Quand j’ai commencé à m’intéresser au végétarisme puis au véganisme, j’ai découvert des gens dont je ne soupçonnais alors pas l’existence, les antispécistes.

En substance, le spécisme est une discrimination en fonction de l’espèce, qui sert à justifier l’exploitation, la maltraitance et le meurtre d’animaux. Les antispécistes considèrent que l’homme est une espèce animale comme les autres, et s’opposent à la maltraitance des animaux non-humains qui méritent, selon eux, la même considération morale que celle accordée à l’espèce humaine.

Si je suis d’accord avec le fait que l’humain est un animal comme les autres et que les traitements que nous faisons subir aux animaux non-humains sont honteux, je ne peux pas accepter bon nombre des arguments et méthodes employé·e·s par les antispécistes.

Je suis par exemple très énervée par la majeure partie des campagnes de l’association Peta (Pour une éthique dans le traitement des animaux), qui se vautre dans un sexisme crasse sous prétexte de défendre les pauvres petits zanimos.

Rather naked than fur

« Nous préférons être nues que porter de la fourrure. »

Sauvez les baleines ! Perdez votre bouée, devenez végé.

« Sauvez les baleines ! Perdez votre bouée, devenez végé. »

[CW] violence conjugale suggérée

 

C’est très bien de vouloir défendre les animaux non humains, mais ça serait cool de ne pas oublier la moitié de l’espèce humaine au passage. Vraiment.

J’aimerais parler plus en détail d’un argument souvent utilisé par les antispécistes et qui m’a toujours mise hors de moi, sans que j’arrive à expliquer exactement pourquoi jusqu’à récemment. Je tiens donc à remercier @La_PetiteChose, qui m’a permis de mettre des mots sur le problème et qui m’a autorisée à adapter son thread Twitter sur le sujet en article.

La comparaison du viol à l’insémination artificielle des vaches

Parmi les pratiques que les antispécistes combattent, il y a la consommation de lait animal, quelque soit la manière dont il a été produit. Pour vous donner une idée, voici ce qu’elle implique, à une échelle industrielle :

  • l’insémination artificielle d’une vache, celle-ci ne produisant du lait que pendant environ 10 mois après la naissance du veau (source) ;
  • le retrait du veau à sa mère très rapidement après la naissance, puis son engraissement et son confinement (pour obtenir une viande tendre…) et enfin son abattage ;
  • la traite de la vache matin et soir ;
  • une nouvelle insémination 3 mois après le vêlage (la gestation durant 9 mois, la vache a 2 mois de « répit » entre le tarissement du lait et le vêlage).

Toutes ces étapes sont critiquables, mais nous allons aujourd’hui nous concentrer sur l’insémination artificielle, et surtout sur les arguments avancés par certain·e·s antispécistes pour la dénoncer.

Pour vous donner une idée de l’ampleur des dégâts, je vous invite à regarder cette campagne de PETA (pour changer). Attention, ces propos sont choquants, je réitère mon TW viol.

Note : à partir de ce point, le texte est une adaptation de ce qui a été écrit par La petite Chose, le « je » lui fait donc référence

Commençons par le commencement : comparer les humains et les animaux est caduc. Nous humains avons créé une société, nous vivons dans cette société, nous y participons tou·te·s nous sommes éduqué·e·s dans cette société, nous en comprenons plus ou moins les codes, et nous pouvons les apprendre. Nous les subissons ou nous en profitons selon notre statut social, notre position géographique, que nous soyons homme, femme, cis, trans, riche, pauvre, racisé·e, blanc·he, etc.

Les animaux ne sont pas des éléments participatifs de ce système social. Iels sont exploité·e·s par notre société. Iels ne peuvent ni comprendre ni participer à nos codes.

Je ne pense pas qu’il soit dévalorisant de considérer mon chat comme un chat et pas comme un humain : être un·e animal·e humain·e n’est pas mieux qu’être un·e animal·e non-humain·e, c’est différent. Au contraire, il est important de se battre pour les droits des animaux, pour qu’iels soient considéré·e·s et respecté·e·s en tant qu’animaux. Nous ne devrions pas avoir à les considérer comme humain·e·s pour leur obtenir des droits ? Comme si être un·e animal·e ne suffisait pas… N’est-ce pas un peu contradictoire ?

Il est grand temps d’arrêter d’essayer d’humaniser les animaux comme si ça pouvait les sauver de l’exploitation humaine, la société nous prouve justement tous les jours que nous n’avons aucun scrupule à nous exploiter, nous tuer, ou nous laisser crever dans l’indifférence entre nous. Déjà.

