En partenariat avec @assopolyvalence, nous avons décidé de lancer un appel à témoignages anonymes ou non concernant les violences médicales. Ces textes sont les témoignages que nous avons reçu. Nous les diffusons sans aucune modification autre que la correction orthographique, de façon anonyme comme demandé par les auteurices.

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J’avais tout juste 19ans, et je suis tombée sur LA gynéco insolente, incompétente, homophobe (et particulièrement conne !). Au début ça allait nickel : questions de base : les règles, la régularité etc. Combien de rapports par semaine, combien de partenaire sexuels… Je ne précise pas à ce moment là que je suis homo. Pour moi un rapport sexuel est un rapport sexuel. Point. Puis vient la question « contraception ».

« Vous êtes en couple, vous avez des rapports réguliers, quel contraceptif utilisez-vous ? »
Aucun.
« Mais comment ça vous n’en prenez pas ?! Pas de pilule ? Vous utilisez au moins des préservatifs ? »
Non plus…

Et là voilà partie dans son trip des risques que je prenais d’être enceinte, de devoir avorter, que j’étais inconsciente, blabla. Impossible d’en caler une pour expliquer la chose. Bref. Après un long monologue, pendant lequel je me sentais de plus en plus mal (je ne sais même pas pourquoi d’ailleurs), je lui annonce la couleur.
« Non mais mademoiselle, à 19 ans on ne peut pas dire qu’on est homo, vous avez tout le temps de changer d’avis, et puis surtout vous le saurez quand vous aurez eu des rapports sexuels avec un homme »
Ça commence fort hein ? Attend, c’est que le début !

Je récapitule : première fois chez le gynéco donc, je suis toute jeune, à ce moment là je n’assume pas super bien le fait d’être homo, je suis hyper complexée et super mal dans mon corps, timide maladive, bref, la totale. Alors imagine l’état dans lequel je suis : super mal à l’aise, gênée, honteuse, tétanisée, et tout ce que tu veux ; et même pire que ça. Pour moi en plus, elle était « professionnelle », bardée de diplômes, d’expériences, un truc super impressionnant à ce moment là, donc je l’écoute sans oser dire quoique ce soit.

« Déshabillez-vous »
Entièrement ?
« Bah oui, c’est mieux pour vous examiner ». Note la petite réflexion de merde.

Et là, tu te décomposes…
Impossible de refuser (timidité/panique de merde/ça ne se fait pas) et puis, j’y suis alors autant aller jusqu’au bout, ça sera fait ! Erreur… En vrai, tu as totalement le droit de refuser sans avoir à te justifier.

Vu ma gêne très visible elle aurait pu me permettre de garder une partie de mes fringues : le haut pour l’examen gynéco, le bas pour l’examen des seins. Ce n’est pas exceptionnel, mais à ce moment là, crois-moi, psychologiquement, ça m’aurait déjà beaucoup aidée. Ça aurait été une façon de ne pas être « à nue » dans tous les sens du terme… Mais non. J’ai même du enlever mes chaussettes… (je cherche encore l’intérêt, à part celui d’être rabaissée). Il faut savoir qu’un gynéco n’a pas le droit de t’imposer d’être totalement nue.

Être à poil pour moi est une torture… C’est quelque chose que je ne fais JAMAIS, ni devant ma compagne, ni seule, mais alors là… Laisse tomber. En plus sur leurs supers tables, dans la position la pire qui soit… J’vous fais pas de dessin, vous connaissez !

Pas de bol, non seulement j’étais tétanisée, mais en plus, moi qui suis frileuse, j’étais congelée… donc doublement contractée. Tout ce qu’il faut quoi !
« Détendez-vous : les doigts vous devez avoir l’habitude, ça n’a jamais fait mal ! ». Voilà, c’est dit aussi… Prend toi ça dans les dents au passage. Un gynéco n’a pas le droit de faire ce genre de réflexions subjectives ; il doit rester totalement objectif, quelque soit tes pratiques, tes choix.

La gynéco, tellement à fond dans son monologue sur la contraception, a dû oublier sa délicatesse et sa diplomatie au fond d’un tiroir : aucune écoute, utilisation d’appareils gelés et sans prévenir. Même pas un petit « attention, je vais faire ça ou ça », non rien… Intrusion absolue. Un gynéco DOIT te prévenir de ses gestes et intentions ; il ne doit pas pratiquer de gestes dit « intrusifs ».

