Aujourd’hui, c’est la journée internationale du sport féminin, et chez Simonæ on aime profiter de cette occasion pour vous présenter des sportives de tous horizons. L’an dernier, nous vous avions proposé une interview de Candice Didier, patineuse artistique, et une de Circée Peloux, escrimeuse handisport. Cette année, j’ai décidé de vous présenter Corinne Diacre, et sa carrière impressionnante dans le monde du football.

De joueuse à entraîneuse

Le football n’est pas vraiment une carrière choisie au hasard pour Corinne Diacre ; elle explique que son envie de passer sa vie avec un ballon rond date de ses six ans. Depuis cette époque, elle s’est formée et professionnalisée, d’abord comme footballeuse, puis comme entraîneuse et sélectionneuse.

Elle explore quelques clubs avant de rejoindre l’ASJ Soyaux où elle passera toute sa carrière, de 1988 à 2007, comme défenseuse centrale.
Dès 1993, à seulement 18 ans, elle revêt le maillot bleu de l’équipe de France, où elle restera sélectionnée pendant 12 ans et tiendra le record de sélections, soit 121 (c’est-à-dire plus que Zidane !), dont 65 en tant que capitaine. À la fin des années 1990, Corinne Diacre figure parmi les premières joueuses françaises à être approchée par des équipes extérieures, mais elle préfère rester dans son club. À cette époque, on la considère comme une des meilleures joueuses au monde.
Elle annonce sa retraite internationale en 2005, et en 2007, à la suite de deux blessures, elle devra mettre un terme à sa carrière de joueuse.

À la suite de cette retraite forcée, elle obtient son certificat de formatrice et est nommée comme entraîneuse, toujours à l’ASJ Soyaux, où elle restera en poste pendant 6 ans. En parallèle, elle est nommée adjointe de Bruno Blini, sélectionneur de l’équipe de France féminine.

 

Première entraîneuse d’une équipe masculine

Le monde du football est connu pour son sexisme – même s’il n’est évidemment pas le seul à en faire preuve – et on retrouve peu d’entraîneusEs, même pour les équipes féminines (bien que l’on en trouve un peu plus pour les équipes amateures). En 2014, Corinne Diacre obtient son Brevet d’entraîneur de football professionnel, qui permet d’entraîner des clubs de Ligue 1 et Ligue 2, jusque-là détenu uniquement par des hommes. Peu après, elle devient pionnière mondiale, en étant nommée entraîneuse de l’équipe masculine du Clermont Foot 63.

« C’était impensable pour moi de voir une femme à la tête d’une équipe masculine lorsque j’ai commencé à passer mon diplôme, il y a deux ans », a-t-elle confié au micro d’Europe 1.

Ce poste avait été proposé d’abord à Helena Costa, qui démissionnera avant même le début de la saison alors que sa nomination avait fait un bruit retentissant, même de l’autre côté de l’Atlantique, où on parlera d’elle jusque dans le New York Times.

C’est du jamais vu, aucune équipe masculine de football de ce niveau n’avait été entraînée par une femme (excepté un bref passage de Carolina Morace à AS Viterbese Calcio, en Italie, en 1999) et Corinne Diacre est donc sous tous les feux. Elle avoue, toujours chez Europe 1, que sa « venue n’était pas souhaitée par toutes les instances du Clermont Foot ».
Mais Corinne Diacre ne s’effacera pas devant les réticences et elle fera remonter son nouveau club dans le classement, jusqu’à la 12e, puis la 7e place, alors qu’elle reste tributaire d’un des plus petits budgets de Ligue 2. À son départ, l’équipe sera de nouveau en 12e place.
France Football lui accordera même le titre de meilleur entraîneur de la division en 2015. Cependant, elle devra œuvrer plus que des hommes au même poste pour obtenir une réelle reconnaissance :

« Les trois premiers mois ont été compliqués et m’ont fait gagner du temps sur l’apprentissage, la connaissance de soi. On ne parlait que de mon statut de femme, pas d’entraîneure [sic]. La mission était déjà assez difficile à la base. Je ne connaissais pas mon groupe, il fallait mettre un projet en place, et on n’avait pas de résultats. Des gens mal intentionnés ont trouvé que c’était presque trop simple, alors ils en ont rajouté un peu. Du coup, j’ai grandi plus vite. […] Moi, je sais ce que j’ai fait, comment je l’ai fait et avec quels moyens. J’éprouve une certaine fierté aujourd’hui [1]. »

 

Toujours plus haut, un retour à l’équipe de France

Depuis le 30 août 2017, Corinne Diacre a quitté le Clermont Foot 63 pour rejoindre à nouveau l’équipe de France féminine, mais cette fois comme sélectionneuse. Elle a pour objectif de gagner la Coupe du monde 2019, qui se jouera à domicile. Pour cela, elle reconstruit une nouvelle équipe, en profitant du temps qui lui est accordé avant le début de la compétition pour pouvoir tester non seulement de nouvelles joueuses, mais aussi de nouvelles équipes. Car ici ce ne sont pas seulement les talents individuels qui intéressent Corinne Diacre, mais comment ceux-ci se combinent pour créer une équipe de France solide, en route vers la victoire.

