Est ce que la radicalité a une place contre le racisme ? Ne devrions-nous pas être bienveillant·e·s et faire de la pédagogie ? Devrions-nous cesser de placer au centre de nos rapports aux autres notre couleur de peau ?

Ces questionnements ont été soulevés par des personnes avec qui j’évoquais la rencontre avec le collectif afro-féministe Mwasi. Je ne suis qu’une sympathisante et j’étais prête à adhérer à ces interrogations lorsque je me suis demandé ceci : pourquoi la radicalité me plait ? C’est la non-concession, l’intransigeance.

Lorsque l’on fait face à une expérience raciste parfois on fait passer notre ressenti , notre souffrance pour une exagération, une victimisation. On nous demande de mettre nos sentiments de côté et d’accepter en souriant encore et encore. On se sent obligé·e·s d’avaler notre fierté petit à petit jusqu’à ce que notre confiance en nous soit bouffée et qu’on ne devienne qu’une coquille vide.

À cette rencontre, plusieurs points ont été abordés, ce qui a ravivé de vieilles blessures. Ces sentiments similaires face à des événements choquants que l’on a décortiqués et analysés pour mieux y faire face. Je me suis rappelé mes années collège et lycée. J’étais une anomalie. Une fille noire faisant une taille allant du 42 au 46 face à des filles grandes blondes, minces et dont la plus grosse faisait du 40 les mauvais jours. J’étais une anomalie car j’étais là sans l’être, invisible, mais pourtant tellement visible. Peut-être que ma couleur de peau n’a pas influencé mes rapports aux autres et que j’étais juste une originale. Quoique… mes rares “ami·e·s“ m’affublaient de termes tels que “banania“, “côte d’or“ et “flamby“ en l’honneur de mon imposant derrière. D’ailleurs j’étais vue comme étant particulièrement susceptible. Vous reprendrez bien du cliché de la femme noire en colère ?

Donc oui je comprends le désir de ne pas faire de concession face à des personnes qui soulèvent inlassablement les mêmes questions. Notre peau a une incidence sur ce que nous vivons, sur notre éducation : “Mon enfant, tu es noir·e et tu vas souffrir à cause de cela” sont des mots qui résonnent dans la tête de nombreux·ses enfants noir·e·s alors qu’iels viennent à peine de rentrer en école primaire.

Dès l’enfance, confronté·e·s à un système raciste, les jeunes enfants perdent leur innocence. L’innocence est définie comme étant la qualité de quelqu’un ignorant le mal ; croyez-moi, le racisme non seulement quotidien, mais aussi celui plus vicieux qui infiltre notre système politique, économique et social est un mal détruisant tout sur son passage.

Je pourrais passer pour une complotiste mais les études s’accumulent sur cette question et quand je vois les sorties de notre futur ex-président de la République dans le livre de Gérard Davet et Fabrice Lhomme Un président ne devrait pas dire ça…, je me dis que je ne suis pas loin de la vérité. Vous savez, je suis fatiguée que l’on doive se justifier sur la façon dont certains groupes politiques traitent la question raciale lorsque je vois dans mon entourage un jeune homme de seize ans dégoûté par le monde qui l’entoure, un garçon de 12 ans agressé et les forces de police faisant preuve d’une extrême complaisance envers son agresseur ou une mère de famille qui inculque à son bébé de trois ans à savoir se défendre et qui argue que ça vaut mieux “dans la conjoncture actuelle“.

Donc non je ne suis pas désolée, je suis rageuse. Je rage et je pleure sur cette innocence gâchée ne laissant que la colère en héritage. Je pleure sur mes futur·e·s enfants qui devront peut-être subir les mêmes bêtises par lesquelles je suis passée et que je ne pourrais rien y faire. Je pleure ces jeunes qui existent déjà et qui sont confronté·e·s à un système raciste, ces adultes obligé·e·s de rappeler inlassablement que leurs vies comptent. Iels méritent la paix. Nous méritons la paix.