D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours su que je voulais être mère. Pas parce que c’était ce que tout le monde voulait, mais parce que je voulais offrir ce qui était selon moi le plus beau des cadeaux : la vie. Cette idée ne m’a jamais vraiment quittée et je savais que ça ferait partie des to do de ma vie, entre voyager en Nouvelle-Zélande et ne pas louper ma vie – j’avais des drôles d’ambitions étant enfant, quoi que…

Je me suis mise en couple peu avant mes 17 ans avec un jeune homme qui correspondait à l’idéal que j’avais à cet âge-là. Beaucoup trop musicien, (pas) assez responsable, ténébreux et à réparer absolument. Alors j’ai quitté père et mère, sans regrets, pour vivre l’amour de ma vie à 600 km de mon chez-moi.

Au début tout était beau et joli, parce que j’avais ma vie de grande à moi, « notre » chez nous (mais SON argent), « notre » vie (où je n’avais pas vraiment de notion de choix), tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes, tellement que je me suis mise à tout oublier, comme ma pilule. Et vous devinez la suite.

Ne vous méprenez pas, je n’étais PAS prête, du tout, même avec le recul j’ai envie de me tapoter dans le dos et de me dire « t’as tellement pas idée de ce qui t’attend ». Cette décision m’a semblé la BONNE à ce moment PRÉCIS de ma vie, parce que c’était quelque chose de certes imprévu, mais désiré, très fort.

Alors me voilà enceinte, avec tout ce que ça comporte de bien et de moins bien, plus le regard des autres vis-à-vis de cette grossesse qui arrive décidément trop tôt. Tu dois te (sup)porter, endurer le regard des autres, le mépris de certain·e·s, le manque de soutien de beaucoup de tes proches, mais ton choix, tu le portes, parfois comme une croix, parfois comme un trophée, en faisant comme tu peux. Je n’ai pas eu une grossesse évidente, parce que j’étais très seule avec tout ça. Mais elle était là, en moi, ma fille.

Et elle est arrivée, dans la douleur, le mépris du corps médical pour ma souffrance et mon épuisement, dans l’ignorance de ma peur, parce que j’étais une gamine, malgré ce choix. Et on m’a rapidement fait comprendre que ce choix, ça impliquait de ne pas me ménager, pour bien me faire comprendre, encore une fois qu’être mère, « c’est dur enfin ! ».

Après avoir lutté seule dans une salle de réveil pour pouvoir bouger après une péridurale et une césarienne ; j’ai enfin pu la serrer contre moi, et on s’est endormies, l’une contre l’autre, presque instantanément.

Mais les belles histoires ne doivent pas durer, puisque j’ai dû partir, m’éloigner ; puisque j’ai vite compris que je serais seule à assumer tout cela, et que ma belle histoire d’amour avait une fin.

Alors, des années durant, je me suis battue. Entre les assistantes sociales, une famille toxique qui voulait élever mon enfant à ma place, moi qui voulais rattraper mon adolescence perdue, et le monde qui m’entourait. J’ai parfois baissé les bras, mais je me suis toujours relevée parce que je savais qu’ELLE en valait la peine, et parce que des gens ont pris le temps de me dire que le boulot de mère, ça s’apprend.

Alors j’ai appris à faire de mon mieux tous les jours, et à être maman. J’apprends tous les jours, et je me trompe encore. Ne vous méprenez pas encore une fois, je ne fais pas l’apologie de la maternité. C’est le métier de toute une vie, en CDI, sans repos ou presque, avec beaucoup d’investissement personnel, et gratuit ; alors, effectivement il y a mieux comme plan de carrière.

Aujourd’hui, ma fille a bientôt 11 ans. On a appris ensemble comment ça marche la vie. Parce que le fond de l’histoire, je crois que c’est ça, j’ai appris grâce à elle comment tout autour de moi fonctionne ; les impôts, les inscriptions à l’école, la cantine, les réunions parents-profs, payer des factures. Parce que si je ne voulais ou ne pouvais pas le faire pour moi, pour ELLE ça en valait la peine, 1 000 fois même.

Ce n’est pas qu’une histoire de la parentalité béate en mode « les enfants c’est la plus belle chose au monde ». C’est dur, surtout quand on est seule, et même quand on est deux. C’est beaucoup d’angoisses, de la plus terre-à-terre parfois (comment je vais bouffer), à la plus métaphysique aussi (comment faire pour que mon enfant soit heureux·se et épanoui·e). Le bonheur avec des enfants est assez subtil : il faut savoir dépasser l’épuisement, l’angoisse, le stress et la double journée pour l’entrevoir.

Au final, aujourd’hui, j’arrive à (me) dire que je suis mère. Pas parce que la société me dit que j’ai l’âge requis, mais parce que ma fille porte en elle tellement de beaux projets et d’espoir (malgré le fait qu’elle va en baver parce que née fille mais ça, elle l’a déjà compris), et que je suis prête à déplacer des montagnes, ou plus simplement à remplir tous les papiers et passer tous les coups de fil possibles pour qu’elle soit la plus heureuse et épanouie. Être parent c’est ça pour moi : transcender ce que je suis vers quelque chose de plus normé, et c’était vraiment pas gagné !