Le handicap auditif touche une multitude de personnes, dans une variété de formes, et à tout âge. Nous avons évoqué dans un précédent article les remarques à bannir face à une personne déficiente auditive. Aujourd’hui, nous allons plus loin en fournissant des conseils pratiques à destination des entendant·es pour faciliter la vie des sourd·es et des malentendant·es.

Aborder quelqu’un·e

Si vous voulez attirer l’attention de quelqu’un·e ayant une déficience auditive, il y a un protocole à suivre.
Tout d’abord, ne criez pas le prénom de la personne dont vous voulez l’attention. Cela semble évident, mais vous n’êtes pas (ou mal) entendu. Il ne sert donc à rien d’essayer, vous allez embarrasser votre interlocuteurice et en plus cela va vous agacer.
Ce qu’il convient de faire est d’attirer l’attention de la personne d’une autre façon que par la parole, sans être agressif·ve. Le moyen le plus simple et efficace est d’aller vous placer directement dans le champ de vision de votre interlocuteurice et d’agiter la main. Iel vous remarquera plus facilement. Il est important de respecter l’espace vital des gens, n’allez pas vous agiter dans tous les sens à deux centimètres de leur visage !
 

Deux personnes communiquent par des gestes.

Deux personnes communiquent par des signes.

 
Bannissez à tout prix le claquement de doigt, c’est vraiment la pire chose à faire. Claquer des doigts est infantilisant et méprisant au possible. Même remarque en ce qui concerne le fait de lancer un objet sur la personne qui ne vous entend pas : ne le faites pas.

Vous pouvez aussi essayer de jouer sur les vibrations. Les personnes qui n’entendent pas ou entendent mal y sont particulièrement sensibles. Taper doucement sur la table où vous êtes assis·es fonctionne très bien. Une fois de plus, tout est question de mesure, ne tapez pas violemment du poing sur la table. Gardez à l’esprit que la personne ne vous entend pas et se faire tirer de ses pensées par un geste agressif ne met pas dans un bon état d’esprit.

Et le toucher ? Le toucher doit être à garder en dernier recours, en cas d’urgence ou d’échec des tentatives précédentes. Tout comme il ne vous viendrait pas à l’esprit d’attraper le bras d’un·e entendant·e, ne le faites pas en profitant du handicap de quelqu’un·e. Il existe toute une étiquette sur le toucher. Comme dit et redit précédemment, oubliez les gestes agressifs. Il faut que vous gardiez en tête l’espace vital de la personne et les zones qu’il est acceptable de toucher, à savoir le bras, l’épaule et la main. Rien de plus. Avec tous les conseils que nous vous donnons dans cet article, vous êtes parfaitement capable d’attirer l’attention de votre interlocuteurice sans être oppressif·ve. Ne touchez pas la taille, les cuisses, le torse, les parties génitales de la personne sous prétexte que vous voulez attirer son attention. Si la violence du geste est à bannir, il en est de même pour les gestes tendres. Une caresse surprise, même si vous êtes læ partenaire de la personne, est très désagréable. N’oubliez jamais le consentement !
 

 

Entendre et comprendre, guide de conversation pratique

Entendre et comprendre sont deux choses différentes. Beaucoup de personnes malentendantes et certaines personnes sourdes appareillées entendent. La différence réside dans le fait qu’iels ne comprennent pas, parce qu’iels n’entendent pas la même gamme de fréquences sonores. Une personne déficiente auditive peut par exemple entendre une voiture qui passe dans la rue mais pas la sonnerie de son téléphone. Tout dépend des fréquences entendues par les personnes ! Ainsi, dans une conversation, plusieurs fréquences et sons sont employé·es. Il est donc très difficile de suivre une conversation et d’en comprendre parfaitement tous les mots. La plupart des personnes avec un handicap auditif devinent le sens en fonction du reste de la phrase. Cette méthode n’est pas pour autant parfaite puisque beaucoup de mots et expressions se ressemblent et prêtent à confusion. « Pour nous » et « porno » sont très proches au son et se prononcent avec le même mouvement de lèvres ce qui donne lieu à des quiproquo assez comiques.
Pour comprendre une conversation que l’on entend mal, la lecture labiale est souvent nécessaire. Pour la faciliter, il convient de parler à vitesse normale, en articulant bien et se plaçant face à la personne. Si on vous demande de répéter, ne parlez pas plus fort ou n’articulez pas exagérément : la prononciation en est déformée et c’est contre-productif. Vous pouvez en revanche reformuler votre propos. N’oubliez pas de bien placer votre visage dans le champ de vision de votre interlocuteurice et de ne pas cacher votre bouche. Tout le visage est important, parce que la lecture labiale est en réalité une lecture complète des expressions faciales. En fonction du type de handicap auditif, soyez attentif au langage corporel de votre interlocuteurice ; si iel se déplace de manière à tendre une oreille plutôt qu’une autre, prenez le en compte.
 

faceàface 3

Deux personnes communiquent par des signes.

