En partenariat avec @assopolyvalence, nous avons décidé de lancer un appel à témoignages concernant les violences médicales. Ces textes sont les témoignages que nous avons reçu. Nous les diffusons sans aucune modification autre que la correction orthographique, de façon anonyme comme demandé par les auteurices.

Nous sommes particulièrement strict·e·s sur la modération sous les témoignages, nous comptons sur votre bienveillance pour ne pas avoir à refuser de commentaires.

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Je suis en surpoids, et la femme médecin qui me reçoit commence par me demander si je suis la seule à être grosse dans ma famille… déjà j’aurais préféré un terme plus médical du genre « en surpoids » mais passons. Je réponds que oui, et elle insiste en me demandant « vous êtes sûre que vous êtes la seule à être « grff grff » ? » (il faut imaginer les joues gonflées et le bruit de quelqu’un qui s’empiffre…).

J’étais tellement atterrée qu’on puisse me demander cela dans un tel contexte que je n’ai même pas su quoi répondre… je m’en veux encore aujourd’hui de n’avoir pas eu le courage de me défendre. Et pour finir la consult, la médecin a qui je dis que je porte un DUI me dit « hum, je n’aime pas ça les stérilets pour les femmes qui n’ont pas eu d’enfants ! », sans donner ni explications ni justifications, et sans m’interroger d’avantage.

Je ne suis pas repartie inquiète car j’étais bien renseignée sur le sujet, mais je me dis qu’elle a peut-être semé la graine de l’inquiétude chez d’autres patientes et ça, ça me révolte…

J’ai accouché par césarienne, donc a priori la sphère pelvienne était « en sécurité » et exempte de manipulations diverses (comme c’est le cas pour les accouchements par voie basse). SAUF. Pour la pose d’une sonde urinaire. La pose d’une sonde urinaire n’est jamais très agréable, mais y’a l’art et la manière tout de même.

Cette fois-là, lors de mon premier – et dernier (pour raisons médicales) – accouchement, la manière n’y était pas et l’art encore moins. Une femme, que je suppose être une infirmière car elle ne s’est même pas présentée, m’a enfoncé brutalement la sonde urinaire. Elle ne m’a pas prévenue avant, et a procédé comme un bourrin. J’ai eu très mal, et pourtant je ne suis vraiment pas douillette. Quand je lui ai dit d’y aller plus doucement, elle s’est contentée de faire la moue. À ce moment précis, je l’aurais volontiers giflée…

Tout le monde était gentil au bloc (et pour cause, l’accouchement était très risqué pour moi comme pour mes jumeaux, donc c’était peut-être la dernière fois que je verrais des humains mine de rien et on en avait tous conscience), elle a clairement cassé l’ambiance. Surtout, j’ai pas compris pourquoi elle a agit ainsi. Y’avait du lubrifiant, probablement prévu pour la pose de la sonde justement, qu’elle n’a pas utilisé. Elle n’a pris aucune précaution, vraiment. Et puis comme je suis de très petite taille (en corpulence j’ai la taille d’une enfant de 8 ans environ…), à mon avis sa sonde était trop grosse pour moi car ça coinçait, elle a forcé, vraiment ça m’a fait super mal.

Et puis, ça peut paraître idiot, mais on n’est pas rassurée de savoir une telle personne dans les parages alors qu’on va être endormie et peut-être « à sa merci ». En post-opératoire, on (les gens, la société, les médecins) se focalise sur les douleurs dues à l’intervention elle-même (et la maladie s’il y en a une), mais on OUBLIE de prendre en compte (recueillir, analyser) les douleurs voire blessures dues aux mauvaises manipulations.

Comme le patient est sédaté, on sait « qu’il ne sent rien » alors certains soignants se montrent trèèèès peu précautionneux. J’ai déjà vu par exemple plusieurs fois le bras d’un patient sortant du bloc dépasser du brancard, le brancardier passe une porte et bim il cogne le bras. Pareil lors du déplacement d’un patient, lorsqu’ils le portent pour le passer du brancard au lit : les jambes s’emmêlent, ça cogne de partout, mais ils font pas gaffe.

