Le mot ne figure pas encore dans les dictionnaires de langue française. Le concept, pourtant, ne date pas d’aujourd’hui : il figure clairement dans les écrits d’André Gide, c’est en quelque sorte la « pensée straight » dont parlait Monique Wittig, ou encore « la contrainte à l’hétérosexualité » que critiquait Adrienne Rich. Il apparaît en filigrane dans les termes « hétéroflics » ou « héterroristes » dont se servaient les militants du FHAR [1] et de la libération sexuelle, et le mot fut même quelques fois prononcé à cette époque, mais il n’avait guère jusqu’alors d’existence publique, du moins en France.

Or, ces dernières années, lors des débats et réflexions autour du PACS, le mot et le concept ont plus d’une fois été sollicités, relayés en outre par les termes hétérocentrisme et hétéronormativité, et cet usage a pu susciter des réserves, si ce n’est des critiques : à l’évidence, dans la mesure où elle oblige à repenser les dispositifs théoriques et pratiques de la domination sexuelle, cette notion est à la fois capitale et problématique.

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