Depuis toujours, je suis passionnée par l’orthographe, la grammaire, les règles de typographie… Après une formation dans l’édition, j’ai fait de cette étrange fascination ortho-typographique mon métier : je suis correctrice (entre autres).
L’orthographe et la grammaire (et parfois la typo), c’est surtout une question de compréhension : une fois qu’on a saisi le fonctionnement de la phrase, il est plus facile d’accorder, de conjuguer et de se rappeler des règles. Mais il est également plutôt pratique d’avoir quelques moyens mnémotechniques pour éviter de douter tout le temps.
Si je n’ai absolument pas la prétention de me substituer à un·e professeur·e de français, je peux donner quelques explications ainsi que des trucs et astuces pour vous aider à éviter ces petites et grosses fautes ! En voici la première fournée.

 

Homonymes et paronymes tordus

Homonymes : se dit de 2 mots qui se prononcent exactement pareil ; paronymes : se dit de 2 mots qui se prononcent presque pareil. En voici quelques-uns, leurs définitions et des moyens mnémotechniques pour ne pas les confondre !

À l’attention de / À l’intention de
À l’attention de est une expression principalement utilisée en tête d’une lettre pour préciser le destinataire. À l’intention de est une locution prépositive (c’est-à-dire un groupe de mot qui sert de préposition) qui signifie « pour ».
Exemple :
J’ai écrit cette lettre à l’intention de mon horrible directeur et ai noté hypocritement, en tête de la missive, « À l’attention de notre chef bien-aimé ».

Sensé / censé
Sensé signifie « qui a du sens ». On retrouve l’orthographe de sens dans sensé, donc facile à retenir. Cette femme est intelligente, elle est sensée.
Censé signifie « présumé, supposé ». Elle est censée le retrouver à 16 h.

Septique / sceptique
Septique a un sens initial très poétique : « qui produit de la putréfaction », et plus récemment : « qui produit l’infection ». Au quotidien, à moins d’être médecin, on l’utilise surtout pour qualifier une fosse.
Sceptique signifie « qui doute”. La Terre est plate ? Tu es sûr ? Je suis sceptique…
On peut être une fausse sceptique et avoir une fosse septique lol super merci.
Astuce bonus approuvée par Luna : en anglais, sceptique se dit sceptical et se prononce skeptikeul (sorry la phonétique) : on entend le c ! Pensez-y quand vous essaierez de vous rappeler « Mais qu’est-ce qu’elle disait, tata Carmen, sur septique et sceptique ? »

Public / publique
Public, quand il est adjectif, signifie « qui concerne tout le monde ». Au féminin il fait « publique ». Un banc public reconnu d’utilité publique par les amoureux.

Public, quand il est nom, signifie en gros « l’ensemble des gens concernés par quelque chose ». Il n’y a pas d’équivalent féminin (pour l’instant) donc on ne le trouvera pas écrit avec « -que ».
Le public de Simonæ est sans égal.
L’émission de M6
Rencontrer son âme sœur en faisant de la plongée sous-marine a été boudée par le public.

 

Syntaxe

• L’anacoluthe
Oh le joli mot ! La première fois qu’on m’en a parlé, j’ai cru que c’était un petit animal trop choupi. Hem.
Quand elle est voulue, l’anacoluthe est une figure de style qui provoque la surprise mais quand elle est involontaire, et c’est le cas la plupart du temps, c’est une maladresse de style qui crée un chaos sans nom dans la construction syntaxique qui n’a rien demandé.

Photo d'un petit chaton qui se demande "Mais qu'est-ce qu'elle raconte tazta Carmen ?"

Photo d’un petit chaton qui se demande « Mais qu’est-ce qu’elle raconte tata Carmen ? »

Bon maintenant, explication concrète avec exemple à la clé. Une anacoluthe, c’est une rupture syntaxique : on commence une phrase d’une manière et on la finit différemment. Ça arrive la plupart du temps lorsque la phrase débute par un participe ou quand elle contient un infinitif, qui n’ont pas de sujet exprimé.
Exemple : Une fois arrivés à la maison, mon père me prépara un sandwich.