« On n’a pas le droit à l’erreur, mais la pression doit être positive. […] Je dois constituer la meilleure équipe, et ce n’est pas forcément une équipe constituée des meilleures joueuses [2]. »

Corinne Diacre arrive à un moment clé de l’histoire de l’équipe de France féminine de football, puisque le noyau dur de l’équipe est en train de partir, passant le flambeau à la nouvelle génération.

« Elle a relevé un défi exceptionnel, s’imposer dans le football professionnel masculin […] Un challenge qu’aucune femme n’avait osé relever jusqu’ici. Évidemment que cela a compté dans sa désignation », explique le président de la Fédération [3].

 

Corinne Diacre continue donc son ascension, mais pour le moment aucune autre femme n’a rejoint une équipe masculine comme entraîneuse, même si elles sont deux à avoir le diplôme nécessaire (avec Elisabeth Loisel qui a passé son diplôme en même temps qu’elle).

« Si ça ne se fait pas plus, c’est aussi parce que certaines ne le souhaitent pas, ne s’en sentent pas prêtes. J’ose espérer qu’un jour elles se lanceront dans le grand bain. Quelque part, et je m’inclus dedans, on a une responsabilité de démontrer que les choses sont possibles [4]. »

On espère que les choses évolueront et que les femmes seront mieux considérées – y compris au niveau de leurs salaires – dans le milieu du football dans les années à venir, tout comme la discipline du football féminin, qui reste encore aujourd’hui considérée comme un « sous foot » par de nombreuses personnes et est largement moins médiatisée. Pourtant, l’attrait pour le ballon rond grandit chez les Françaises, puisque le nombre de licenciées a quadruplé ces dernières années [5]. À quand un traitement égal ?

Notes

[1] GINESTE F., 17/09/2017. Football, Bleues. Corinne Diacre : « Le maillot bleu, ça se mérite », Le Parisien, visible en ligne

[2] N. G., 19/09/2017. Bleues : Corinne Diacre veut des joueuses « avec les dents qui rayent le parquet », L’Équipe, visible en ligne

[3] CORTES A., 01/09/2017. Corinne Diacre nommée sélectionneuse des Bleues, comme une évidence, L’Express, visible en ligne

[4] B.V., 30/08/2017. Équipe de France : Au milieu des hommes, Corinne Diacre a tout changé pour les femmes dans le foot, 20 Minutes, visible en ligne

[5] 31/03/2017. Sport : le football féminin en pleine expansion, France 2, visible en ligne

 

Sources

DEBOUZ M. Corinne Diacre, le travail récompensé, Tout Clermont, mars-avril 2016, p. 82-83

Wikipédia, biographie de Corinne Diacre

FROMENT J., 12/05/2014. Cori[n]ne Diacre, la nouvelle Helena Costa du foot français ?, Europe 1, visible en ligne

30/08/2017. Équipe de France féminine : Olivier Échouafni viré, Corinne Diacre nommée, L’Équipe, visible en ligne

28/11/2017. Rencontre avec Corinne Diacre, la femme la plus influente du football français, LCI, visible en ligne

DALMAT S., 18/10/2017. Corinne Diacre : « Il y a beaucoup de travail », L’Équipe, visible en ligne

DALMAT S., 18/09/2017. Corinne Diacre (sélectionneur de l’équipe de France) : « Il y aura d’autres têtes », L’Équipe, visible en ligne

N. G., 19/09/2017. Bleues : Corinne Diacre veut des joueuses « avec les dents qui rayent le parquet », L’Équipe, visible en ligne

GINESTE F., 17/09/2017. Football, Bleues. Corinne Diacre : « Le maillot bleu, ça se mérite », Le Parisien, visible en ligne

B.V., 30/08/2017. Équipe de France : Au milieu des hommes, Corinne Diacre a tout changé pour les femmes dans le foot, 20 Minutes, visible en ligne

GEFFROTIN T., 02/12/2017. Football : bleues de travail !, Le Point, visible en ligne

MAZURE L., 15/10/2017. Corinne Diacre : « Un peu difficile de quitter Clermont », Ma Ligue 2, visible en ligne

CORTES A., 01/09/2017 Corinne Diacre nommée sélectionneuse des Bleues, comme une évidence, L’Express, visible en ligne

MICHY C., 30/08/2017. Communiqué : Corinne Diacre prend la tête de l’équipe de France Féminine, Site Officiel du Clermont Foot 63, visible en ligne

POYARD E., 30/08/2017. Foot : Corinne Diacre, une femme pour entraîner les Bleues !, Elle, visible en ligne

CHR$, 01/09/2017. Corinne Diacre à la relance, Les Cahiers du Football, « Ni buts ni soumises », visible en ligne

31/03/2017. Sport : le football féminin en pleine expansion, France 2, visible en ligne