Nous sommes le 27 janvier et aujourd’hui c’est la Journée de la mémoire de l’Holocauste et de la prévention des crimes contre l’humanité. Cette date n’a pas été choisie par hasard : c’est également ce jour qu’a été libéré le camp de concentration et d’extermination d’Auschwitz. Écrire sur ce thème n’a pas été chose aisée. Nous espérons avoir trouvé l’angle adéquat et l’équilibre nécessaire entre une description factuelle et juridique des crimes contre l’humanité et le souhait de laisser un espace d’expression pour les personnes concerné·e·s. Vous trouverez à la fin de cet article deux témoignages et réflexions de personnes ayant vécu des crimes contre l’humanité : l’un concerne les camps de concentration et l’autre le témoignage d’une personne ayant vécu la guerre en ex-Yougoslavie. Nous avons choisi de vous les livrer à la fin de l’article (vous serez une nouvelle fois prévenu·e·s) sans aucune modification ou commentaire. Ils seront bruts avec toute la charge émotionnelle qu’ils pourront contenir. Cela nous paraissait important d’ajouter ses témoignages en vertu du « devoir de mémoire ». En effet, le thème de la journée de cette année est « Éduquer pour un meilleur futur ». Parce que se souvenir, en parler et éduquer est la meilleure façon de ne pas oublier et de ne pas reproduire les mêmes erreurs.

L’Holocauste ou la Shoah

« La Shoah – mot hébreu signifiant « catastrophe » – désigne spécifiquement l’organisation par l’État, par le régime nazi et ses collaborateurs, de la persécution et de l’extermination systématique, et bureaucratique, d’environ six millions de Juifs. « Holocauste », terme d’une acceptation plus large, est aussi utilisé. D’origine grecque, Holocauste signifie « sacrifice par le feu ». Les nazis, qui arrivèrent au pouvoir en janvier 1933, avaient développé une idéologie raciale qui voyaient dans les Allemands les représentants d’une « race supérieure » et dans les Juifs, des êtres « inférieurs », « indignes de vivre ». Pendant la Shoah, les nazis s’en prirent aussi à d’autres groupes parce qu’ils les considéraient comme étant « racialement inférieurs » : les Tsiganes, les handicapés et certains peuples slaves (Polonais, Russes, etc…). D’autres groupes de personnes, tels que les communistes, les socialistes, les Témoins de Jéhovah et les homosexuels, étaient persécutés pour des motifs politiques ou de comportement social. » (Source: site du Mémorial de la Shoah)

Pour plus d’explication sur l’Holocauste (ou la Shoah), je préfère vous renvoyer sur le site du Mémorial de la Shoah qui propose une encyclopédie de la Shoah qui sera bien plus complète et pertinente que ce que je pourrais vous proposer sur le sujet. Le Mémorial propose également une série de « textes de référence » qui composent sa revue d’histoire mais aussi une filmographie.

À titre personnel, je vous recommande la bande dessinée Maus d’Art Spiegelman qui est autobiographique. Les juifs y sont représentés comme des souris, les nazis comme des chats. Elle est en noir et blanc. Il y a énormément de symbolique qui fait qu’il y a plusieurs niveaux de lectures et que l’on peut aussi bien la lire jeune (comme cela a été mon cas) qu’adulte. Il peut être intéressant d’accompagner des jeunes enfants ou pré-adolescent·e·s dans la lecture de cette œuvre.

Monsieur Bermond est un rescapé du camp de concentration de Dachau. En plus de son témoignage, il a accepté de nous faire part de certaines de ses réflexions sur les crimes de guerre, le « devoir de mémoire ». En voici une partie concernant l’Holocauste et les nazis.

Les camps d’extermination créés au cours de la deuxième guerre mondiale et les camps de concentration comme Dachau, mis en service dès l’arrivée au pouvoir de Hitler en 1933, et dont le but initial était d’éradiquer toute forme d’opposition au pouvoir, sont deux choses différentes. Je ne suis pas habilité à parler personnellement de l’holocauste et des camps d’extermination, même si plusieurs personnes de ma famille y ont été gazées à Auschwitz en 1944. Construits dans les années 1941-42 dans le seul but de tuer, les camps d’extermination de Chelmno, Belzec, Sobibor, Treblinka, Auschwitz-Birkenau et Majdanek prirent le relai des Einsatzgruppen, appelés aussi «Shoah par balles » qui opéraient sur le terrain en territoire ennemi. La Shoah procède d’un plan réfléchi dont le but est d’éliminer une partie de la population, Juifs, Tziganes ou malades mentaux, les installations sont de véritables usines de mort, conçues pour obtenir un rendement maximum.