Le sujet sous-entendu de « arrivés », c’est nous (mon père et moi) alors que le sujet exprimé de « me prépara » c’est il (mon père). Pour que la phrase soit homogène il faudrait que le sujet sous-entendu du participe ou de l’infinitif soit le même que le sujet exprimé du verbe de la proposition auquel le participe/l’infinitif se rattache.
Dans la phrase d’exemple, on pourrait corriger en écrivant plutôt Une fois que nous fûmes arrivés à la maison, mon père me prépara un sandwich. Transformer le participe passé « arrivés » en verbe avec un sujet exprimé (« que nous fûmes arrivés ») résout le problème.

Voici encore des petits exemples, et comment les corriger simplement :

En plongeant, mon maillot de bain s’est enlevé. Le sujet sous-entendu de « en plongeant », c’est moi. Le sujet de « s’est enlevé » c’est « mon maillot de bain ». RUPTURE il y a.
En plongeant, j’ai perdu mon maillot de bain.
-> Là on change le sujet de la proposition principale et on adapte un peu le verbe pour avoir le même sujet pour le participe présent (« en nageant ») et pour le verbe de l’autre proposition (« ai perdu »)


Mon frère me donne son violon électrique pour jouer dans un groupe de métal symphonique.
Le sujet de « donne” c’est « mon frère », le sujet sous-entendu de l’infinitif, c’est « je ». POUET. Essaie encore.
Mon frère me donne son violon électrique pour que je joue dans un groupe de métal symphonique.
-> Ici, on conjugue le verbe à l’infinitif et on exprime son sujet (je)

Attention, on peut tout à fait antéposer un participe présent ou passé s’il a le même sujet que le verbe de la proposition à laquelle il est rattaché ! Par exemple : Une fois arrivée à la maison, j’ai préparé mon propre sandwich, toute seule comme une grande.

BONUS DE TATA CARMEN
Voici des anacoluthes célèbres, voulues, assumées, bref : la crème de la crème de l’anacoluthe.

« Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l’archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher. »
Baudelaire

« Le nez de Cléopâtre, s’il eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé. »
Pascal

 

Typographie

Læ correcteurice ne doit pas seulement être attentif·ve aux fautes d’orthographe, eh non ! Ça serait beaucoup trop simple, et cela ne læ ferait pas assez tourner en bourrique. Il y a aussi les erreurs typographiques qui viennent lui chatouiller les yeux. Voici deux trucs à utiliser si vous voulez faire plaisir au correcteur mais aussi si vous voulez avoir un texte / un roman / une lettre de motivation propre et homogène.

Les titres d’œuvres
Déjà, un titre de livre, de film, etc. se met en italique. Lorsqu’un titre ne commence pas par un article défini (le, la, les, l’), on met une capitale (communément appelée majuscule) au premier mot, et bien sûr aux noms propres : Un long dimanche de fiançailles, Voyage au bout de la nuit, Madame Bovary, Du côté de chez Swann
Lorsqu’il commence par un article défini, le titre prendra une capitale au premier mot, au premier nom mais aussi à tous les mots qui précèdent ce nom SAUF dans 2 cas que je vais citer juste après, un peu de patience les ami·e·s : L’Éducation sentimentale, Les Grandes Espérances, Les Trois Petits Cochons
MAIS si le titre commence par un article et est une phrase, on ne met de capitale (cap’ pour les intimes) qu’au premier mot et aux noms propres ! La guerre de Troie n’aura pas lieu, Le monde s’effondre
Et enfin, s’il y a un parallélisme évident entre deux parties coordonnées du titre, on met une capitale au premier mot et une capitale au terme mis en parallèle : Guerre et Paix, Anges et Démons (salut Dan !)…

Par amour pour nos amis les anglo-saxons, nous avons tendance à faire comme eux et mettre des capitales à pratiquement tous les mots d’un titre Mais C’est Pas Comme Ça Qu’on Fait en Français.

Abréviations courantes
* Quand on parle des années soixante il est d’usage de noter les années 1960 plutôt que les années 60.
*Et cetera (qu’on peut écrire et cætera) s’abrège en etc. avec juste un point après : et cetera a la même signification que les points de suspension, inutile d’en rajouter !
*Pour les unités de mesure :
mètres : m ;
litres : l ;
heures : h ;
minutes : min ;
secondes : s
Avant ces unités de mesure, on met toujours une espace (oui oui, une) et si possible, une espace insécable qui empêche l’unité d’être séparée de son chiffre : ctrl + alt + espace (Windows) ou cmd + espace (Mac OS) sous Word.

