Il existe deux types de stages : ceux que vous passez blasé·e·s entre la photocopieuse et la machine à café, et les autres. Le mien faisant partie de la seconde catégorie : j’ai pu me rendre à des journées universitaires qui mériteraient de sortir du cadre de la fac pour profiter au plus grand nombre.
Il s’agit du séminaire « Nuisances industrielles, dans et hors l’entreprise » qui se tenait à la Maison des Sciences de l’Homme ; une journée autour des nuisances industrielles, animée entre autre par des sociologues, des historien·ne·s et des syndicalistes.

Les nuisances industrielles, qu’est-ce donc ?

La nuisance industrielle, ou pollution industrielle, renvoie selon l’ami Wikipedia à « la part de la pollution de l’environnement directement induite par l’Industrie quand elle introduit des altéragènes biologiques, physiques (dont radiations telles que la radioactivité ou dans la lumière artificielle quand elle perturbe l’environnement nocturne), chimiques ou organiques, affectant de manière plus ou moins importante le fonctionnement de l’écosystème ».

En plus de l’écosystème, les nuisances industrielles nuisent également à la santé des employé·e·s voire de leurs proches à plus ou moins grande échelle.

On en entend beaucoup parler depuis les années 1990. Ce n’est pas qu’elles n’existaient pas avant (bien au contraire !) mais à moins qu’il ne s’agisse d’accidents avec des conséquences visibles directement, comme par exemple les marées noires, les effets de la pollution industrielle ne sont souvent visibles que des années plus tard.

Nuisance industrielle et santé (spoiler : c’est pas bon)

Lors de cette journée, a été évoqué le cas de l’amiante, et notamment de l’usine d’Aulnay-sous-bois. L’amiante est un minéral qui, lorsqu’il est inhalé sous forme de poussière, provoque des problèmes respiratoires et notamment des cancers de la plèvre, ou mésothéliomes, des maladies dont on ne guérit malheureusement pas. L’usine était à proximité d’une école primaire et de zones d’habitation, ce qui fait que les victimes de cette poussière ne sont pas « que » les employé·e·s (ce qui ne serait, bien entendu, pas plus acceptable).

On sait que l’amiante est dangereuse depuis le début du XXe siècle. Mais ce materiel était utilisé partout, en raison de ses multiples applications. Dans nos villes ! Dans nos campagnes ! (Pardon.) De grandes entreprises de « désamiantage » sont encore en cours, et son utilisation n’a été totalement interdite en France qu’en 1997. À noter que son emploi dans la construction est encore autorisée dans d’autres pays tels que l’Inde, mais elle tend à disparaître puisque les entreprises internationales qui s’y implantent ne peuvent légalement en avoir dans leurs locaux que si leur siège social se trouve dans un pays où l’amiante est interdite (NB: il s’agit ici d’une information d’ordre légal que l’on a mentionné oralement, je n’ai pu trouver de sources pour corroborer ce point. Cette information est donc à manipuler avec la plus extrême précaution). En plus, d’un point de vue moral, c’est quand même moyen-bof, si vous pouvez me passer cette analyse de haute volée.

Si l’on parle beaucoup de l’amiante aujourd’hui, c’est parce que les maladies qui y sont liées se déclenchent parfois vingt ou trente ans après l’exposition ! C’est l’un des gros problèmes des scandales industriels : l’employeureuse savait-iel, en exposant ses employé·e·s, que la situation était dangereuse ?
Piétinant toutes mes illusions, la réponse est souvent « Oui ». Sous couvert de « on suspectait, mais on était pas sûr·e·s », les employeureuses continuent d’exposer les travailleureuses et les riverain·e·s tant qu’aucune législation n’est en place.

Rappel: Si une situation est supposée ou avérée dangereuse, l’employé·e a le droit d’exercer un « droit de retrait » et de refuser d’effectuer la tâche, sans que ceci ne menace son emploi.

Et l’environnement ?

Nous n’avons pas parlé des conséquences sur l’environnement, mais je tiens à ajouter quelques connaissances personnelles. Je me concentrerai en particulier sur l’environnement aquatique. Encore une fois, ce sont des conséquences qui ne sont pas forcément immédiatement visibles : dans le pire des cas, la population locale tombe malade, on constate que la nourriture est contaminée, et là on investigue les végétaux / les poissons.
Dans le cas dont je parle, les investigations ont été menées parce qu’on a constaté une baisse de la population piscicole. Donc, le temps qu’on se rende compte des dégâts, au moins deux cycles de reproduction étaient passés. En effet, l‘eau rejetée dans la rivière avait été mal traitée par le site : au lieu d’obtenir une nouvelle génération de poissons avec un ratio mâle/femelle relativement équilibré, on se retrouvait avec à peu près 80% de mâle. Pas besoin d’être un·e génie des maths pour comprendre que ça sentait mauvais pour les petits poissoneaux. La plupart du temps, on se retrouve avec la situation inverse, et une immense majorité de poissons femelles. Les effets sur la démographie sont moins importants qu’avec un nombre trop important de mâles, mais ils sont réels.
Un sujet qui n’a pas non plus été abordé lors du séminaire, mais me paraît pertinent ici : la hausse des pubertés précoces et très précoces. De plus en plus de filles de 10 ans et moins se retrouvent pubères, et certain·e·s soupçonnent les pertubateurs endocriens d’en être la cause. Les perturbateurs endocriniens se retrouvent dans l’alimentation à cause des déchets chimiques/biochimiques qui atterrissent dans l’eau, puis dans les sols, puis dans l’alimentation / l’eau du robinet, en plus bien sûr des composants de la plupart des cosmétiques. Là encore, leurs effets ne sont pas immédiatement visibles et si on les soupçonne d’être à l’origine de nombreux problèmes de santé dont certains cancers, très peu de mesures ont été prises jusque-là.

Qu’est-ce qu’on peut en tirer ?

Le principal point à retenir, pour moi, est le problème de l’inaction. Je peux concevoir que si on s’inquiète de tout, on ne fait plus rien, mais lorsque quelque chose est potentiellement dangereux, au lieu de tout stopper pour l’étudier (ce qui, je le conçois, entraîne une grosse baisse de profit / production), encore aujourd’hui, on continue comme si de rien n’était tant qu’il n’y a pas eu de drame. De plus, nier l’accident au lieu de chercher immédiatement des solutions ne fait qu’allonger le temps d’exposition et retarder les mesures de nettoyage, décontamination, prévention, etc.
Le deuxième point, ce sont nos droits et l’état de nos connaissances : dans le domaine professionnel, nous avons un droit de retrait et l’obligation d’être formé·e si nous sommes au contact de matières dangereuses.

Dernier point, qui pourrait faire l’objet d’un autre article : cette situation m’amène, personnellement, à remettre en question les standards de l’agriculture biologique. Comment en effet être sûr·e que nos produits sont exempts de pesticides, perturbateurs endocriniens, etc., quand les produits peuvent se propager via les sols et l’eau ? Ce sera le sujet du prochain épisode.

Pour aller plus loin :

L’histoire oubliée des «radium girls», dont la mort a sauvé la vie à des milliers d’ouvrières
(Attention, certaines photos sont dures à regarder)