Cette semaine, c’est l’AAW. Alors non, ce n’est pas la semaine où on s’extasie sur des pandas, des chiots, des chatons, des licornes, ça c’est à faire toutes les semaines sans modération. Non c’est l’Asexual Awareness Week : la Semaine de Sensibilisation à l’Asexualité. C’est l’occasion de faire connaître au monde entier l’asexualité, son spectre et de s’assumer en tant qu’asexuel·le·s.

L’asexualité, c’est quoi ?

Si on regarde la définition stricte, une personne asexuelle est quelqu’un qui n’a pas d’attirance sexuelle, “a” étant un préfixe privatif. C’est une forme de sexualité à part entière et elle existe. On abrège souvent en « Ace ».

L’asexualité est aussi un spectre regroupant les différentes orientations sexuelles qui ne sont pas allosexuelles ; l’allosexualité étant la capacité à ressentir toutes les formes d’attractions sexuelles et de désirs sexuels.

En effet, il y a par exemple, les hétéro-sexuel·le·s, les homo-sexuel·le·s, les bi-sexuel·le·s, les pan-sexuel·le·s et aussi les a-sexuel·le·s. L’asexualité est pleine de nuances.

Parmi les asexuel·les, il y a différentes variations, différentes façons de vivre son asexualité. C’est ce que l’on appelle le spectre de l’asexualité.

On peut par exemple se définir comme demisexuel·le. Dans ce cas, on ne ressent de l’attirance sexuelle qu’après avoir développé des liens émotionnels forts pour quelqu’un, cela pouvant être par exemple de l’amour, ou une amitié profonde. Le préfixe demi est là pour désigner le fait que les personnes se définissant comme tel·le·s sont sur le spectre asexuel, et donc ni totalement asexuelles, ni totalement allosexuelles, d’où cet “entredeux” que désigne le terme demi. Attention, les personnes demisexuelles auront parfois tendance à garder le demi en préfixe et à s’affilier à une autre orientation, à savoir celle qui prend le pas une fois les critères ci-dessus “validés”. (demi-hétéro, demi-pansexuel·le, etc)

Il y a également l’aegosexualité (on dit également autochorisexuel·le mais il y a débat sur le nom, cela fera l’objet d’un prochain article). C’est lorsqu’on peut avoir du désir sexuel en regardant une scène à la télé, en lisant une scène dans un livre, en fantasmant mais qu’on n’a pas l’envie ou le besoin de pratiquer réellement l’acte sexuel. Il y a, dans un cas, une dissociation entre soi-même et l’acte sexuel.

Il y a également les lithosexuel·les. Ces personnes éprouvent du désir mais sans ressentir le besoin ou vouloir que cela soit réciproque (on nous a signalé dans les commentaires que ce mot fait débat et que l’on utilise plus facilement akoisexuel·le. Nous pourrons débattre de cela dans un prochain article, n’hésitez pas à nous contacter pour y contribuer si vous êtes concerné·e·s).

Ce sont seulement quelques exemples, le spectre de l’asexualité est assez large. D’ailleurs, il y a peu de personnes qui peuvent se targuer de connaître le spectre de l’asexualité dans son ensemble. En général, lorsqu’on cherche à définir une orientation tombant quelque part entre allosexualité et asexualité, qu’on choisisse d’utiliser un terme exact, par exemple comme ceux ci-dessus, ou qu’on ne sache pas exactement où l’on tombe, on emploie un terme ombrelle en la forme de “Asexuel·le Gris·e” ou “Grey-ace”, “Grey-A”. Vous pourrez bientôt consulter notre lexique ou attendre un peu notre prochain article sur l’asexualité qui arrive bientôt (teasing !)

 

Le spectre est-il trop large ?

Il y a en effet un débat assez récurrent sur le fait qu’il y ait beaucoup de noms pour désigner des ressentis. Certaines personnes se positionnent contre cette profusion de mot pour désigner des variations du spectre en disant que cela fait perdre du sens aux mots, que ça dénature les choses, que ça fait moins sérieux, que ça dessert la “cause”, que l’on a pas besoin de se définir aussi précisément, que “asexualité” suffit, pourquoi mettre des étiquettes…

Ce sont des arguments que l’on peut comprendre s’il s’agit d’une personne qui veut mettre des étiquettes sur les autres. Mais à mon sens, lorsqu’il s’agit de se mettre une étiquette, pourquoi en faire un débat ? Si les gens veulent se mettre une étiquette ou ont besoin de mettre des mots sur eux, pourquoi les en empêcher ? Les personnes en questionnement, comme je peux l’être, peuvent avoir besoin de ces mots et de ces différentes définitions pour réussir à se trouver et à se sentir bien dans une identité.

Nous n’avons pas le droit de mettre des étiquettes sur les autres car chacun·e doit être libre de se définir comme iel le souhaite. Certain·e·s n’ont pas besoin de mots, d’autres ont besoin de ce carcan pour se sentir mieux, et c’est tout ce qui compte au final non ?