 

Capitales accentuées et ligatures

Question : pourquoi accentuer les capitales ? Bien souvent on les trouve dépourvues d’accent, que ce soit dans des ouvrages ou dans la presse. Eh bien sachez qu’à chaque fois que vous n’accentuez pas une cap, un chaton meurt quelque part dans le monde, en même temps qu’un arc-en-ciel disparaît. Plus sérieusement, l’accent fait partie de l’orthographe du mot, au point que parfois, son absence peut créer des quiproquos cocasses. Voici un titre imaginaire issu d’un tabloïd tout aussi imaginaire.

LE JEUNE TUE

Qu’on peut interpréter (avec un poil de mauvaise foi) ainsi : le jeune tue (un assassin âgé de seulement 5 ans, vous imaginez ?), le jeune tué (un pauvre jeune homme, si sympathique, assassiné par son chat), le jeûne tue (“il faut manger de temps en temps” estime une étude hautement scientifique), le jeûne tué (critique de la société laïque ?).

Bref, accentuez vos capitales, et faites vos ligatures. Comment ?

On remarque que les utilisateurs de Mac ont moins besoin de post-it pour le coup. En revanche je suis désolée je n’ai pas trouvé de solutions pour les gens qui n’ont pas de pavé numérique. Si vous avez trouvé une solution magique, commentez, je vous en prie !

 

Grammaire

AI, AIT ou AIS ?
Tout d’abord, je vais éviter de me lancer dans le débat comment ça se prononce ? é ou è ? T’es du Sud ou t’es du Nord ? De toute façon en-dessous de Paris c’est le Sud / au-dessus de Montauban c’est le cercle polaire, etc. Bref. Plusieurs conjugaisons utilisent une terminaison en ai, ait ou ais. Bien que certaines personnes les prononcent différemment, elles sont la plupart du temps des homophones uniformes de « é » ou de « è » selon la région où l’on se trouve, ce qui provoque des erreurs de graphie.

Finissent par AI
Le verbe avoir à la première personne du singulier au présent de l’indicatif : J’ai du mal à te croire, Robert.
Certains verbes conjugués à la 1re personne du singulier au futur de l’indicatif (c’est long à dire) : Je mangerai quand j’aurai fini cet article.
Certains verbes conjugués à la 1re personne du singulier au passé simple de l’indicatif : Je posai délicatement le fruit dans la coupelle.

C’est je le sujet ? C’est le futur ou le passé simple ? -> ai

Finissent par AIS
Certains verbes conjugués à la 1re ou 2e personne du singulier à l’imparfait de l’indicatif. Il fut un temps, je lui plaisais beaucoup (à Robert, pas à mon chien).
Certains verbes conjugués à la 1re ou 2e personne du singulier au conditionnel présent. S’il était plus calme, je le laisserais sortir (mon chien, pas Robert).

La faute la plus fréquente est de confondre la première personne du futur de l’indicatif, qui finit par ai, et celle du conditionnel présent, qui finit par ais. Pour choisir entre le futur et le conditionnel voici un petit truc : il suffit de conjuguer le verbe sur lequel on a un doute à la 1re personne du pluriel (nous) qui a une forme très différente selon le cas.
Et dans dix ans, je m’en irai (j’entends le loup et le renard chanter).
-> Et dans dix ans, nous nous en irons : c’est du futur (en cas de doute, vérifier grâce au conjugueur du Bescherelle ou autre)

Si j’avais le temps, je mangerais toute la journée.
Si nous avions le temps, nous mangerions toute la journée : c’est du conditionnel (en cas de doute, même solution que pour le futur)

Finissent par AIT
Certains verbes conjugués à la 3e personne du singulier à l’imparfait de l’indicatif. Il pleurait tellement qu’elle put boire ses larmes d’homme viril jusqu’à plus soif.
Certains verbes conjugués à la 3e personne du singulier au conditionnel. Il aurait dû être présent mais, comme il avait attrapé un rhume, il envoya sa femme.

Le sujet c’est il, elle ou iel ? C’est de l’imparfait de l’indicatif ou du conditionnel ? -> ait

Vous en avez marre hein ? Voilà une photo de chaton mignon pour vous reposer avant qu’on aborde les derniers points de grammaire.

