Ces derniers temps sur Twitter, les victimes se mettent à parler. Les call-out s’enchaînent, et c’est loin de nous faire râler chez Simonæ. Voir la parole des victimes se libérer, ça fait du bien, à beaucoup.

“Si certain·e·s osent le faire, pourquoi pas moi ?” C’est certainement ce que s’est dit celle à l’origine du dernier call-out en date, concernant Mathieu Sommet, YouTubeur connu sur la toile pour ses vidéos “Salut Les Geeks”.

Louise (prénom modifié, ndlr) a 17 ans quand, en 2013, elle se rend à la Japan Expo, “Salon consacré à l’animation, au manga, aux jeux vidéos, à la musique, au cinéma, aux traditions et à la culture japonaises”. Pendant 4 jours, elle s’amuse, profite, fait des rencontres, et lit des mangas, posée au Manga Café, plongée dans cet univers dans lequel elle se sent bien.

C’était la toute première fois où je pouvais y passer les 4 jours. J’avais prévu trois tenues différentes, une pour chaque jour. Je me souviens avoir trouvé un superbe yukata à seulement 35€ avec tous ses accessoires et j’étais hyper contente parce que c’est plutôt 80€ d’habitude. Le vendredi, mes parents m’ont appelée pour m’annoncer les résultats du bac. J’étais tellement survoltée que j’avais oublié que c’était ce vendredi, et quand il m’ont annoncé que j’avais obtenu la tant espérée mention très bien, j’ai pleuré de joie.

Le samedi, j’étais fatiguée, je marchais sans m’arrêter depuis trois jours, alors je me suis arrêtée au manga café, et j’ai lu plein de mangas que j’ai adoré, notamment Dangeki Daisy et Midnight Secretary. J’ai eu vraiment l’impression de souffler, après ces trois journées intenses, tout en étant toujours dans cette ambiance de satisfaction d’être réunie avec des personnes partageant mes intérêts.

Le dernier jour, j’ai profité du calme pour aller revoir les stands des jeunes créateurices, fait encore des achats et suis retournée au manga café.

Cette même année, à cette même convention, se trouve monsieur Sommet. Il s’amuse, dédicace des poitrines, signe – beaucoup- d’autographes, tout ça sous l’oeil des caméras de son équipe.

Deux univers bien distincts, qui ne se sont pas rencontrés directement.

Enfin, ça c’est ce que pensait Louise jusqu’à un peu plus d’un an plus tard. Ce jour là, fan de ce que faisait Sommet sur Youtube, elle décide de se faire un marathon de ses vidéos, et tombe sur celle de la Japan Expo de l’année précédente. Impatiente de voir si elle apparaît même seulement quelques secondes (après tout, elle y a passé les 4 jours, c’est possible !), elle regarde la vidéo. Et là, à 1”52, son sang ne fait qu’un tour. Ce fameux jour, Louise portait une jolie robe à volants, et un sac fait main. Et sur la vidéo, elle s’est reconnue. Ou plutôt, elle a reconnu sa robe, son sac, et ses jambes. Et oui, un gros zoom sur son entrejambe qui laisse voir sa culotte, ça permet de voir pas mal de détails.

Oui. L’équipe de monsieur Sommet a jugé bon de faire un gros plan sur la culotte de Louise, alors qu’elle était simplement absorbée par son manga, assise confortablement sur un des poufs du Manga-Café. Faire un gros plan, et ensuite l’insérer dans la vidéo, vue plus de 500 000 fois.

Pour bien se rendre compte de ce que cela signifie : voici une petite mise en situation. Si, dans les transports, vous voyiez un homme prendre en photo la culotte d’une adolescente trop absorbée par autre chose pour s’en rendre compte, vous interviendriez certainement, non ? C’est ici le même cas, sauf que personne n’a pu s’en rendre compte ni intervenir. Est-ce que ça veut dire que nous devrions nous taire désormais ? Loin de là…
Et pour ne rien arranger, les commentaires en réponse sous la vidéo étaient tout autant problématiques que la vidéo en elle-même.

Après avoir écrit un mail à Sommet pour lui demander de retirer la vidéo, et n’ayant eu aucune réponse (ni acte), Louise a commencé à faire des crises d’angoisse. Cette vidéo était toujours présente et visible, le YouTubeur affiché partout, des sites prétendument féministes faisaient sa promo…

mail Sommet

Et puis il y a quelques jours, ç’en a été trop pour Louise. Elle a décidé de parler. Alors elle a contacté un compte tenu par un Collectif de lutte contre les harcèlements sexistes, SaferBlueBird. Ayant partagé des témoignages d’anciennes employées d’un magazine web qui dénonçaient leurs conditions de travail, ce compte lui semblait la meilleure plateforme pour partager son histoire tout en conservant son anonymat.

Et parmi toutes les réponses de soutien, elle a vu arriver ce qu’elle redoutait et ce qui lui a fait attendre 2 ans avant d’oser parler publiquement : le victim blaming.
Négation de son ressenti, accusation de l’avoir bien cherché, minimisation des faits, les réponses à son témoignage sont un véritable festival de culture du viol.

