Les asexuel·le·s dans la communauté LGBT+++ et MOGAI

Les frontières d’acceptation des sexualités et genres queer sont difficilement reconnaissables. Le sigle « LGBT » tout simple n’inclut techniquement que les lesbiennes, gays, bi·e·s et trans. Seulement, on se demande même parfois s’iels sont tout·e·s accepté·e·s : les bi·e·s par exemple sont discriminé·e·s au sein de ces communautés, alors qu’en est-il des ace ?

Le sigle « LGBT » évolue cependant en « LGBT+ » le + incluant les autres communautés queer, ou « LGBTQI », le Q pour Queer et donc plus inclusif, et I pour Intersexe. On peut retrouver aussi « LGBTQIAAP+ » les 2 A pour « asexuel·le » et/ou « agenre » et/ou « aromantique » et le P pour Pan, le + pour l’inclusion. Ce dernier sigle est très long, et peut être fastidieux à expliquer aux non-initié·e·s qui vont se demander « mais LGBT c’était bien, c’est quoi le T déjà ? ».

Un autre sigle est né, le sigle « Mogai » pour «Marginalized Orientations, Gender identities And Intersex » qui se traduit par « Orientations et identités de Genres Marginalisées Et Intersexes ». Ce sigle est ultra-inclusif mais encore peu répandu, alors que ça permet d’exprimer une idée globale, et pourrait éventuellement remplacer « LGBT ». Notons d’ailleurs que beaucoup veulent faire passer le A dans ces sigles pour « Allié·e·s », alors que celleux-ci n’ont pas leur place dans les communautés LGBT+ et MOGAI. Iels sont là pour relayer la parole des concerné·e·s et non pour la leur prendre. Croire que le « A » est pour « Allié·e·s » participe à l’invisibilisation des personnes asexuel·le·s et aromantiques, c’est donc une forme d’acephobie.

Que font les ace là-dedans ? En France en tout cas, ça dépend. Personnellement, dans ma petite ville, j’ai peur qu’en me présentant en tant qu’ace dans la communauté LBGT, on me rie au nez. Beaucoup de marches des fiertés sont appelées « Gay Pride » donc en fait, à part le « G » de « LGBT » tous les autres passent à la trappe. Cependant, la Marche des fiertés de Paris comporte un cortège Asexuel, et c’est bien de le souligner !

Malgré tout, on tombe parfois sur des personnes disant que par exemple un·e asexuel·le hétéroromantique ne peut pas faire partie de la communauté LGBT+ car hétéro. Cependant, l’asexualité et l’aromantisme sont marginalisées, ce n’est pas un secret, l’acephobie existe, c’est un fait pour les concerné·e·s (qui sont tout de même les premier·e·s que l’on devrait écouter pour statuer). Certain·e·s diront qu’iels vivent moins d’oppressions que les homosexuel·le·s/homoromantiques donc qu’iels ne sont pas crédibles au sein de la communauté. Or ce n’est pas un concours du plus oppressé·e. Renier le vécu de quelqu’un·e car il n’est pas pire que le votre, c’est faire preuve d’incroyablement peu d’empathie. Il n’y aucune échelle de l’oppression, quelqu’un·e n’est pas moins crédible que vous car iel est moins oppressé·e selon vous.

Les asexuel·le·s, les aromantiques et leurs spectres respectifs ont leur place dans les communautés LGBT+ et MOGAI. Ces personnes existent, et ne pas leur accorder de place serait une grave erreur.

Les termes autochorisexuel·le et aegosexuel·le

En ce qui me concerne, lorsque j’ai découvert le spectre de l’asexualité, je suis tombée sur le terme autochorisexuel·le. En lisant la définition, j’ai découvert qu’il y avait un mot pour exprimer ce que je ressentais. À titre personnel, j’avais besoin de me définir précisément ; ce n’est pas le cas de tout le monde, et je le comprend totalement. D’ailleurs, je ne me définis pas au quotidien comme ça auprès des gens. Si le sujet vient oui, ou à l’occasion d’article mais ce n’est pas une caractéristique dont j’ai besoin pour me définir auprès des gens mais auprès de moi-même. Je dirai donc aux gens que je suis asexuelle mais personnellement, j’avais besoin d’un mot plus précis pour être en phase avec moi-même. L’asexualité est un spectre et tout le monde ne ressent pas la même chose.

En écrivant le premier article sur l’asexualité, j’ai découvert que le mot autochorisexuel·le faisait débat. Comme quoi, on en apprend tous les jours. J’ai pensé que ce n’était pas le lieu pour s’étendre sur le sujet vu qu’il s’agissait d’un article qui expliquait l’asexualité en général, c’est pourquoi nous avons décidé d’en faire un article à part entière.

Le terme autochorisexuel·le a été inventé par une personne non concerné·e par ce type de sexualité. Déjà, on commence à voir que c’est un peu bancal : une personne non concerné.e qui choisit un terme pour les concerné·e·s. Cette personne, c’est le Professeur Anthony F. Bogaert. Il enseigne à l’université de Brock au Canada anglophone. Comme il le dit lui même sur le site de l’université, ses domaines de recherches sont l’orientation sexuelle (et son origine), l’asexualité, les agressions sexuelles, les comportements sexuels à haut risque et un nouveau modèle du désir et de l’excitation sexuelle chez la femme. Je ne parlerai pas de ses autres recherches car ce n’est pas le sujet et je ne suis pas allée les lire. Ici, ce qui m’intéresse, ce sont ces recherches sur l’autochorisexualité.