Fait + infinitif
Qui ne s’est pas demandé, un jour, quelle était la bonne orthographe entre « La tortilla que j’ai fait déguster à ma voisine » ou « La tortilla que j’ai faite déguster à ma voisine » ? Une logique superficielle de « lorsque-le-COD-est-placé-avant-le-verbe-on-accorde-le-participe-passé-avec-le-COD » nous orienterait vers la seconde solution mais ce serait une erreur de céder aux sirènes de la règle pas vraiment trop trop assimilée de l’accord du participe passé.
Décortiquons cette phrase en la remettant dans un ordre qui occasionnera moins de confusion, on la remettra dans l’autre sens après :
J’ai fait déguster une tortilla à ma voisine : J’(sujet) ai fait (verbe conjugué) déguster une tortilla à ma voisine (COD du verbe conjugué).
Le COD du verbe conjugué est un groupe infinitif (un groupe de mots centré autour d’un infinitif) qu’on peut aussi décortiquer pour voir ce qu’il y a à l’intérieur : déguster (verbe) une tortilla (COD) à ma voisine (COI).
Donc, bien que, dans la phrase originale, le COD tortilla soit placé avant le verbe qu’il complète, ce n’est pas le COD du verbe conjugué au passé composé, mais bien le COD du verbe à l’infinitif ! Donc on n’accorde pas le participe passé « fait » avec « la tortilla ».

Je vous entends d’ici : « Euh t’es bien gentille tata Carmen avec ta phrase décortiquée, mais moi j’ai pas le temps de réfléchir à chaque fois que j’écris “fait”, je suis une femme active en pleine croissance, j’ai besoin de RAPIDITÉ ! »
Eh bien, je vous ai compris·es. Voici un moyen terriblement rapide et prodigieusement efficace : lorsqu’il est suivi par un infinitif, le participe passé de faire ne s’accorde jamais. Tout simplement.

En revanche, « Cette tartine que j’ai faite, elle était délicieuse » OUI il faut quand même se poser la question quand il n’y a pas d’infinitif après « fait ».

BONUS RÉFORME DE L’ORTHOGRAPHE
Bon d’accord, tout le monde se moque de cette réforme, mais si un jour elle est appliquée ceci vous sera peut-être utile.
Alors que, jusqu’ici, les avis étaient partagés quant à l’accord du participe passé « laissé » suivi d’un infinitif, depuis la réforme de l’orthographe de 1990 on n’est jamais censé·e·s l’accorder.

L’impératif
L’impératif est un mode fort sympathique qui permet, entre autres, de donner des ordres. Attention, si vous êtes une femme et que vous employez l’impératif, vous serez rapidement qualifiée de « chieuse », de « connasse » ou autres qualificatifs équivalents de l’adorable « bossy » anglo-saxon. Ceci dit, quitte à l’utiliser, autant l’écrire sans fautes.

Le mode impératif ne se conjugue qu’à deux temps, le présent et le passé, et à trois personnes, 2e du singulier et du pluriel (tu et vous) et 1re du pluriel (nous)

À l’impératif présent, pour les verbes en -er (principalement 1er groupe et aller), on ne doit pas mettre de s à la fin du verbe conjugué à la 2e personne du singulier. C’est une faute très courante et compréhensible étant donné que c’est la terminaison correcte du présent de l’indicatif :
Tu dévores ce sanglier à une vitesse époustouflante
mais
Dévore ce sanglier, plus vite que ça !

Cependant, lorsqu’il est suivi du pronom en ou y, on remet ce s, qui n’a aucune fonction grammaticale (ça n’est pas pour dire que c’est la 2e personne du singulier) mais qui rend l’ensemble plus facile à prononcer et moins moche : c’est un s euphonique (très vaguement, « qui fait un joli bruit », me tapez pas les hellénistes)
Va donc réviser l’impératif ! Vas-y !
On constate que dire « Va-y », c’est moche.

Attention, quand le verbe à l’impératif est suivi par un verbe à l’infinitif, le s euphonique n’a pas lieu d’être :
Y a pu d’sel. Va en prendre dans la réserve !
Ose y aller ! Je suis sûre que tu ne le feras jamais !

Voilà pour cette fois ! C’est déjà bien trop long et j’ai épuisé mes ressources d’exemples rigolos. Je remercie mon professeur de correction dont les cours regorgeaient de jeux de mots laids (et beaux).
Si vous avez des questions ou des suggestions pour les prochains articles, n’hésitez pas à m’en faire part dans les commentaires !

Le quiz de Tata Carmen

On va voir si vous avez bien suivi les explications de tata Carmen…