Le vaginisme est un problème peu connu, bien que de nombreuses femmes aient vécu ou subissent un tel trouble. J’ai moi- même vécu ce problème pendant plusieurs mois sans vraiment être consciente d’en être atteinte. C’est à la fois le symptôme d’une sexualité encore inégale entre personnes munies d’un vagin et personnes munies d’un pénis, et un handicap pour plusieurs d’entre nous. Pour ma part, ça a été une souffrance bien plus large qu’une douleur située et ponctuelle, que je me félicite chaque jour d’avoir vaincue !

Ce que dit la science :

Quand on réalise quelques recherches scientifiques, on apprend que le vaginisme est un trouble de la sexualité dont l’étendue reste difficile à mesurer. Certains articles défendent que 30 % des personnes possédant un vagin ont connu cette souffrance, d’autres seulement 10 %, ce qui révèle à quel point la sexualité est un tabou, en particulier pour les personnes sans pénis.
Ce trouble se manifeste par un inconfort ou une douleur lorsque le vagin est pénétré, en particulier par le pénis. Certaines femmes mettent des années à ne serait-ce que s’introduire un doigt ou un tampon hygiénique dans le vagin, tant la douleur est importante. C’est une maladie d’ordre physiologique (cette douleur est due à une contraction des muscles qui se trouvent à l’entrée du vagin) mais elle a très souvent des origines psychologiques.

Les causes en sont les suivantes :

Les causes physiologiques (dont le corps est à l’origine) :

– une insuffisance de lubrification
– une infection vaginale
– un accouchement
– un hymen trop résistant

Les causes psychologiques (dont le cerveau est à l’origine) :

– de mauvaises expériences passées (abus, harcèlement, tentative de viol ou viol)
– un manque de connaissance de son propre corps, de la sexualité
– une peur d’avoir un enfant
– des doutes sur sa sexualité (« troubles de l’identité sexuelle »)

Les témoignages des personnes victimes de vaginisme se recoupent :

– sentiment d’être anormal·e, de ne pas pouvoir faire ce que tout le monde peut faire
– d’où un certain tabou autour du vaginisme, il va souvent de pair avec un sentiment de honte
– difficulté à trouver un·e gynécologue qui les prenne correctement en charge
– panique, manque de confiance (cela dit le vaginisme peut se poursuivre même avec une grande confiance en son partenaire), peur de la pénétration
– existence d’un cercle vicieux (la peur que la douleur se poursuivre entraîne un blocage involontaire du vagin, d’où une poursuite de la douleur).

Une douleur permanente et envahissante

J’ai pour ma part vécu une telle expérience pendant environ un an et j’ai ressenti toutes ces émotions pendant cette période. Entre honte, humiliation et baisse de la confiance en moi, cette douleur qui aurait pu être anecdotique a participé à noircir ma vie intime et à porter préjudice à mon moral. Sans mes études, mes ami·e·s et ma famille, j’aurais pu très mal vivre cette période de ma vie.
Pour rentrer dans les détails, j’ai eu mes premiers copains et j’ai commencé ma sexualité assez tard. Avant cela, j’étais extrêmement impatiente et dans l’attente de mes premières relations intimes. Aussi, c’est avec une excitation gigantesque que j’ai eu mon premier rapport sexuel avec mon copain de l’époque. Or, ma première pénétration s’est trouvée… au mieux inconfortable, au pire très douloureuse. J’avais l’impression que mon vagin allait se déchirer en deux, qu’on essayait de faire rentrer dans mon corps quelque chose qui ne pourrait jamais rentrer. Mes souvenirs ne sont pas extrêmement clairs, mais je me souviens très précisément d’un sentiment spécifique : j’étais déçue de ne pas avoir de sensation agréable, car je pensais que la simple présence d’un pénis dans mon vagin allait m’apporter du plaisir. Je suis tombée de haut !
Les rapports suivants n’ont pas été plus heureux : je me souviens m’être forcée à réaliser des pénétrations, dans la pensée que « ça allait forcément rentrer à un jour ou à un autre ». En y repensant, c’était clair que c’était la mauvaise décision. Comment mon corps allait-il accepter cette pénétration d’un objet étranger à l’intérieur d’une partie très fragile et sensible de mon corps, si je me forçais, sans en avoir le désir ?
De plus, les conditions de nos rapports sexuels étaient vraiment peu propices à un tel acte de confiance : je me protégeais de manière très imparfaite, j’avais souvent des infections intimes, et le consentement entre mon copain et moi laissait largement à désirer… En effet, si les rapports étaient très douloureux pour moi, j’avais fini par ne plus vraiment les vouloir et c’était surtout mon partenaire qui prenait les initiatives. J’avais peur qu’il me quitte, qu’il aille mal, qu’il soit frustré ; alors je faisais des efforts pour lui !
Je me sentais incapable de faire ce dont tout le monde était capable (ce qui est faux), je me sentais coupable. Il me disait « je ne comprends pas, ça marchait avec toutes mes ex pourtant … ». Quelle violence quand on y pense, pas étonnant que mon vagin fasse des siennes. Quand à mes fantasmes, mes envies d’une sexualité débridée et épanouie ; elles avaient bientôt fait de s’éteindre et de se flétrir en moi. J’étais devenue amère, je ruminais mes complexes en permanence, et au bout de quelques mois, j’avais besoin de distance affective : je ne voulais plus de caresse sexuelle de la part de mon copain, et puis bientôt plus de caresse du tout.

