Je sais qu’on en parle pas beaucoup et que c’est difficile de s’exprimer quand on l’a soi-même vécu alors aujourd’hui : je vous parle de mon vécu face aux relations abusives.

Je vais ici vous parler uniquement de mon propre ressenti par rapport à ça, ce que ca m’a fait et comment j’essaye d’en sortir. Ca n’est pas une méthode magique mais j’espère que ca pourra vous aider un peu quand même.

Je suis au lycée, je rencontre mon premier copain sur Internet. Il est adorable, et surtout il a cinq ans de plus que moi une voiture et c’est trop classe de sortir avec « un vieux » ! J’étais plutôt fière de sortir avec lui. D’autant plus que nous sommes resté ensemble un peu plus d’un an, et ca reste encore aujourd’hui ma plus longue relation. Devant ses ami·e·s j’étais belle, intelligente et charmante ! Il voulait qu’on vive ensemble.

Mais voilà, ça c’est ce que les autres pouvaient voir. Moi de mon côté, j’avais le droit à un cahier des charges pour savoir comment je devais m’habiller, me coiffer et me maquiller. Je n’avais pas le droit d’ouvrir la bouche devant ses ami·e·s à part pour dire les civilités. J’avais à peine 17 ans et je me retrouvais en couple pour la première fois de ma vie, avec un pervers narcissique. On ne m’avait jamais parlé de ça. J’ai vécu un an de réflexions sur mon physique, de comparaison avec son ancienne copine. J’ai eu le droit à des cours pour apprendre à coucher avec lui : il me montrait ses vidéos pornographiques préférées pour que je fasse la même chose ! Je devais avoir leur regard, leurs gémissements, leurs attitudes. Comme c’était ma première relation, je me suis persuadée que c’était normal. J’ai essayé d’en parler indirectement avec des amis (oui amis, j’étais entourée que de garçons à l’époque) mais ils n’ont jamais compris… Je me sentais isolée, et seule. Et l’unique personne qui me comprenait au final c’était quand même lui… La seule personne avec qui je pouvais parler, c’était celle qui me violait. J’ai vécu toute cette relation en apprenant que je devais aimer le sexe, que je devais être la poupée que l’homme avec qui j’étais, désirée. Je me dégoûtais tellement moi-même que je pensais ne pas pouvoir mériter mieux et que de toute façon si je voulais pas me retrouver seule je devais coucher avec lui et lui faire plaisir.

Un jour je ne sais pas exactement comment j’ai fait à l’époque : mais j’ai dit stop. Je crois que j’étais arrivée à un point où pour survivre je devais partir.

Je le haïssais autant que je me dégoutais. Sauf que lui disait m’aimer plus que tout et pour me le faire comprendre, j’ai eu des tonnes de sms, de messages privés sur les réseaux sociaux. Quand je me suis déconnectée totalement, j’ai eu des lettres postales… Et pendant cinq ans j’ai vécu un harcèlement qui me terrorisait. J’ai fini par faire une dépression très symptomatique. J’ai été suivi par une psychiatre qui m’a beaucoup aidé, elle et les anti-dépresseurs. Elle m’a notamment appris deux techniques qui m’aident encore aujourd’hui : la cohérence cardiaque et la boite.

La cohérence cardiaque est une méthode de relaxation qui m’aide à gérer mes crises d’angoisses. Lors de mes crises je ne peux plus respirer, j’ai le coeur qui s’emballe et j’ai l’impression que je vais étouffer. Cette technique permet de se concentrer sur une respiration cyclique, et de ralentir le rythme cardiaque. Il faut inspirer pendant cinq secondes, puis expirer cinq secondes, inspirer cinq secondes… pendant cinq minutes !

La boîte, elle est dans ma tête. C’est une boîte qu’au début je visualisais de la taille et de la forme d’un grand cercueil en plomb dans laquelle je devais mettre toutes les idées noires et désagréables que j’avais dans la tête et qui m’empêchaient de penser à autres choses. Cette boîte au fil du temps a fini par diminuer de taille et me sert toujours autant. J’ai encore vécu deux ans de harcèlement. Mais j’ai réussi à le gérer, je n’avais plus peur, j’étais en colère !

Six ans après la rupture, je ne voyais plus ma psy et j’allais bien ! Je n’avais plus vraiment de TCA et j’avais de nouveau des projets. J’avais encore des problèmes de confiance en moi et je me pensais pas aimable, ni désirable. Comme si j’avais trop de marques sur moi pour avoir une belle relation.

Puis je rencontre cette personne, qui partage les mêmes idées militantes que moi et qui tombe amoureuse de moi. Il y avait tout à un tas choses qui me semblaient louches mais je n’ai pas voulu m’écouter. Et j’ai foncé dans le tas. Dans un bon gros tas de… Je me suis retrouvée dans une relation où je n’avais de nouveau plus mon libre arbitre. Je pense encore aujourd’hui que j’ai donné moi-même le pouvoir à cette personne de choisir à ma place ce qui était bon pour moi. Je l’ai laissé tout décider, tout prendre en main et je me suis laissée porter. Jusqu’au jour où tout a percuté dans ma tête. J’étais dans le même genre que situation !
Et j’étais incapable de faire quoi que ce soit. J’avais peur et j’étais tétanisée. J’avais peur que la situation ne devienne insurmontable pour moi, je craignais pour ma propre sécurité. Donc je ne faisais rien, et la situation se dégradait petit à petit… Je me culpabilisais en me répétant que cette personne avait fait beaucoup de choses « biens » pour moi et que je lui devais quelque chose en retour : l’aimer.

J’avais clairement une dépendance affective à ces deux personnes. La deuxième fois je me suis même encore plus culpabilisée parce que je l’avais déjà vécu et je m’en voulais de pas avoir été capable de le voir avant… Ce qui crée une réelle difficulté à partir.

J’ai réussi à partir les deux fois parce que grâce à Internet j’ai pu m’accrocher à une nouvelle relation. J’ai pu avoir une présence uniquement virtuelle qui ne pouvait pas me faire de mal et qui m’a permis de ne pas me sentir seule et abandonnée. J’ai réussi à m’en sortir car j’ai eu deux amies avec qui j’ai pu discuter et avec qui j’ai pu exprimer mon ressenti. J’ai pu me dire que, non ce n’était ni uniquement dans ma tête ni normal. J’ai réussi à partir grâce à elles parce qu’elles ne m’ont jamais jugée. J’ai développé des troubles obsessionnels du comportements depuis : j’ai des TOC de vérification. Je suis tellement angoissée que je vérifie tout ce que je fais. Mes TCA sont revenus plus fort que jamais.

J’ai ensuite appris que quelqu’une avait vécu une relation toxique avec l’un de mes deux ex. On nous a mis en contact et je pense que ça m’a réellement permis de me dire que je n’avais rien inventé. Que j’avais été manipulé et que tout ça n’était ni ma faute, ni mérité. Le fait de la rencontrer, m’a permis de me sentir légitime dans mon ressenti. Et en association avec les méthodes de « relaxation » que m’a appris ma psychiatre, je peux dire que je vais mieux jour après jour !

Je remercie du fond du coeur toutes ces personnes qui m’ont aidé et probablement sauvé la vie…

Pour les personnes qui vivent ces situations, et je sais qu’on est bien plus nombreuses qu’on peut le croire : vous n’êtes pas seul·e·s. Si je peux donner un conseil : essayez de trouver quelqu’un·e de confiance, qui ne vous jugera pas et à qui vous pourrez parler. Ne laissez pas les gens vous dire que vous devez porter plainte ou absolument voir un·e psychiatre. Prenez soin de vous !