Le style vestimentaire d’une femme peut parfois être pour elle un moyen d’expression ou bien un moyen de se libérer. Cependant avec la mentalité qui règne dans l’industrie de la mode, s’habiller peut rapidement devenir un calvaire pour beaucoup d’entre nous. C’est pour discuter mode que j’ai rencontré une femme, entrepreneuse dans la mode, qui souhaite révolutionner à sa façon le milieu.

Peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Taga Djouka mais je préfère être connue comme Djouka T Okereke. J’ai 29 ans et je travaille dans la mode depuis 7 ans en tant qu’assistante de production. Je suis Camerounaise-Nigérienne. J’ai toujours vécu en France et en Angleterre. Mon amour pour la mode a débuté vers 4 ou 5 ans, je faisais des jupes avec des chutes de pagnes. Au cours de mon adolescence j’ai expérimenté les styles en me les réappropriant. J’aime naviguer entre tous les bords. Je dirais que j’ai un style éclectique à la londonienne. J’aime avoir une touche de folie.

Djouka portant un haut coloré à motifs ronds et une jupe crayon noire

Djouka portant un haut coloré à motifs ronds et une jupe crayon noire

Comment t’es venue l’idée de créer Noire Velvet ? Et depuis quand ?

L’idée m’est venue en Février 2006. Là où je travaille il y a un atelier et j’ai pris l’habitude de demander à la modéliste de réajuster mes pantalons qui étaient un peu justes pour moi. Et c’est la modéliste qui m’a avoué qu’après 25 ans de métier, elle ne connaît pas de marque qui fait des pantalons adaptés à la femme noire et ses courbes. C’est là que m’est venue l’idée d’une marque qui serait adaptée aux courbes d’une femme noire. Après plusieurs essais, on a trouvé un moyen pour modifier les patronages pour prendre nos hanches en considérations. Je veux faire des vêtements de tous les jours en prenant cela en compte.

Pourquoi ce nom « Noire Velvet » ?

J’ai choisi « Noire » car en France la femme noire est invisible et elle passe toujours après l’homme noir. On dit souvent les « noirs » au masculin. Et dans cette société nous ne sommes pas jugées assez jolies pour être à l’affiche des campagnes publicitaires, « Velvet » inspire la douceur et l’apaisement que désire la femme noire malgré ce qu’elle endure. Velvet, qui signifie Velours, représente pour moi la femme noire car de loin il peut paraître intimidant mais quand on le touche le velours est doux et donne envie de s’envelopper avec.

C’est un projet solidaire ?

Au début c’était un projet à deux mais finalement elle a eu d’autres priorités et s’est retirée. Donc jusqu’à présent j’assume seule toutes les dépenses.

Sur le compte Twitter de Noire Velvet, on peut trouver une brève description de la marque et son slogan « Embrace your curve ». C’est une marque qui veut se tourner uniquement vers les femmes rondes ?

Le compte Twitter est géré par Ana, une community manager qui fait du très bon travail. « Embrace your curve », c’est pour reprendre cette idée de hanches mais également parce que mes vêtements ne vont pas s’arrêter au 42. Mon souhait est d’aller jusqu’au 50 ce qui est 4 à 5 tailles de plus que certaines marques très connues. Parfois quand ces marques veulent aller au-delà du 42, c’est difforme. Je ne veux pas seulement rajouter du tissu, je veux travailler sur le vêtement pour que les femmes se sentent bien avec leurs courbes.

Une modèle ronde portant un haut en Wax de Noire Velvet

Une modèle ronde portant un haut en Wax de Noire Velvet

Une modèle portant un haut en wax coloré, un jean noir et des chaussures ouvertes noires

Une modèle portant un haut en wax coloré, un jean noir et des chaussures ouvertes noires

Est-ce que c’est faux si l’on dit que c’est une marque qui veut casser les standards de beauté actuels dans le milieu de la mode ?

Non ce n’est pas faux. Je ne connais pas de marque qui propose ce que je fais et si c’est le cas, ce sont des marques jeunes. Les marques qui vont proposer ça se tournent plus vers un public de femmes mûres.

Toujours sur le compte Twitter, on peut y lire que tu vas proposer des vêtements par des femmes pour des femmes. Le féminisme est central dans ton projet ?

