Vous êtes un homme ou une femme. Votre genre ne vous a probablement jamais paru être une chose à laquelle vous deviez réfléchir et du coup, vous ne comprenez vraiment pas comment c’est possible d’être ni strictement l’un, ni strictement l’autre.

On va donc commencer par jeter un coup d’œil à votre genre à vous, si vous voulez bien. Qu’est-ce qui fait de vous un homme ou une femme ? Ce n’est pas votre présentation. Si, monsieur, vous vous mettiez à porter du maquillage, vous seriez toujours un homme. Votre genre ne changerait pas, vous voudriez toujours qu’on vous appelle « monsieur ». D’ailleurs, peut-être portez-vous déjà du maquillage – vous êtes un monsieur théorique, je ne connais pas votre vie.
Si, madame, vous vous mettiez à vous habiller dans le rayon homme, ce serait pareil, vous voudriez toujours qu’on se réfère à vous au féminin. Votre présentation vous permet d’exprimer votre genre, mais il ne le définit pas.

Vous vous dites peut-être que c’est le genre qui vous a été assigné à la naissance, le fait que vous ayez un corps particulier. Pourtant, les personnes trans binaires, les femmes assignées homme et les hommes assignés femme, sont respectivement des femmes et des hommes même avant leur transition, s’iels souhaitent en faire une tout court.
Mais si cela vous paraît nouveau aussi, disons plutôt : si demain, vous aviez un accident qui vous laissait sans organes génitaux, est-ce que votre genre changerait pour autant ? Vous seriez la même personne. Votre genre ne changerait pas. Votre corps peut faire partie de votre conception de votre genre, mais il ne le définit pas pour autant.

Ce ne sont pas non plus vos goûts : très certainement vous ne pensez pas que vous êtes un homme parce que vous aimez les voitures ou que vous êtes une femme parce que vous aimez la mode. Vous trouvez peut-être même ces généralisations presque insultantes, et vous avez raison. Votre genre, c’est plus que ça.

Alors, si le genre ce n’est rien de tout ça, si un homme peut s’habiller en robe, aimer les chaussures et avoir un vagin, si une femme peut s’habiller en costume trois-pièces, suivre la formule un et avoir un pénis, qu’est-ce que ça nous laisse ? Eh bien, plus grand chose, et beaucoup à la fois.

 

Des mots

Si vous êtes une femme et qu’on vous dit « bonjour madame » ou « bonjour mademoiselle », ça ne vous fera pas tilter (sauf pour des raisons féministes ou à cause de l’âge qu’on vous prête, mais c’est un autre sujet). Quand on fait des généralisations sur « les femmes », vous répondez en tant que membre de ce groupe, quelle que soit la généralisation émise et que votre réponse soit positive, négative ou neutre. Quand on dit « les meufs » ou « les filles » pour vous appeler, en vous incluant, ça ne vous fait ni chaud ni froid – c’est juste normal. C’est la façon dont on vous perçoit, et ça vous va. Idem pour vous, messieurs. Et au contraire, ça vous fait bizarre (voire c’est inconfortable) si on vous identifie comme un autre genre que le vôtre.

Une personne non-binaire, au contraire, pourra avoir un léger inconfort ou même une sensation de rejet intense quand on la catégorisera comme « femme » ou comme « homme », comme « fille » ou comme « garçon ». C’est ce qu’on appelle dans notre jargon la « dysphorie sociale », c’est-à-dire, l’inconfort plus ou moins prononcé d’être perçu·e comme un genre qui n’est pas le nôtre. Souvent, l’inconfort est plus présent quand on se réfère à nous selon notre genre assigné, mais pas toujours.

Même si certaines personnes non-binaires ne ressentent pas de dysphorie, nous nous sentons toutes plus à l’aise si on ne nous catégorise ni comme homme, ni comme femme, mais comme notre genre véritable. Ce sentiment de confort, c’est ce qu’on appelle l’euphorie de genre, et c’est la seule façon certaine de déterminer si une personne est trans ou non (qu’elle soit binaire ou non-binaire). Les personnes non-binaires, donc, sont parfois inconfortables quand on les catégorise comme un genre qui n’est pas le leur, et sont au contraire à l’aise quand on les voit selon leur propre genre. Comme tout le monde, en fait.
L’inconfort, quand il est présent, est simplement plus fort que pour une personne cis, et de façon parallèle, le confort et l’euphorie sont beaucoup plus forts, puisqu’ils apparaissent souvent comme un victoire et peuvent être rares.

Voilà, maintenant, vous comprenez plus ou moins ce que sont les personnes non-binaires. Vous vous demandez peut-être encore pourquoi, alors, il y a tant de genres à l’intérieur de la catégorie « non-binaire », pourquoi on ne se contente pas simplement de ça.
La réponse, c’est que nous avons tou·te·s des expériences très diverses, et qu’il est important pour nous de les décrire, pour pouvoir nous comprendre nous-mêmes et être perçu·e·s comme nous sommes par notre entourage.

Tout comme ça vous ferait étrange, voir vous mettrait mal à l’aise qu’on vous décrive simplement comme « binaire » et qu’on vous groupe donc avec les hommes ET les femmes. Ce serait correct, mais ça reste quand même une vision très schématique de votre genre, n’est-ce pas ? De la même façon, les personnes non-binaires ont besoin pour certaines qu’on reconnaisse la spécificité de leur expérience du genre. Le langage que nous possédons est cependant si binaire que pour décrire nos genres, nous devons nous contenter de faire des liens avec les genres binaires, ou de recourir à des sensations ou des métaphores, qui peuvent sans doutes vous paraître abstraites, mais qui sont essentielles pour nous.
Il y a aussi des « groupes » de genres comme genderfluid, qui regroupe les gens dont le genre change au cours du temps mais sans spécifier entre quels genres ; bigenre, qui regroupe les gens qui ont deux genres sans préciser quels sont ces genres, etc.

Il faut aussi savoir que la perception très binaire du genre de notre société, n’incluant que homme et femme, est très occidentale. De nombreuses cultures reconnaissent d’autres genres, comme les hijras en Inde et les two-spirits chez les amérindiens.