 
Si malgré tous vos efforts, la personne ne vous comprend toujours pas, ne laissez pas tomber. Même si cela ne vous semble pas utile de répéter une phrase anodine quatre fois, c’est important pour votre interlocuteurice. Parce que les personnes qui lisent sur les lèvres font attention à tout le langage corporel, iels voient très facilement que ça vous agace de répéter. Pensez à ellui, qui est probablement frustré·e de ne pas comprendre ! Abandonner avec une remarque de type « Non mais tant pis, c’était pas important », ne fait qu’exclure un peu plus les personnes déficientes auditives. Dans le cas de discussions dans un groupe, vous pouvez proposer de retranscrire les paroles les plus importantes à la personne malentendante. Si vous étiez dans une pièce où tout le monde parle une langue que vous ne maîtrisez pas, vous aimeriez que quelqu’un vous traduise ce qu’il se passe !
Enfin, si vous êtes face à quelqu’un qui ne parle pas du tout ou parle avec difficulté, soyez patient·e. Prenez le temps, envisagez des solutions comme écrire, ou chercher des images sur Internet. La parole n’est pas le seul moyen de communication et pour une multitude de raisons, certaines personnes avec un handicap auditif ne parlent pas ou peu. Une fois de plus cela dépend de la personne : certaines personnes sourdes ont une élocution parfaite tandis que d’autres non. Les personnes qui sont moquées pour leur manière de parler peuvent développer un complexe et éviter à tout prix de parler. Quel que soit le cas de votre interlocuteurice, soyez bienveillant·es. Ne paniquez pas, ne montrez pas de dégoût, cela se voit et est très blessant.

 

Aider au quotidien et être un·e bon·ne allié·e

Quand vous rencontrez quelqu’un·e avec un handicap, qu’il soit auditif ou non, n’en demandez pas la cause. La personne a rarement envie de vous décrire son dossier médical et si elle veut le faire, elle en prendra l’initiative. Poser des questions sur le handicap est intrusif. Vous pouvez demander à la personne si elle a besoin d’aide mais si elle refuse, laissez-la tranquille. Dans le cas particulier du handicap auditif, ne parlez jamais à la place de la personne en situation de handicap, sauf si elle vous l’a explicitement demandé. Vous pouvez également trouver des lieux adaptés au handicap auditif : des cafés signes où l’on communique en LSF ou tout simplement des lieux calmes, sans pollution sonore. Ne négligez pas la fatigue des personnes handicapées, qui doivent sans cesse s’adapter au monde des valides. Les appareils auditifs sont très fatigants, un peu comme passer sa journée à côté d’un mégaphone. Certaines personnes malentendantes ne peuvent pas être appareillées, mais l’épuisement est tout autant là. Si le handicap ne se voit pas toujours, la fatigue non plus ! Vraiment, si vous connaissez la situation de handicap auditif de votre interlocuteurice, choisissez un lieu propice à la discussion, qui ne résonne pas et qui n’est pas noyé dans des bruits parasites. Concrètement, la pollution sonore est un facteur d’isolement social pour les personnes en situation de handicap auditif. Les restaurants, les bistrots, les bars, etc. sont des endroits potentiellement problématiques lorsqu’on a un handicap auditif. Il est rageant de ne pas pouvoir prendre part aux discussions et de sortir de là éreinté·es par la concentration nécessaire pour ne pas être relégué·es comme pot de fleur de la soirée. Enfin, si vous souhaitez aider les personnes sourdes et malentendantes (mais pas que !), vous pouvez participer à la mise en place de sous-titres sur Internet. Vous pouvez faire des scripts d’émissions de radio, sous-titrer des vidéos YouTube… Les possibilités sont larges et vous faciliterez ainsi la vie des personnes en situation de handicap.

Les personnes valides ne se rendent pas toujours compte de leur privilège et nous ne pouvons que les encourager à faciliter la vie des personnes en situation de handicap. Nous espérons que ces conseils vous seront utiles et vous aideront dans votre vie quotidienne !