Qu’est-ce que la culture du viol ?

Définition : “culture où les violences sexuelles sont minimisées, naturalisées, excusées voire tolérées” (sources : 1 et 2 )

Exemple concret : ces derniers jours, un certain Cyril Hanouna a fait un marathon de 35h de direct à la télé. Lors d’une des émissions de cette période, il a voulu forcer une femme à embrasser un de ses chroniqueurs. Elle a refusé. Le chroniqueur lui a embrassé la poitrine sans son consentement. Rire, applaudissements, hourras… l’agression sexuelle – car c’en est une – a été adorée par le public et les chroniqueurs.

Sur les réseaux sociaux en revanche, branle bas de combat, on ne peut pas laisser passer ça.

Mais le lendemain, la victime s’affiche aux côtés de son agresseur :

tpmp

 

Le chroniqueur aurait contacté sa victime, en se positionnant lui-même comme victime de ce qu’il se passait depuis l’agression.
« Il m’a dit qu’il avait plein de problème depuis, dans sa famille et dans son travail, que sa fille ne voulait pas retourner à l’école, de peur qu’on traite son père de pervers. »  a-t elle raconté à Slatefr

Pauvre, pauvre Jean-Michel n’est-ce pas?

Culture du viol, minimisée ET intégrée. Ça pique.

 

« En ce qui concerne les images de mineurs, l’autorisation des deux parents est exigée. A défaut, la personne dont l’image a été divulguée peut agir en justice et saisir le juge des référés. Ce dernier prendra toutes les mesures (séquestre, saisie et autres) propres à empêcher ou à faire cesser une atteinte à la vie privée La sanction peut prendre la forme de dommages et intérêts. Par ailleurs, les contrevenants s’exposent à un an d’emprisonnement et 45.000 euros d’amende (selon l’article 226-1 du Code pénal) car la violation de ce droit est un délit pénal. » (source)

Alors que le youtubeur et son équipe ont partagé un gros plan sur les sous-vêtements d’une mineure non-consentante et sans l’autorisation de ses parents (choses donc parfaitement illégales), c’est encore une fois la victime que l’on accuse.
« Elle exagère, c’est seulement un zoom de quelques secondes… » Ou plus exactement : un zoom intentionnel de quelques secondes sur sa culotte, vu plus de 500 000 fois.

Mathieu Sommet vient de publier une nouvelle vidéo intitulée « Droit de réponse au Raptor Dissident », autre youtubeur avec qui il semble y avoir une petite « guéguerre ». Il y évoque une certaine « intégrité », qui semble être sélective en ce qui le concerne. En revanche, toujours aucune réponse quant aux accusations lancées par Louise. Drôle de choix.

 

NDLR : Nous avons contacté monsieur Sommet, nous n’avons pas reçu de réponse jusqu’ici. Nous mettrons l’article à jour si cela change.

 

Mise à jour du 24/10/2016
Mathieu Sommet a envoyé des « excuses » à la victime via un tweet destiné au compte SaferBlueBird. Nous allons essayer d’expliquer ici pourquoi nous mettons le terme excuses entre guillemets.

Dans sa réponse, monsieur Sommet commence par une première partie on ne peut plus irréprochable (vous nous direz, il a mis une semaine à les rédiger alors c’est la moindre des choses). Il reconnait son erreur ainsi que le ressenti de la victime, et c’est déjà bien plus que la majorité des YouTubeurs habituellement.

Cependant, premier couac lorsqu’il laisse entendre ne pas avoir le mail. Et oui, lorsque l’on s’excuse, on n’insinue pas que l’autre ment. Il précise que ce n’est pas le cas, mais cela laisse tout de même planer un doute sur la véracité de ce qu’avance la victime.

Le second arrive lorsqu’il évoque la « private joke« . Nous devons donc comprendre que montrer la culotte d’une inconnue mineure entre potes c’est OK mais que ça commence à poser problème lorsque ça sort de la sphère privée ? Non. Ça n’est jamais OK.

Ensuite, il avance qu’à 25 ans, « on se cherche encore ». Une grande partie de l’équipe de Simonæ a moins de 25 ans pour le moment, pourtant jamais il ne nous viendrait à l’esprit de commettre une erreur pareille. Le consentement prime avant tout, la majorité aussi quand on parle de sous-vêtements.

Arrive ensuite notre passage préféré. Monsieur Sommet minimise son acte en évoquant une simple « potacherie ». L’humour potache, c’est l’humour dit de collégien, de lycéen. Lorsqu’on a 25 ans, c’est un peu triste. Puis parler d’une image qui pourrait relever de la pédopornographie comme d’une simple potacherie, c’est tout de même se foutre un peu de la gueule du monde.

Alors, pour résumer : on s’excuse, on se donne des circonstances atténuantes, on laisse planer le doute sur le témoignage de la victime, et on minimise l’ampleur des faits. Tiens, ça nous rappelle un peu l’affaire TPMP évoquée plus haut et décryptée ici, non ?

Sans parler du fait qu’il refuse de reconnaître sa transphobie dans ce même message.