Sur un individu en bonne santé les conséquences sont infimes. Mais sur une personne âgée, ou atteinte de rhumatismes, ou dont les veines superficielles sont fragiles, ou les os… au réveil on a des douleurs qui ne sont pas dues à l’opération et qu’on ne devrait pas avoir.

Vers mes 18 ans, j’ai été prise de forts maux de ventre en dehors de mes règles (qui sont elles-mêmes très douloureuses). J’en ai été alitée un bon mois.

J’ai passé tout une batterie de test chez différents spécialistes (proctologue, gynécologues etc) qui se sont soldés à la fin par un “c’est dans votre tête”. Déjà, franchement, c’était très violent dit comme ça.

Ma mère n’en pouvait plus de me voir comme ça et m’a amenée aux urgences un jour où j’étais vraiment mal. Ils décident de me faire une échographie. Le fait est que j’ai une ceinture graisseuse généreuse et qu’une échographie externe est difficile à faire. L’échographiste dit alors à son collègue sur un ton agacé (et pas à moi hein) :
“ Y’a trop de graisse, faut passer par l’intérieur.”

J’ai 18 ans, c’est ma première échographie, on vient de m’envoyer dans la tronche que j’ai trop de graisse avec tout ce que ça peut réveiller comme complexe et traumatisme et je ne comprends absolument pas ce qu’il veut dire par “passer par l’intérieur”.

Et bien, j’ai vite compris. Je le vois littéralement dégainer un engin qui est pour moi énorme, y mettre une noisette de lubrifiant et me l’enfoncer dans le vagin.

J’étais très mal. Je ne savais pas ce qu’il faisait, ce qu’il voulait regarder. Il m’avait fait très mal et pour cause je souffre de dyspareunie (ce que je ne savais pas à l’époque) et continuait de me faire mal car il voulait voir si j’avais rien… et quand je dis “voulait” c’est pour que, pour lui, je n’avais rien.

À la fin de l’examen, il a conclu que je n’avais donc rien. J’avais encore plus mal qu’avant et j’avais été humiliée deux fois. Ce n’est que récemment que j’ai réalisé que j’avais également subi un viol, car il n’y a pas d’autres termes (surtout depuis la découverte des touchers vaginaux/rectaux sans consentement).

Et depuis cet épisode (et cette période), j’ai perdu confiance dans les équipes médicales. Même si depuis l’année dernière, je suis entourée d’une équipe de médecins vraiment formidables (même si pas toujours totalement safe). D’ailleurs, suivie par un obstétricien, ce dernier m’a diagnostiqué une adénomyose et donc une dyspareunie (auto diagnostiquée grâce à internet quelques années plus tôt).

Donc l’échographiste des urgences n’a rien trouvé car il ne voulait rien trouver. L’adénomyose était déjà présente à cette époque-là et c’est ce qui cause mes douleurs au ventre (que j’ai parfois encore aujourd’hui et que j’ai appris à connaître depuis).

 

***

 

J’ai vu 3 gynécologues différentes depuis que j’ai mes règles. Les deux premières n’étaient absolument pas faites pour faire ce métier.

La première c’était un manque d’hygiène flagrant. La deuxième était hautaine avec moi. Elle n’expliquait rien, me donnait des ordres etc…

Je suis allée la voir pour une mycose vaginale. Enfin, je ne savais pas ce que j’avais. J’ai su après que c’était une mycose. Elle me fait un examen médical gynécologique classique et me donne un traitement. Tout ça, sans m’expliquer à quoi sert le traitement et ce que j’ai.

Quand je l’écris aujourd’hui, plus de dix ans après, j’avoue que je n’en reviens toujours pas en fait. Ce sont les pharmaciens qui m’ont expliqué…

Je ne sais même pas comment qualifier ce comportement.