On se pose souvent la question de savoir comment un homme « normal » peut tuer sans scrupule un autre être humain et ensuite rentrer chez lui et se comporter en bon père de famille avec ses enfants ? Il est nécessaire pour en arriver là de déshumaniser l’autre, le Juif n’est pas un homme, c’est un rat, un « untermensch » dont il faut se débarrasser, donc à partir de ce moment le tuer n’est plus un meurtre !

Le « Concours national de la résistance et de la déportation 2017 » a justement pour sujet : « la négation de l’homme dans l’univers concentrationnaire Nazi ». C’est un excellent sujet qui résume à lui seul tout le problème des camps Nazis.

Crimes contre l’humanité

Les crimes contre l’humanité sont définis comme des attaques sérieuses envers la dignité humaine, une grave humiliation ou dégradation d’une ou plusieurs personnes. Il ne doit pas s’agir d‘actions isolées ou sporadiques, mais d’actions systématiques et généralisées. Elles doivent provenir d’un gouvernement, d’une autorité politique, d’un groupe politique organisé ou bien être tolérées ou ordonnées par ce gouvernement, autorité ou groupe.
Ces actes sont prohibés autant en temps de guerre qu’en temps de paix.

La notion la plus importante lorsque l’on parle de crime contre l’humanité est l’ampleur des actions. Le droit pénal international insiste bien sur la nécessité que cela soit à grande échelle et que cela fasse partie d’un plan concerté.

Par exemple : le meurtre, l’extermination, la torture, le viol, les persécutions politiques ou raciales… peuvent être considéré·e·s comme des crimes contre l’humanité s’iels sont au cœur d’un plan systématique. Si la condition de plan concerté et systématique n’est pas remplie, ce sont des crimes de guerre et non pas des crimes contre l’humanité.

Génocide

Le code pénal et la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide définissent le génocide comme :

« le fait, en exécution d’un plan concerté tendant à la destruction totale ou partielle d’un groupe national, ethnique, racial ou religieux ou d’un groupe déterminé à partir de tout autre critère arbitraire, de commettre ou de faire commettre à l’encontre des membres de ce groupe, l’un de actes suivants :
atteinte volontaire à la vie ;
atteinte grave à l’intégrité physique ou psychique ;
soumissions à des conditions d’existence de nature à entraîner la destruction totale ou partielle du groupe ;
mesures visant à entraver les naissances ;
transfert forcé d’enfants. »

Le génocide est un crime qui dépersonnalise les victimes. Ce ne sont pas les caractéristiques personnelles qui comptent mais le fait que la personne fait partie de tel ou tel groupe. C’est un élément important au niveau du droit car il faut la volonté de détruire un groupe dans son ensemble, peu importe que la personne qui agit ou qui donne l’ordre y arrive, c’est l’intention spéciale de vouloir détruire une groupe de personne de façon systématique qui entre en compte.

Distinction entre génocide et crime contre l’humanité

On peut placer le génocide comme une subdivision du crime contre l’humanité. Cependant, avec la Convention pour la prévention et répression du crime de génocide écrite en 1948 et entrée en vigueur en 1951, c’est devenu un crime à part entière. C’est Raphael Lemkim, juriste polonais et juif, qui est à l’origine de ce texte. C’est également lui qui est considéré comme le « créateur » de la notion et du terme génocide : genos qui en grec signifie famille, clan, groupe et -cide qui vient du latin « caederer » qui signifie tuer.

Il y a des aspects communs aux deux notions : des actes qui choquent notre sens de l’humanité et qui constituent des attaques sur les aspects fondamentaux de la dignité humaine, ce ne sont pas des actes isolés mais systématiques. Il y a des actes communs comme les meurtres mais les crimes contre l’humanité ont une portée plus étendue comme la torture, l’emprisonnement arbitraire. De plus, l’intention est différente. En effet, pour le crime contre l’humanité, il faut l’intention de commettre l’infraction plus le fait de savoir qu’elle s’inscrit dans un plan systématique. Pour le crime de génocide, il faut l’intention spéciale de vouloir détruire un groupe de personnes à travers des critères arbitraires.

Possibilités de poursuite au niveau juridique

Au niveau international

Après les découvertes des actes perpétrés durant la Seconde Guerre mondiale, il a été décidé de pénaliser certains comportements et mettre devant la justice les criminels de guerre. C’est l’objectif du Droit Pénal International. C’est à ce moment là que les notions de crimes contre l’humanité, de crimes contre la paix et de génocide (en 1948) ont été introduites dans l’appareil pénal. La torture a été considérée comme un acte relevant du droit pénal international en 1980.

