qui va se faire assourdissante bientôt. Que je dois voter pour ton parti sinon, ce sera pire avec les Républicains ou même avec le Front National. Soit. Dis-moi, qu’est ce que la femme racisée que je suis aurait à tirer de voter pour ton parti ? Dis-moi.

La sécurité ? Pas sûr. Récemment, tu n’as pas cessé d’encourager des arrêtés liberticides ce qui a conduit au déshabillage public de femmes, à des agressions et à des refus de soin et de service dans des restaurants. Moi-même femme racisée, portant par excès de coquetterie un foulard sur la tête, cela ne me rassure guère. D’ailleurs, en parlant de sécurité, les récépissés pour les contrôles au faciès c’est pour quand ?

Je te vois me rétorquer tout sourire “tu exagères, avec le président Hollande ça allait ! Tu te souviens avec Sarkozy, quand il disait « la racaille » et « casse toi pov’ con », c’était pire !” Tiens, parlons-en des propos tenus. Tu sais il y a la ministre des Familles, de l’enfance et des Droits des femmes qui a fait une sortie chez Bourdin que je n’oublierai pas de sitôt. Je te vois rougir, mais oui c’est bien celle où elle comparait les femmes voilées aux esclaves pro-esclavage. Tu t’en souviens ? C’est vrai que pour le discours apaisé, on repassera. Je vois que sous une présidence socialiste, on peut tenir des propos ouvertement racistes en tant que ministre et s’en sortir sans rien, même pas un petit recadrage du Premier Ministre. Pour un gouvernement qui a fait de la lutte anti-raciste sa priorité, crois-moi, ça fait désordre .

Cher·e ami·e, je dois t’avouer que je suis écoeurée. Je te parle de cette ministre mais il y a aussi le Premier Ministre Manuel Valls qui me dérange. Vois-tu, des femmes musulmanes ont décidé de prendre la parole dans le New York Times et au lieu d’écouter et j’insiste sur ce mot, écouter simplement sans jugement aucun, il met en doute la parole de celles-ci en blâmant le “camp d’été décolonial”. Il fait comprendre que leur parole ne vaut pas grand chose puisqu’elle se conforme à une “vision ultra-rigoriste de l’Islam“ (sic). À ce niveau-là, les bras m’en tombent. En tant que premier ministre, écrire un discours d’une telle indigence, suintant d’une telle ignorance crasse, c’est à couper le souffle.

Le mépris ne s’arrête pas là, ton parti a mis sur la table des propositions directement pompées au voisin ; à savoir la Loi Travail et la déchéance de la nationalité. Beaucoup ont déjà écrit, chanté, dansé sur les pavés vis à vis de cela, je n’y reviendrai pas.

Maintenant, tu es perplexe ; pourquoi toute cette liste de récriminations à l’encontre de ton parti ? Je ne devrai pas hurler, je devrai garder mon calme et simplement voter pour quelqu’un d’autre. Mais tu te gausses car de toutes façons “c’est [v]ous les moins pires”. Et c’est ça mon problème. Vous êtes les « moins pire ». Maintenant, au lieu de voter pour un candidat qui porte un projet auquel on croit, on vote pour le « moins pire ». Enfin surtout à gauche, à droite certain·e·s arrivent encore à incarner une certaine vision à laquelle je n’adhère pas mais qui est existante. Je mérite mieux en tant que personne. Je mérite un·e dirigeant·e à laquelle ou auquel je pourrais croire un minimum, non pas par défaut mais par choix. Une personne qui ferait au moins le job. Je ne cherche pas de héros, c’est fini ça. Ni d’Homme Providentiel. Juste une personne qui fasse le taf mais, même ça, la gauche que tu représentes est incapable de me le donner.

Cher·e ami·e, je suis sûr que nous aurons l’occasion de nous revoir. Tu vas bientôt battre le pavé pour convaincre le peuple français de faire de nouveau confiance à ton parti. Je te souhaite tout l’échec du monde.

Ta tendre amie,

Santia