Le bout du tunnel et le sentiment de résurrection :

Au bout d’un moment, j’ai fait le tri dans ma vie et j’ai fini par me rendre compte du traumatisme que représentaient ces rapports intimes pour mon corps et pour moi. J’ai quitté mon copain et s’en est suivie une période de près d’un an durant laquelle je n’ai plus eu de partenaire et où j’ai fait un bilan de ma vie sur ce plan. Je suis allé voir des gynécologues qui m’ont pour la première fois parlé du vaginisme, je suis allée sur des sites féministes et j’en ai parlé à mes ami·-e·-s. J’ai découvert que j’étais loin d’être la seule dans cette situation ! De plus, j’ai trouvé des explications à une telle réaction de mon corps : je me suis rendu compte de l’ampleur des tabous qui entourent la sexualité féminine, des pressions qu’on impose aux femmes : celles d’être des bonnes amantes et d’avoir des orgasmes comme par magie après un rapport sexuel.
Et maintenant ? J’ai eu de nombreux partenaires après cette période de réflexion. C’est avec une certaine satisfaction que la douleur à la pénétration s’est envolée presque immédiatement après m’être remise à des rapports intimes. Je me protège maintenant systématiquement, et surtout, c’est moi qui impose mes règles : je choisis mes partenaires, je leur exprime clairement mes attentes et mes envies, l’endroit et le moment du rapport, etc. J’ai la chance d’être tombée sur des personnes compréhensives et patientes et je n’ai pas connu de personne malveillante ou brusque. En même temps, je suis devenue peu patiente et j’ai tendance à expulser de ma vie les personnes en qui j’ai peu confiance !
Je suis réellement heureuse d’avoir une sexualité que je juge épanouie. Je n’ai pour l’instant pas ressenti d’orgasme avec un partenaire, je dois l’avouer, et il serait de mauvaise foi de prétendre que ma vie sentimentale est dépourvue de toute angoisse ; mais ça ne m’empêche pas de bien m’amuser et d’être très optimiste pour la suite.

Pour finir, je tiens à préciser que les formes de vaginisme sont multiples et ont de nombreuses causes différentes. J’ai vécu une expérience douloureuse pour ma part, mais certaines personnes ont des périodes de vaginisme en étant pourtant dans des « bonnes conditions » lors de leurs rapports sexuels. Il n’y a pas, je pense, deux cas particulièrement semblables, mais je voulais témoigner de mon expérience car j’aurais aimé en apprendre plus sur ce trouble de la sexualité alors que j’en étais affectée.
Si vous en êtes affecté·e, je vous encourage à prendre soin de vous, à ne pas vous forcer à avoir des relations que vous ne voulez pas à 100 %. Parlez-en autour de vous, à votre gynécologue, ou changez-en si iel n’est pas assez compréhensif·ve. Essayez de vous protéger des personnes qui ne sont pas bienveillantes. J’espère réellement que vous vous en sortirez et que vous souffrirez le moins possible !

Sources :

« Elles souffrent de vaginisme, cette maladie taboue de l’amour » Sarah Lecoq, L’Obs
Le Vaginisme, Wikipédia
« Douleurs à la vulve » Bananes Ecrasées