Le droit pénal international suppose deux choses distinctes :
– l’obligation pour les pays de juger les criminels de guerre et de modifier leurs lois ;
– la création d’instances internationales.

Les premières instances internationales à avoir dû juger des criminels de guerre furent les tribunaux de Nuremberg, pour juger les nazis, et de Tokyo pour juger les criminels de guerre japonais. Ensuite, il y a eu le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (en 1993), puis le Tribunal pénal international pour le Rwanda (fermé en 2015), entre autres.

La cour pénale internationale

Pourquoi ces crimes ont été jugés par des tribunaux internationaux, que l’on appelle ad hoc car formés spécialement pour une situation, et non pas par la Cour Pénale Internationale (CPI) ? Tout simplement car elle n’existait pas à l’époque. Ce n’est qu’en 1989 que les Nations Unies ont commencé à réfléchir à une cour qui pourrait traduire les criminels de guerre en justice au niveau international. Après des années d’écriture et de réflexion, les Nations Unies nous présentent le Statut de Rome qui crée la Cour Pénale Internationale. Cependant, le traité n’entrera en vigueur qu’en 2002.

La cour ne peut juger que les personnes physiques. En droit, il y a le concept de personne physique et de personne morale. Les personnes physiques sont les individus, et les personnes morales des entitées comme les états, les entreprises ou les associations. De plus, la CPI a un principe de non rétroactivité des crimes. Il y a la même chose en droit français : cela veut dire que si une loi pénale entre en vigueur le 27 janvier, on ne pourra juger que les infractions ayant eu lieu à partir du 27 janvier. Pour la CPI, cela veut dire qu’elle ne peut juger que des crimes commis après juillet 2002.

Si vous voulez allez plus loin, je vous conseille soit de lire le statut de Rome soit de regarder cette vidéo trouvée sur le site de la CPI :

En droit français

Nous pouvons nous demander pourquoi nous avons une législation nationale alors qu’il y a une cour pénale internationale ? En fait, il y a une priorité aux juridictions nationales, la Cour pénale internationale intervient uniquement si le pays ne peut pas ou est réticent à juger des crimes de son ressort.

Le code pénal français est divisé en livres. Le livre deuxième traite des crimes et délits contre les personnes. Le titre premier traite « Des crimes contre l’humanité et l’espèce humaine ». On y retrouve le génocide (l’article 211-1 cité ci-dessus), qui est puni de la réclusion criminelle à perpétuité.

L’article 212-1 traite des autres crimes contre l’humanité comme :
l’atteinte volontaire à la vie ;
l’extermination ;
la réduction en esclavage ;
la déportation ou le transfert forcé de population ;
l’emprisonnement ou toute autre forme de privation grave de liberté physique en violation des dispositions fondamentales du droit international ;
la torture ;
le viol, la prostitution forcée, la grossesse forcée, la stérilisation forcée ou toute autre forme de violence sexuelle de gravité comparable ;
la persécution de tout groupe ou toute collectivité identifiable pour des motifs d’ordre politique, racial, national, ethnique, culturel, religieux ou sexiste ou en fonction d’autres critères universellement reconnus comme inadmissibles en droit international ;
la disparition forcée ;
les actes de ségrégation commis dans le cadre d’un régime institutionnalisé d’oppression systématique et de domination d’un groupe racial sur tout autre groupe racial ou tous autres groupes raciaux et dans l’intention de maintenir ce régime ;
les autres actes inhumains de gravité analogue causant intentionnellement de grandes souffrances ou des atteintes graves à l’intégrité physique ou psychiques.

La loi du 26 décembre 1964, intégrée dans le code pénal à l’article 213-5, affirme le caractère imprescriptible des crimes contre l’humanité. Comme j’ai pu l’expliquer dans mon article sur le fonctionnement de la justice pénale en France, les crimes sont normalement prescrits, et donc non susceptibles d’être jugés, après 10 ans. Dans le cas des crimes contre l’humanité, il n’y a pas cette condition de temps. Même après 40 ans, on peut toujours juger les auteurs de ces crimes.