Donc forcément, je sursaute à chaque fois, et je tremble de peur et … de froid … et je me contracte encore plus. Résultat elle doit « forcer », me démonter 2 fois plus, m’engueule que je suis douillette et me balance que si j’avais eu des relations sexuelles « normales », ça ne me ferait absolument pas mal et qu’en plus elle ne pouvait pas faire mieux car vu mon cas (sous entendu lesbienne) elle utilisait déjà du matériel spécifique.
L’humiliation à son comble. Si tu as mal, tu as le droit de dire STOP, c’est TON corps.
La boucle est bouclée.

Pour couronner le tout, je fais une réaction allergique au latex…
Donc, je vous fais le topo : chatte en feu à cause de sa « douceur », et qui commence à démanger à la mort à cause de l’allergie. Elle aurait pu faire preuve de compréhension… Raté !! « si vous aviez eu des rapports protégés avec un homme vous auriez su que vous étiez allergique au latex ». Objectivité au revoir. En vrai, je le savais déjà, mais j’étais tellement en panique que je n’ai même pas pensé à lui dire.

L’examen se termine aussi mal qu’il a commencé.
Ça chauffe, ça me gratte, je saigne, elle m’a foutu 3 tonnes de vaseline ce qui donne une impression d’être gluante et crade. La totale.

Suite à une conversation avec une amie, celle-ci m’a convaincue de faire des tests MST et autre (même si cela faisait 2 ans que j’étais avec mon beau).

Du coup, à l’occasion d’une visite chez la gynéco je lui demande si elle pourrait me faire une ordonnance pour que je puisse faire ces tests car depuis le début de ma relation avec lui je n’en ai jamais fait et qu’une amie qui a eu des problèmes m’avait dit que c’était plus safe d’en faire.

Et là, c’est le drame, elle me dit que si ma copine pense que son partenaire la trompe, elle n’a qu’à lui faire porter un préservatif, que si mon partenaire ou moi n’avons pas eu d’incartade il n’y avait aucune raison de faire des tests et que c’était ce genre de test qui creusait le trou de la Sécu (sous-entendu que c’était non seulement inutile mais qu’on contribuait à la mise à mal de la société en voulant juste vérifier qu’on était bien portant).

Voilà, voilà, je n’y ai pas prêté des masses d’attention au début mais plus j’y pense plus je suis scandalisée que ma gynéco ai préféré le bien être du trou de la Sécu au mien.

Je venais de me faire poser un DIU connu sous le nom de Jaydess au CDPEF. La pose tout c’est bien passé nickel. Mais après, je me suis mis·e à beaucoup saigner. On m’avait dit que ça risquait de saigner pendant une ou deux semaines et qu’après, il fallait que je les revois si jamais ça continuait.

Bon comme ça faisait quand même deux semaines j’y suis allé·e sauf que les médecins étaient en formation, on m’a donc dit d’aller aux urgences. Je vais donc aux urgences : une interne adorable me reçoit, fait les examens nécessaires avec mon consentement Après, elle va chercher son médecin responsable parce qu’elle avait un doute sur quelque chose (je ne sais pas si c’est le terme qui convient).

Il commence à dire que c’est n’importe quoi de mettre un DIU à une nullipare, qu’il fallait le retirer de suite . L’interne a refusé de le faire (au passage : merci madame, j’espère que ça ne vous a pas causé du tord). Il a aussi parlé à un moment de fibromes utérins en disant que ce sont des tumeurs tout en ne précisant pas qu’elles sont bénignes et non cancéreuses (je ne l’ai su qu’en cherchant chez moi sur des sites fiables).

Je ne me souviens pas de tout ce qu’il m’a dit mais c’était très anxiogène et j’en suis venu·e même à me demander si je n’avais pas fait une erreur en choisissant un DIU comme contraception. Je suis allé·e quelques jours plus tard faire une échographie prescrite par l’interne où au final, rien d’anormal avait été décelé.

Au bout de 3 semaines, les saignements se sont arrêtés. J’avais rendez-vous au CPDEF 1 semaines après l’arrêt des saignements. J’en ai parlé à la sage femme qui m’a dit que 2 semaines, c’était à titre indicatif mais que ça pouvait aussi être 3 semaines et que de toute façon, vu que je n’avais pas eu mes règles pendant 3 ans avec l’implant, je n’avais pas à me plaindre.
Alors que bon, mon choix pour cette contraception venait justement pour l’aspect diminution des règles et douleur de règles.
Maintenant ça va mieux.