Je ne jouis pas.

C’est comme ça, c’est un fait.

Avant de sauter sur votre clavier pour me conseiller une position sous-estimée, un sextoy miracle ou je ne sais quel aliment aphrodisiaque, dites vous qu’en plus de 15 ans de vie sexuelle, j’ai eu le temps d’y penser toute seule.

Et j’ai arrêté de courir après le sacro-saint orgasme il y a quelques mois. Si je l’atteins un jour, tant mieux, sinon je continuerai de profiter sans me prendre la tête.

Mes premières années de vie sexuelle ont été plus ou moins gâchées par cette recherche de l’impossible : au lieu de profiter du moment et de la personne avec qui j’étais, je réfléchissais à comment faire pour que ça soit « mieux », pour enfin atteindre ce fameux point sur lequel on me mettait la pression.

Oui, la pression existe : après avoir agi pendant des années comme si la sexualité féminine était quelque chose de tabou, sale, presque contre-nature ; la presse – féminine principalement, mais pas que – a complètement changé son sextoy d’épaule et enchaîne maintenant les conseils pour baiser « mieux », plus « efficace ».

Sauf que : le sexe est différent pour chacun·e. Ce qui fait de l’effet à certaines personnes en fera directement débander d’autres. Il est complètement stupide de proposer un mode d’emploi universel, comme si tous les pénis, toutes les vulves, tous les corps réagissaient pareil.

Et puis, je ne peux pas m’empêcher de voir une logique capitaliste derrière ça : rentabiliser le temps passé à baiser pour avoir un maximum d’orgasmes en y passant le moins de temps possible. Sauf que le plaisir n’est pas binaire. Il ne passe pas subitement de off à on au moment de l’orgasme. Je ne jouis pas, mais j’ai du plaisir.

Alors oui, clairement, j’aimerais avoir des orgasmes, ça a l’air cool. Mais en attendant que ça m’arrive – ou pas – un jour, j’aime baiser et je n’ai pas envie d’en profiter seulement à moitié parce que je suis en train de me demander si j’ai plus de chance de l’atteindre en bougeant ma jambe un peu à gauche ou mon bassin un peu à droite.

Reste à le faire comprendre à mes amants, qui le prennent souvent comme un affront personnel…