Réflexion de Monsieur Bermond sur la Cour Pénale Internationale et le devoir de mémoire

L’avènement du tribunal international de La Haye a été une bonne chose mais comme toutes les institutions internationales il ne peut acter sans le consentement des nations elles-mêmes. On voit l’impuissance de l’ONU à régler le problème entre Israéliens et Palestiniens malgré ses nombreuses décisions non suivies d’effet.
Quant à savoir qui doit être poursuivi et sanctionné ? Personnellement je pense que celui qui incite à l’action est le grand responsable, il doit être poursuivi et sanctionné, cela ne disculpe pas pour autant l’auteur de l’acte suivant son degré de culpabilité

Devoir de mémoire et négationnisme

Je n’aime pas ce nom de devoir de mémoire mais il est passé dans le langage commun pour parler des témoignages apportés par les déportés depuis quelques années.
Lorsque, en 1945, on a découvert l’horreur des camps et que les déportés survivants sont rentrés, ils n’ont pas été crus ; ce qu’ils racontaient était si inimaginable qu’on ne voulait pas les entendre. Aucune structure médicale ni psychologique n’avait été prévue pour les accueillir, seules les bonnes volontés n’ont pas suffi pour régler la question. Ils étaient maigres, on allait les nourrir et leur redonner forme humaine : « mange petit et oublie tout ça ! » Ils ont mangé, ils ont grossi mais ils n’ont pas oublié !
Le traumatisme psychologique était profond mais pas visible. On les a laissé·e·s se débrouiller tout seuls, ils ont essayé de se réinsérer dans la vie de tout le monde mais ils ont gardé au fond d’eux cette blessure douloureuse et les cauchemars qui hantaient leurs nuits. Alors ils n’ont plus parlé, à quoi bon ?
Pendant 50 ans Je n’ai parlé à personne de cette histoire, même pas à ma femme ni à mes enfants jusqu’au jour où devant la monté du négationnisme qui devenait arrogant, au point de faire même l’objet de thèse à l’universités, j’ai décidé, à la demande d’amis enseignants, d’intervenir dans les collèges et les lycées. La remontée en surface de ce passé a été très pénible à supporter mais l’impact sur les jeunes que j’ai rencontrés m’a incité à continuer, c’est ce que j’ai fait pendant 25 ans.
Il faut continuer à rappeler aux générations actuelles ce qui est arrivé, non pour ressasser le passé, mais pour savoir comment c’est arrivé et pourquoi c’est arrivé et en tirer des leçons pour éviter que cela recommence.
La montée actuelle des mouvements d’extrême droite ainsi que la xénophobie dans les pays européens et en France est très préoccupante et elle n’est pas sans rappeler la période des années 30. La progression des poussées impérialistes en Russie et en Turquie où la démocratie et la liberté sont en recul est un autre sujet de préoccupation, sans parler de l’arrivée au pouvoir du nouveau président américain ; Il est fort regrettable, dans ce contexte, que l’Europe ne soit pas capable de se faire entendre d’une seule voix pour faire poids en face de toutes ces dérives. »

Vous pouvez retrouver son témoignage plus en détail sur son temps dans le camp de concentration à Dachau en vidéo ici.

Recontextualisation de la guerre de l’ex yougoslavie

La Yougoslavie était composée d’un ensemble de régions et d’ethnies et nationalités. La Serbie était le pays qui a toujours eu un ascendant sur les autres, notamment avec l’action de Slobodan Milošević. En 1990, la Slovénie, la Croatie et la Macédoine obtiennent leur indépendance. La Bosnie se proclame également indépendante mais ce cas était particulier : elle était composée du plus grand nombre d’ethnies différentes dont les musulmans de Bosnie, des croates et des serbes. Milošević rêve d’une grande Serbie et ne voit pas d’un bon œil cette envie d’indépendance des musulmans de Bosnie. Il avive les différents nationalismes et active une propagande anti-musulman et anti-croate et donc des persécutions et crimes contre l’humanité.

Il va suivre un témoignage d’une personne ayant vécu cette guerre. Les TW annoncés en début d’articles s’appliquent ici.

Témoignage de M. sur la guerre en ex-Yougoslavie

Tout d’abord, le but de la Serbie était de créer un seul état serbe en rassemblant tous les Balkans, leur but était donc d’éliminer les musulmans et les croates après pour ne garder que les orthodoxes.