Ensuite, comparer ce que l’humain·e fait à l’humain·e à ce que l’humain·e fait à l’animal·e est complètement caduc et réducteur. Pas réducteur par le fait de comparer l’humain·e à l’animal·e, mais réducteur socialement parlant, et des deux côtés.

Revenons à la comparaison viol et insémination artificielle et traite du lait :

Le viol, ce n’est pas que l’acte mécanique/physique d’une pénétration sans consentement. Le viol a des origines, des implications et des conséquences sociales complètement et totalement humaines. Le viol est parfois utilisé comme une arme de guerre. Le viol est parfois utilisé comme acte punitif ou correctif. Le viol est utilisé comme moyen de contrôle et de pouvoir sur les femmes. Le viol est minimisé, quasi impuni. Les victimes de viols sont culpabilisé·e·s.

Le respect du consentement n’est pas appris. Le viol est profondément ancré dans le système patriarcal. Le viol ne peut pas se réduire à une « pénétration sans consentement ».

Je ne suis pas simplement victime de personnes m’ayant pénétrée sans consentement. Je suis victime de tout un système, d’une société. Je suis victime d’une société qui a permis de faire croire à un homme qui a été mon conjoint que me pénétrer dans mon sommeil n’est pas un viol, qu’insister puisque j’étais sa meuf, c’est ok et pas grave. Je suis victime d’une société qui n’a pas puni cet homme qui a profité de mon sommeil alors que je ne le connaissais pas. Je suis victime de cette société qui a laissé croire à des hommes que c’était ok, pas si grave, et sans conséquence de violer une femme. Je suis victime d’une société qui m’a apprise à moi, que je devais du sexe à l’homme avec qui je partageais ma vie et que se forcer un peu c’était pas si grave. Je suis victime d’une société qui a appris aux autres que « quand on dort dans le même lit qu’un mec faut savoir à quoi s’attendre ». Je suis victime du fait qu’on nous fait croire que les pulsions sexuelles d’un homme ne sont pas maîtrisables et que ce n’est pas tant de leur faute que ça, etc.

Quand on se bat contre le viol, c’est contre tout ça qu’il faut se battre.

Dans le cas de l’insémination artificielle, oui l’animale subit une pénétration sans consentement, oui cela est traumatique pour elle. Je ne nie pas ça. Je ne le nierai jamais. Les mots ont un sens primaire certes, mais ils ont aussi un sens social. L’acte de l’insémination n’a pas du tout les mêmes origines ou implications que le viol. Cela ne veut pas dire que c’est moins grave ou pire.

L’exploitation animale, dans toutes ses formes et horreurs, est permise parce que notre société humaine nous apprend que l’animal est exploitable, nous apprend à catégoriser les animaux : compagnie, nourriture, sauvage. On nous apprend à ignorer la souffrance animale, à fermer les yeux, à ne surtout pas y penser, à nous faire croire que notre plaisir et notre confort sont plus importants que cette souffrance animale. Les animaux sont victimes du fait que la société humaine les considère comme source d’exploitation économique, et non pas en tant qu’être sensitifs.

Quand on se bat contre l’insémination artificielle et l’exploitation animale c’est contre tout ça qu’il faut se battre.

On ne peut combattre ces deux actes de la même manière. Et donc pourquoi les comparer ? Voilà pourquoi je considère cela comme complètement caduc : ce ne sont ni les mêmes origines ni les mêmes conséquences sociales. Cessez de comparer l’incomparable ça n’aide aucune des deux causes.

Dernière chose : je reproche beaucoup l’utilisation du mot viol comme « mot qui fait peur et qui choque » quand en vérité les victimes de viols sont si peu considéré·e·s et si souvent blâmé·e·s. De plus, encore une fois, l’origine et les conséquences ne sont pas seulement légèrement différentes elles le sont complètement. Par exemple je ne crois pas au viol entre animaux. Or, si on retire le contexte social de la définition du viol, alors oui il y a viol entre les animaux.

Le viol est profondément ancré dans le patriarcat, qu’il soit sur adulte ou enfant. L’exploitation animale sous toutes ses formes est elle profondément ancrée dans le capitalisme.

Certains mots ne peuvent être utilisés au sens littéral tout le temps, comme les mots « sexisme » et « racisme » : dans un milieu militant on ne peut ignorer ça. On ne peut pas vider du sens social un mot, sinon on ne parle plus de la même chose. Les mots sont politiques, qu’on le veuille ou non. Pour le viol c’est pareil. Et vraiment, utiliser le mot viol pour choquer les non-militant·e·s / engagé·e·s dans la cause animale est indécent.

Cher·e·s ami·e·s antispécistes, continuez de défendre les animaux non-humain·e·s, c’est important. Vraiment. Mais, par pitié, arrêtez de cracher sur la moitié des animaux humain·e·s au passage, merci.