Si la chevelure féminine est considérée comme un outil de charme et de séduction par la société (patriarcale et hétérocentrée), ses poils, au contraire, sont abhorrés, traqués et cachés à tout va. Passage pourtant quasi-obligé de la puberté, les poils peuvent devenir une source de honte et de complexe pour les personnes de genre féminin.

(Cet article s’intéresse essentiellement aux représentations de la pilosité féminine dans la société occidentale.)

Cette attitude envers le corps féminin est caractéristique du conditionnement de nos représentations par la société. Ainsi, nous attribuons des caractères moraux et sociaux à des traits biologiques. Par exemple, les poils sont associés à la masculinité, à la virilité, la force « sauvage »… Qualités que l’on ne retrouve donc pas dans l’idéal féminin, qui à l’opposé, doit évoquer la douceur, la fragilité… Il est d’ailleurs étonnant de voir à quel point cette dichotomie est prégnante dans notre culture visuelle. Un corps identifié comme féminin sera toujours représenté sans poil, entièrement glabre. Une pratique qui peut tourner au ridicule, notamment dans les publicités pour différents moyens d’épilation/rasage qui essaient de montrer l’efficacité de leur produit en les testant sur des jambes déjà lisses et imberbes. Surtout, cette représentation systématique de « la femme » en être totalement imberbe, sans même montrer le processus qui permet une telle transformation, peut être à l’origine de nombreux complexes pour les jeunes adolescentes qui ne comprennent souvent pas ou ne savent pas comment gérer ces changements corporels et ne se retrouvent pas dans la vision du corps glabre parfait véhiculée par les médias.

Cette représentation idéalisée devient ainsi un diktat de la société qui souhaite imposer un contrôle sur le corps féminin, en mettant en valeur le côté sexuel des courbes « féminines » tout en effaçant le côté naturel de la puberté, à savoir notamment les poils. Cette contradiction trouve son apogée dans la pornographie mainstream actuelle, qui multiplie les images de femmes au corps très désirable et sexualisé (selon les normes de la société) mais complètement imberbe, créant une image aseptisée voire infantilisée du corps féminin.

Il faut garder à l’esprit que notre vision sur les poils est très fortement conditionnée par la société, et par des années d’injonctions plus ou moins explicites proclamant le poil féminin tabou, sale et laid. Pourtant, si nous sommes tou·te·s couvert·e·s de poils, ce n’est pas pour rien. En effet, on a tendance à oublier que les poils, même s’ils ont perdu le rôle de protection contre le froid au fil de l’évolution, protègent les zones sensibles du corps humain. Si l’on se concentre particulièrement sur les zones des aisselles et du pubis, la présence de poils permet de diminuer les risques d’échauffement, d’inflammations, et retient l’évaporation de la transpiration, contribuant ainsi à la régulation de la température. Ils joueraient aussi un rôle dans la diffusion des hormones de l’attraction sexuelle, même si l’existence et l’efficacité des phéromones humains ne sont pas tout à fait prouvées scientifiquement.

Ainsi, les poils ont une utilité, même si elle peut paraître infime. De plus, l’épilation ou le rasage – pratiques jugées indispensables par la société chez les personnes de genre féminin – demeurent somme toute dangereuse (en plus d’être parfois douloureuse). En effet, elle favorise les infections et les irritations de la peau tout en augmentant les risques de poil incarné. Une étude de décembre 2016 a récemment fait le lien entre les épilations intégrales du maillot et le risque élevé d’attraper une IST, sans pouvoir toutefois démontrer une causalité.

Si la vue du poil féminin reste encore taboue, il est appréciable de voir que plus en plus d’artistes ou de célébrités soulèvent le sujet et « osent » afficher leur corps au naturel. Le poil est un sujet que s’approprient de nombreuses artistes féministes, comme un acte de défiance envers les normes sociétales de beauté, rejoignant le mouvement de body-positivité (n’hésitez pas à parcourir notre rubrique des Six Moans pour en trouver quelques exemples). Le récent exemple de Lola Kirke, qui a provoqué une polémique aux Golden Globes en portant une robe bustier avec des aisselles non rasées montre que petit à petit, les mentalités changent. Bien sûr, les détracteurs sont encore légion, outrés et scandalisés par le simple mais courageux acte de Kirke. Cet épisode nous montre qu’il faut être fier-e-s de qui on est et du corps que l’on a, et que l’on peut être sublime avec ou sans poils.

Poilu ou glabre, notre corps nous appartient et nos choix corporels sont les nôtres. Partisan·ne de l’épilation ou pas, cette pratique reste un choix personnel, que chacun·e devrait faire sans se soucier du regard des autres.