C’est une histoire qui se répète inlassablement, et qui arrive chaque mois avec son lot de douleur (et parfois de soulagement) : les règles. Elles viennent rarement seules, plus souvent accompagnées de galères et frayeurs en tous genres ; et si ce n’est pas votre cas, c’est celui de votre fidèle rédactrice.

En tant qu’utilisatrice de la cup, il y a quelqu’une qui a compris mon problème : Fanny, fondatrice de la plateforme participative Clean Your Cup, qui référence tous les endroits publics où l’on peut changer sa cup tranquillement, à l’abri des regards, en France et dans dix-huit autres pays.

D’où vient le projet Clean Your Cup ?

Il est né d’un besoin qui était selon moi celui de pouvoir avoir l’esprit tranquille lorsque l’on sort de chez soi avec une cup, qu’on ne peut pas juste changer comme un tampon. En tant que cupeuse endurcie, j’avais moi-même vécu de grosses galères : à la fin de l’année dernière, en sortant du métro Alexandre Dumas, j’avais une urgence, et je me suis réfugiée dans un vieux rade pourri, dans lequel j’ai été surprise de voir que les toilettes étaient « cupsafe » [ndlr: des toilettes dont le robinet se trouve dans la cabine, pour pouvoir nettoyer sa cup à l’abri des regards]. C’est là que je me suis dis qu’il serait vraiment utile qu’il y ait un moyen de référencer tous ces endroits, et c’est de là que le projet est parti. Mon objectif, avec Clean Your Cup, c’est aussi de démocratiser l’utilisation de la cup, qui fait encore peur à beaucoup de gens.

Quelle a été votre plus grande galère de règles ?

Les premières règles de ma vie m’ont traumatisée. J’étais assez jeune, je devais avoir 10 ans, et ma mère ne m’avait jamais expliqué comment ça se passait. Personne dans mes copines à l’école ne les avait.
Elles me sont tombées dessus pendant l’été. Ma mère n’était pas là et je n’avais personne à qui m’adresser, alors que je ne savais pas ce qui m’arrivait, et que je sentais que ma vie était radicalement en train de changer. Je pense qu’il y a de grosses lacunes dans la préparation aux règles, les enfants ne sont pas toujours informé·e·s. Et même si aujourd’hui grâce à Internet l’information est plus accessible, les règles restent un gros tabou qu’il est difficile d’aborder, avec les autres ou par soi-même. D’ailleurs, vous le savez, puisque vous avez lancé une pétition là-dessus.

En parlant de tabou, comment les gens réagissent-ils quand vous leur dites que vous avez créé un projet lié aux règles ?

Eh bien, ma passion pour les règles n’est vraiment pas nouvelle, donc les gens autour de moi n’ont pas été surpris·es : par exemple, il y a quelques années, j’avais créé le collectif « Fluides », dans lequel on travaillait à déconstruire les préjugés sur les règles de façon artistique, afin de leur donner une place que l’on avait pas l’habitude de leur donner – et notamment de les placer en tant qu’œuvre d’art.
Donc quand j’ai commencé le projet, les gens autour de moi ont été très motivé·e·s et impatient·e·s de pouvoir y contribuer. C’est comme cela que la communauté a commencé : ma mère, ma soeur, mes potes, et moi. Aujourd’hui, nous sommes 450 ambassadeurices dans 19 pays à contribuer au projet, c’est à dire à trouver et désigner les endroits « cupsafe ».

À quoi ressemble la communauté de Clean Your Cup ?

Il n’y a pas de typologie des ambassadeurices : il y a des femmes, des personnes non-binaires, quelques hommes. Beaucoup sont à fond dans le mode de vie zéro déchet et voient la cup comme une finalité écologiste, il y a des féministes militantes, des jeunes filles qui sont encore au lycée, et même des femmes ménopausées. Celles-ci n’ont pas connu la cup à leur époque et approuvent le concept à fond.
Lorsque des personnes m’écrivent pour devenir ambassadeurices, elles me racontent leur vie, leur parcours, leur rapport aux règles et c’est toujours très touchant. Ce sont des gens avec qui tu peux parler de ça sans galère, et ça fait du bien.