Dans tous les cas, quand j’ai changé de région, je suis allée voir la 3e gynécologue. Avec tout ce qui m’était arrivé, j’avais pas trop confiance mais je ne lui ai rien dit, par peur. Sauf qu’elle prenait ma tension et trouvait qu’elle était haute à chaque visite (alors que j’ai une tension normale à basse normalement).

Elle a fini par me demander si je stressais quand je venais, et j’ai répondu que oui. Et je lui ai raconté l’épisode de l’échographie interne forcée et le traitement donné sans explication. Elle était écœurée. Ça m’a un peu réconciliée avec les médecins.

Cependant, aujourd’hui après un autre déménagement, c’est mon médecin traitant qui fait mon suivi gynécologique car je lui ai expliqué que c’était trop compliqué pour moi d’aller voir un nouveau gynécologue en lui racontant mes expériences. Sa réaction a été éloquente : “ce n’est pas étonnant…”

Ça m’a rendue très triste de voir une telle résignation au sein même de la profession…

Je vais pas donner les noms, mais mon expérience s’est déroulée dans le centre médical Audience qui est censé recevoir les intermittent·e·s du spectacle ; donc j’imagine qu’iels sont habitué·e·s à recevoir pas mal de femmes qui n’ont pas d’enfant. J’ai eu du mal à trouver un·e bon·ne gynéco en qui j’avais confiance, car celui que j’avais eu avant ne voulait pas répondre aux questions que j’avais sur la contraception parce qu’il était “chirurgien” et que du coup il faisait des opérations, il voulait pas ausculter ma poitrine alors que ma grand-mère a eu un cancer du sein et j’ai vu que ça saute une génération donc forcément j’avais peur. Il a vraiment vraiment fallu insister pour qu’il me fasse un examen et on avait l’impression qu’il me faisait vraiment une fleur en faisant quelque chose que les gynécos “inférieurs” faisaient. À ce moment là il faut pas prendre les consultations, surtout qu’en plus t’es payé pour faire ce travail. Enfin.

J’arrive dans ce cabinet pour les intermittent·e·s, je suis allée voir une gynéco pour une visite de routine, rien de grave. Elle commence à me poser trois mille questions concernant ma vie sexuelle : “Pourquoi vous avez pas d’enfants?” je lui dis que j’avais pas envie, elle me dit que je vais peut-être changer d’avis. Beh oui mais ça vous regarde pas en fait, c’est ma vie. Elle insiste encore et encore elle me parle de mon âge que je me fais vieille pour avoir des enfants, qu’il faut que je me décide vite etc. Concernant ma vie sexuelle : “Est-ce que votre partenaire est satisfait?” Est-ce que c’est ma consultation, on parle de moi ? Elle me demande encore et encore si mon partenaire est satisfait avec moi, si les moyens de contraception que j’utilise conviennent à mon partenaire… À partir de quel moment j’ai le choix sur mon corps en fait? Je lui dis que je voulais pas de pilule parce que je veux pas d’hormones dans mon corps, que je préférerais les préservatifs ou le retrait. Elle me dit que les préservatifs ne pourraient peut-être pas plaire à mon partenaire… Je lui dis de pas s’en inquiéter, que j’en parlerais avec lui. Elle a ré-insisté sur les enfants, je lui dis que j’attendrai la quarantaine si j’en voulais, mais vu que mon partenaire est beaucoup plus vieux que moi elle m’a dit que ce serait trop tard qu’il serait trop vieux. Ah bon? Une prêtresse de Manif pour Tous quoi. J’étais complètement perdue je m’attendais pas du tout à un comportement comme ça de la part d’un·e professionnel·le de santé, c’était complètement déplacé. Je m’en suis voulue de n’avoir rien répondu mais ça ne sert à rien de culpabiliser : c’est aux gens qui tiennent ce genre de discours d’avoir honte. C’était d’une violence psychologique inouïe, je me suis jamais sentie aussi humiliée.