Ça l’est ! Aujourd’hui dans le domaine dans lequel je travaille les décideurs sont des hommes. Ce sont les hommes qui décident de tout sur un produit qui est destiné aux femmes. Les grosses usines de production sont gérées par des hommes. La chance que j’ai, c’est que j’ai trouvé une usine en Chine qui est gérée par une femme. Elle comprend mes besoins et mes demandes. C’est essentiel de mettre les femmes dans chaque étape de la production car il n’y a pas meilleure personne pour parler de nous-mêmes que nous. C’était un besoin et je me sens mieux comme ça.

Djouka portant une robe orange en wax de sa création. Vue de dos.

Djouka portant une robe orange en wax de sa création. Vue de dos.

Djouka portant une robe orange en wax de sa création. Vue de face.

Djouka portant une robe orange en wax de sa création. Vue de face.

 

Où puises-tu ton inspiration pour élaborer tes modèles ?

La marque aura une collection de vêtements de type européen et d’autres en wax. Concernant les vêtements en wax, je m’inspire de certains modèles de marques européennes. Je regarde les blogs ou les personnes dans la rue. Pour les vêtements type occidental, je m’inspire de mon shopping.

 

Quelles méthodes de production as-tu choisi ?

Une partie est faite en Chine, mais tout est fait main. Les patronages sont faits mains ainsi que les montages. On fait attention à l’écologie, mais aussi aux respects de certaines normes du travail. La collection avec du wax est produite au Nigéria dans mon village à Aba. Là-bas, c’est mon frère qui a le rôle d’intermédiaire auprès des couturières. On a déjà 2 ateliers qui ont commencé la collection composée de 2 modèles pour le moment. Et mon choix de faire fabriquer une collection en Chine et une autre au Nigéria vient du fait que pour la collection de type occidental, à Aba il n’est pas facile de trouver les bons tissus. Et s’ajoute à cela la qualité que j’exige de par mon métier (assistante en qualité). Et donner du wax à la production chinoise est également risqué. Chacun maîtrise son domaine.

Modèle portant une pochette crée par Djouka

Modèle portant une pochette crée par Djouka

Modèle portant un sac créé par Djouka

Modèle portant un sac créé par Djouka

 

Comment comptes-tu commercialiser ta marque ?

Pour commencer ça sera en e-boutique en France métropolitaine et Dom-Tom mais aussi dans d’autres pays d’Europe et ensuite ouvrir une boutique physique en Afrique dans plusieurs pays et villes. Je veux démocratiser le wax. J’aimerais que le vêtement wax soit un vêtement du quotidien et non pour les grandes occasions. Je ne veux pas faire de collections en masse dans un soucis d’écologie, 3 par an serait l’idéal.

 

Au niveau du financement de ton projet, l’obtention du crédit a été difficile ?

Pour le moment je n’ai pas encore eu de réponse de la banque donc à ce niveau-là c’est toujours en attente. Je suis en statut auto-entrepreneur sur les conseils d’un comptable rencontré sur l’oiseau bleu. Dans le cas où la réponse de la banque est négative, je prévois de faire un crowdfunding. Dans un cas ou dans l’autre, je pourrai réellement lancer la machine.

 

Comment penses-tu te démarquer des autres jeunes marques déjà sur le marché ?

J’ai trois différences, la première différence est le large choix de tailles que je veux faire. La seconde est la prise en compte des différentes morphologies chez les femmes car actuellement on utilise encore des fiches techniques vieilles de 30ans. Et ma troisième différence est la volonté de vouloir faire du wax un vêtement quotidien. Je précise aussi que la femme noire est au centre de ce projet, j’ai choisi les couleurs des vêtements selon notre teint.

 

Quelle est la suite pour Noire Velvet ?

Après la femme, j’aimerais lancer une collection pour adolescents et enfants. J’aimerais également lancer une collection pour femmes mûres. Au niveau des boutiques, j’aimerais ouvrir des magasins en France, Suède, Belgique et m’implanter un peu partout en Europe et en Afrique.
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Retrouvez Noire Velvet sur Facebook et Twitter pour suivre l’évolution du projet de Djouka.