Je suis grosse. Et ça fait un moment que ça dure. Mais je ne suis vraiment perçue comme grosse que depuis quelques kilos. Pourquoi ce décalage ? Je vais citer ce que m’a dit un pote il y a un an : « non mais toi, ça va, t’as des formes là où il faut ! » Comprendre dans les fesses et dans les seins.

Les quelques kilos qui ont fait la différence dans la perception que les autres ont de moi, je les ai pris principalement au niveau du ventre. Et du coup, ça y est, je suis grosse. Parce que oui, on a le droit d’avoir « des formes », mais uniquement dans les endroits considérés comme esthétiques par nos camarades.

Point vocabulaire

Pouvons-nous nous arrêter quelques secondes sur le vocabulaire consacré aux grosses avant de continuer ?

« Ronde », « avec des formes »… Vous faites une fixette sur la géométrie ? Je ne suis ni un rond, ni un triangle, ni un parallélépipède rectangle, je suis un être humain, point barre.

« Enveloppée », « pulpeuse », « voluptueuse », « gourmande ». Woaw. Je ne suis ni une lettre ni une orange.

Je suis petite, brune, grosse, blanche. Aucun de ces mots n’est insultant, ils me décrivent objectivement. Personne n’aurait l’idée de dire que je suis « ramassée » ou « rognée » au lieu de « petite », alors pourquoi éviter le mot « grosse » ?

Si vous avez pensé « parce que c’est insultant », voici exactement le cœur du problème : Le mot « gros·se » n’est pas une insulte, on l’a fait le devenir.

Il suffit de voir les quelques grosses qui sont tolérées dans la sphère médiatique : toutes ont une grosse poitrine, de grosses fesses, une taille marquée et le ventre plutôt plat. Et la plupart sont très grandes.
La mannequin Katya Zharkova, en sous-vêtements

La mannequin Katya Zharkova, en sous-vêtements

La mannequin Ashley Graham, en maillot de bain

La mannequin Ashley Graham, en maillot de bain

Nous sommes d’accord, ces mannequins « grandes tailles » sont des femmes magnifiques, mais elles ne sont pas représentatives des grosses. On peut être grosse et avoir très peu de poitrine, on peut avoir tout le gras localisé au niveau du ventre et de la taille, on peut être très grosse au niveau des fesses et des jambes et avoir le ventre presque plat et peu de poitrine, on peut avoir des jambes très minces et le haut du corps gros, on peut être uniformément grosse… Et ces grosses là ne sont pas représentées. Ou très peu.

Il y a quelques actrices grosses avec beaucoup de ventre (je pense à Rebel Wilson ou Melissa McCarthy par exemple), mais elles ne sont pas présentées comme désirables ; elles sont la plupart du temps un ressort comique (nous reviendrons sur la représentation des gro·sse·s au cinéma et à la télévision, ça mérite un article entier).

J’aimerai comprendre par quel miracle le gras est plus acceptable sur mes fesses qu’autour de mon nombril. Et ne me sortez pas l’argument médical, on me reprochait mon début de « bidon » à l’époque où je pesais moins de 60 kg. Il s’agit de la même graisse, où qu’elle se situe.

Pour revenir au copain que je citais en début d’article, mon gras n’est pas « là où il faut », il est « là où il est ». Et j’en profite pour ajouter que sa deuxième réplique « non mais t’es pas grosse, t’es jolie » n’est pas plus maline. Je suis grosse et jolie, les deux ne sont pas incompatibles.

Alors mettez-vous ça dans le crâne une bonne fois pour toute : J’ai du gras, et si c’est à un endroit qui ne vous plait pas, ça n’est pas mon problème. C’est mon corps, pas le vôtre, tant qu’il me plait tout va bien.