 

Le désir et l’attirance sexuelle, quelle différence ?

Dans les parties au-dessus, il y a dissociation des notions de désir et d’attirance. On pourrait pourtant penser par abus de langage qu’il s’agit de la même chose. Pour mieux mettre les choses en perspective, je propose d’utiliser un modèle qui a déjà été utilisé maintes fois pour bien montrer les différences.

L’attraction sexuelle dans ce contexte, définit une réponse émotionnelle et/ou physique en réaction à une personne, selon certains critères, que l’on catégorise en deux parties :

– Attraction sexuelle primaire

Une attraction sexuelle envers quelqu’un, sur la base des informations présentes, telles que l’apparence physique, ou l’odeur, le langage corporel… que ce soit une personne à une soirée, un·e passant·e, ou une star de cinéma!

– Attraction sexuelle secondaire

Une attraction sexuelle qui se construit ou apparaît au fil du temps, vis-à-vis de la relation ou du lien émotionnel qui se crée avec une autre personne.

À l’inverse, le désir sexuel est une volonté de s’engager dans une activité sexuelle, là aussi selon deux critères :

– Désir primaire

Une envie de s’engager dans un acte sexuel avec quelqu’un, dans le but d’en tirer un plaisir sexuel personnel.

– Désir secondaire

Une envie de s’engager dans un acte sexuel avec quelqu’un, dans un but autre que le plaisir sexuel personnel, par exemple faire plaisir à sa ou son partenaire, ou dans le but de procréer.

Lorsqu’on se demande si on vit ou ressent ces 4 éléments, une personne allosexuelle répondra oui aux quatres propositions, si on répond par la négative à au moins un, on est donc grey-ace. Une personne demisexuelle par exemple, peut vivre tous ces éléments SAUF l’attraction sexuelle primaire. Une personne asexuelle quant à elle pourra vivre uniquement le désir secondaire. Toutes ces catégories sont indépendantes et n’impliquent pas nécessairement une des autres.

Attention, on parle bien d’une absence totale de ressenti, et pas d’une volonté seule de ne pas agir sur la sensation. Trop nombreuses sont les personnes pensant que les demisexuel·le·s ont un “plus haut standard que d’accepter un plan d’un soir”, remarque relevant autant du slut-shaming que d’une invisibilisation de l’orientation.

Une autre chose à prendre en compte est le fait que bien qu’une personne totalement asexuelle puisse ressentir du désir primaire, ce n’est pas pour autant le cas de tou·te·s. Certaines personnes ace vont accepter de coucher pour procréer, n’en tirant aucun plaisir et le faisant par pragmatisme, certaines vont le faire pour faire plaisir, sexuellement, à leur partenaire, et en retirer un plaisir non-sexuel comme peut l’être le fait d’offrir un cadeau d’anniversaire, d’autres encore sont répulsé·e·s par l’idée même de l’acte. Il n’y a pas ici de consensus universel.

Pourquoi l’as de pique?

Souvent, des personnes ace vont s’identifier, à partir d’un jeu de mot sur l’as (ace en anglais), à une des cartes d’as.

L’as de trèfle représente une personne grey-ace, donc sûre d’être sur le spectre, mais sans savoir où exactement, ou sans vouloir se catégoriser dans un des termes plus “précis”
L’as de carreau représente les personnes demisexuelles et/ou demiromantiques.
L’as de coeur représente les personnes aces mais alloromantiques.
L’as de pique, enfin, représente les personnes aromantiques ET asexuelles

 

Romantique ?

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la romance et la sexualité ne sont pas liées de manière définitive. Tous les préfixes (demi, allo, litho, etc.) peuvent être affixés au terme romantique et donc définir la même chose, mais dans les attirances amoureuses au lieu des attirances sexuelles. Une personne peut être alloromantique mais asexuelle, alloromantique ET allosexuelle, asexuelle et aromantique, ou même aromantique et allosexuelle. On peut également être hétéro-romantique, homo-romantique, bi ou pan-romantique. Voire panromantique hétérosexuel·le ou vice versa. C’est comme les legos, ça s’imbrique dans tous les sens et de plein de manières possibles, y’a pas de “mauvaise” manière !

Vous pouvez trouver ici un lien qui décrit en profondeur le spectre de l’attirance romantique.

La chose importante à retenir c’est que tout cela n’est pas un choix, ni une étiquette qu’on est forcé·e de s’attribuer, mais bien une manière d’être nous, une parcelle de qui nous sommes, et pas, comme semblent l’insinuer bon nombre de personnes ou de médias, des victimes, des personnes à qui il “manque” quelque chose, qu’il faut “guérir”, ou qui n’ont pas encore trouvé “the One”

On va très bien merci de vous inquiéter !
(et un jour, on dominera le monde bisous)