Les premiers à nous avoir attaqué·e·s furent nos voisins de l’époque, des amis d’enfance. Ils ont attaqué notre maison alors qu’on prenait le repas, on a dû alors leur offrir notre nourriture, ils ont fouillé toute la maison et prenaient les objets de valeur. Ils nous ont chassé·e·s dans la forêt en tirant des coups de feu, on a dormi toute la nuit dehors. Le lendemain ils nous ont retrouvé·e·s et ont séparé les hommes des femmes, elles devaient rester dans une sorte de terrain de sport. Chacun·e a dû alors retourner chez lui accompagné·e par des soldats pour qu’ils refouillent, moi je suis partie et pendant que je portais ma petite nièce dans les mains, il y avait un soldat serbe derrière moi avec un fusil sur ma nuque me menaçant à chaque bruit de me tuer moi et la petite. Quand ils ont tout regardé, ils ont tout pris, nos meubles et affaires, le soir même. En même temps, ils ont aussi fouillé les hommes et ont noté tous les noms pour pouvoir les rappeler par après. Les garçons avaient le droit de revenir dans leurs maisons mais avaient peur de se faire tuer à chaque moment. Un soir je me suis réfugiée dans ma maison qui était à côté d’une mosquée, pendant la journée ils ont mis des bombes, ont pris tous les tapis de valeur et à 2h du matin la mosquée a explosé et j’ai reçu des impacts de verre dans mon dos. Dans les magasins nous n’avions pas le droit d’acheter quoi que ce soit alors on se nourrissait grâce à nos réserves. Ils nous ont coupé l’électricité et l’eau et ont mis des cartons sur nos fenêtres. Dans notre région, il n’a pas eu beaucoup de viols mais je sais qu’ils le faisaient dans certains cas lorsque les personnes refusaient de donner leurs maisons ainsi que leurs terrains. Pour partir de là, on devait donner nos maisons et inscrire leurs noms sur nos terrains afin qu’ils leur appartiennent. On devait aussi payer 100 Deutsch mark par personne. On ne pouvait prendre qu’une petite valise pour les affaires personnelles essentielles. On est parti·e·s en bus et mes ami·e·s qui étaient avec moi à l’école et qui nous ont tiré dessus sont venus nous dire « au revoir ». À un moment ils nous ont arrêté·e·s en pleine forêt et nous ont demandé nos valises, et comme on s’est senti·e·s menacé·e·s on a tout donné. Tout autour de nous ils avaient des hommes avec de longues barbes et de gros fusils. Quand on est arrivé·e·s à 24 km de notre ville on a dû continuer 24 autres kilomètres à pied, c’est à ce moment là qu’ils ont tué un homme et qu’ils l’ont exposé devant nous pour nous terroriser. Là on a dû fuir, celleux qui allaient plus lentement se faisaient taper voire tuer avant de se faire complètement voler. C’est à peine à ce moment là que nous étions dans une région musulmane et que nous nous avons eu à manger. Là, ceux qui avaient de l’argent pouvaient partir dans d’autres pays, les autres rester. Ma mère a pu partir chez son frère en Slovénie alors elle a voyagé pendant 24h pour le rejoindre, tout en ne sachant pas ce que le reste de sa famille allaient devenir. Les maisons qui restaient étaient brûlé·e·s par nos voisins et « amis ». D’ailleurs juste avant notre départ avec le bus, le prof de ma sœur qui mangeait chez nous a brûlé la maison de ma sœur et de son mari et nous a interrogées moi et ma mère et après cela ils nous ont menacées alors on est parti en courant, quelques jours après on prenait le bus. Pendant que j’étais en Slovénie le père de mon copain avait le droit de réunir toute sa famille alors il a dit que j’étais la fiancée de son fils pour que je puisse les rejoindre et être en sécurité. Mon copain était en Autriche, moi en Slovénie. C’est là qu’ils nous ont questionné sur mon histoire avec mon copain, la date de notre rencontre, les détails sur lui, sa famille et ses parents pour voir si c’était bien la vérité. On s’est alors rejoint·e·s à Berne et on a été accueilli par la croix rouge, puis on a été envoyé à Ardon et à Sierre dans des foyers pour immigrants. Après, on a réussi à économiser petit à petit et à se trouver des jobs, on a étudié le français et on s’est trouvé un appart.

Il nous semblait important de mettre en avant cette journée de mémoire de l’Holocauste et des crimes contre l’humanité au regard de la situation actuelle. On a pu voir aux Etats-Unis que le combat contre le nazisme n’est malheureusement pas fini, qu’il y a toujours des personnes pour soutenir ce genre d’idéologie et que les états n’opposent pas de résistance. Hier, l’acteur Shia Labeouf,juif, était dans la rue pour son projet « He will not divide us » et a été arrêté pour avoir repoussé une personne qui affirmait que Hitler n’avait rien fait de mal alors que le néo-nazi n’a pas été inquiété. Quand l’obscurantisme est de retour et que les Etats ont comme perdu la mémoire, c’est à nous de la faire perdurer et de continuer à lutter.

Liens utiles:

Chaine YouTube Monsieur Bermond

Tribunal pénal international pour l’ex Yougoslavie

Tribunal pénal international pour le Rwanda

Mémorial de la Shoah

Concours National de la Résistance et de la Déportation