Voici l’étude en question.

“Using Greek nomenclature—typical in the naming of sexual and other phenomena—I have called this paraphilia autochorissexualism. Thus, autochorissexualism is sex without (choris) one’s self/identity (auto) or ‘‘identity-less’’ sexuality.”

“M’inspirant de la nomenclature grecque, ce qui est courant dans les mots qui définissent des sexualités ou d’autres phénomènes, j’ai appelé cette paraphilie, autochorissexualisme. L’autochorissexualisme est le sexe sans (choris) que la personne s’identifie elle-même (auto) ou une sexualité sans implication.”

Voilà comment Monsieur Anthony Bogaert a crée le mot autochorisexuel. En soi, on pourrait se dire que pourquoi pas, c’est gênant qu’il définisse un terme sans être concerné mais passons. Eh bien justement, non, ne passons pas car il y a, selon moi et d’autres personnes concerné·e·s, un gros problème dans ce qu’il dit.

En effet, Bogaert utilise le mot paraphilie.

Qu’est-ce qu’une paraphilie ?

Selon les définitions, on retrouve les termes troubles du comportement sexuel, anomalies du comportement sexuels, comportements sexuels déviants.

Le DSM IV (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders ou Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux) décrit les paraphilies comme des troubles sexuelles avec « comportements intenses et récurrents sexuellement fantaisistes, des grandes envies sexuelles impliquant généralement objets inanimés, souffrance et humiliation de soi ou d’un partenaire enfants ou autre personne non consentante durant une période de plus de 6 mois (Critère A), qui peut « cliniquement causer une détresse sociale, d’occupation, ou autre zone importante du fonctionnement » (Critère B)”. Parmi les paraphilies, on compte l’exhibitionnisme, le fétichisme, le frotteurisme, la pédophilie, le masochisme sexuel, le sadisme sexuel, le voyeurisme et le travestissement fétichiste, entre autres.

Je pense que là, vous voyez d’où vient le gros problème avec ce mot. Étant donné que les sujets qu’il a étudié se distancient de l’acte sexuel, il considère que c’est une paraphilie et donc un trouble sexuel ou un comportement sexuel anormal. En utilisant le mot paraphilie, Bogaert nie le fait que les aegosexuel·le·s ont une sexualité à part entière.

Le mot aegosexuel·le·s est apparu. La création du nom est attribuée à une personne sur Tumblr qui explique dans un post pourquoi le terme autochorisexuel·le·s n’est pas appriorié et pourquoi aegosexuel·le·s le serait plus. Vous pouvez lire le post en question ici.

Eridanamporadefensesquad explique la formation du mot : le préfixe “a” qui signifie “sans” et “ego” qui signifie “soi-même”. C’est une une forme de sexualité sans implication de soi-même. Il semblerait que sa définition ait été acceptée par le plus grand nombre. De plus, comme iel l’explique, iel est directement concerné·e. C’est pour cela que j’ai également choisi ce terme.

Les termes lithosexuel et akoisexuel

Dans le premier article “Qu’est-ce que l’asexualité ?”, nous avions mentionné le terme lithosexuel·le. Karten nous avait alerté·e·s, via les commentaires, qu’il y avait débat sur ce terme. Nous lui avons donc demandé s’il pouvait intervenir dans cet article afin de pouvoir mieux expliquer le débat. Il a accepté et c’est donc lui qui va vous expliquer ce débat entre les termes lithosexuel·le·s et akoisexuel·le·s

La lithosexualité décrit le fait de pouvoir ressentir de l’attirance sexuelle, mais cette attirance va s’estomper, voire disparaître, si elle s’avère réciproque. Mais ce terme pose problème, c’est pourquoi on utilise aussi celui d’akoisexualité.

Le préfixe « litho » signifie « pierre » en grec, et il a été choisi en référence au terme « stone » (pierre en anglais) qui est utilisé par la communauté lesbienne. Une « stone » c’est quelqu’un·e qui apprécie donner plus que recevoir. En gros, quelqu’un·e qui va être intéressé·e par le fait de donner du plaisir à son partenaire, et pas vraiment par le fait d’en recevoir à son tour.

Bien que certaines stones ne voient pas le problème avec le mot lithosexuel, d’autres personnes y voient de l’appropriation d’un terme de la communauté lesbienne. Du coup, on utilise plutôt le terme d’akoisexuel. « koine » vient du grec, et signifié « partagé », on y a ajouté le préfixe « a » pour montrer la négation. On peut donc aussi trouver « akoinesexuel », mais le « ne » est très vite tombé.

Le débat n’a pas vraiment été tranché, donc on trouve toujours les deux termes.

Voilà quelques-uns des débats qui entourent l’asexualité. L’article n’est bien évidement pas exhaustif mais nous espérons que cela a pu répondre à certaines questions et vous faire découvrir un peu mieux les différentes nuances que le spectre de l’asexualité recouvre.