Quand on prend conscience de l’existence des personnes trans et/ou non-binaires, qu’on entend des témoignages, on en arrive parfois à se demander si on est vraiment sûr·e d’être cisgenre. C’est un questionnement qui peut prendre beaucoup de temps comme très peu, qui peut être très confus et qui est souvent pavé de doutes et d’angoisses. Dans ces circonstances, ça peut faire du bien de savoir un peu à quoi s’attendre.

C’est une bonne chose de questionner son genre
– même quand il s’avère qu’on est cis

Beaucoup de gens ont honte ou peur de se questionner parce qu’iels ne sont pas déjà sûr·e·s d’être trans, et ont donc peur de s’approprier des termes auxquels iels n’auraient pas droit. Je le sais, ça m’est arrivé. Je passais mon temps à me rendre compte que telle ou telle expérience m’était familière, mais je n’en parlais pas parce que « après tout, je suis forcément cis ». Mais vous n’êtes pas cis jusqu’à preuve du contraire. Et même s’il se trouve que vous êtes effectivement cis, au moins, vous aurez une meilleure connaissance de vous-même et de votre relation avec votre genre. Et vous n’aurez fait de mal à personne. Quoiqu’en disent certain·e·s, c’est une bonne chose pour les personnes trans et/ou non binaires de normaliser ce processus de questionnement.

 

On peut être trans et aimer son corps

Pour certain·e·s, la découverte de leur transidentité est passée par un rejet de certaines caractéristiques de leur corps, mais ce n’est pas le cas de tout le monde. C’est même dommage que beaucoup de gens (cis, pour la plupart) réduisent la transidentité à la haine du corps assigné, et sur-représentent les modifications corporelles qu’on peut vouloir. Aimer son corps, ou ne pas vouloir le changer, ou ne pas savoir exactement à quoi on voudrait qu’il ressemble ne veut pas dire que vous n’êtes pas trans et/ou non binaire.

 

Il n’y a pas d’âge pour se questionner

Les personnes trans qui savent qu’elles le sont depuis qu’elles ont 5 ans existent, mais elles ne sont pas les seules, loin de là ! Vous pouvez vous rendre compte que vous êtes trans quand vous êtes enfant, adolescent·e, jeune adulte, ou même plus vielleux. Nous sommes dans une société qui nous répète depuis notre naissance qu’on est forcément cis, ce n’est pas si étonnant que ça, quand on y pense, d’y croire pendant longtemps. Mais si vous commencez à questionner votre genre tôt, ça ne veut pas non plus dire que vous êtes trop jeune ou que ça va forcément vous passer.

 

Une phase ? Et alors ?

On vous dira probablement que « c’est une phase », surtout si vous êtes ado, parce que c’est souvent la réponse qu’ont les gens cis et hétéro à à peu près tout ce qui sort de la norme. Mais même si c’est le cas, même si dans un an, un mois ou une semaine vous vous dites que finalement, vous êtes cis, qu’est-ce que vous aurez perdu ? Le but de questionner son genre, c’est d’être plus à l’aise avec soi-même et de mieux se connaître. Pendant cette année, ce mois, cette semaine, les mots que vous aurez trouvé pour parler de votre genre vous auront été utiles, et les choses que vous aurez éventuellement faites pour vous sentir plus à l’aise dans votre genre vous auront été utiles.

 

Petit guide du questionnement de genre

 

Il n’y a pas que deux options

Vous ne vous sentez pas complètement homme, mais le genre féminin, ce n’est pas vraiment ça non plus (ou l’inverse) : ça ne veut pas forcément dire que vous êtes cis, ça veut peut-être dire que vous êtes non-binaire. Il y a une myriade de termes pour décrire différents genres non-binaires, et ça peut paraître étourdissant au premier abord, mais ça veut juste dire qu’il y a des chances que vous trouviez quelque chose qui pourra précisément décrire votre genre, et qu’il y a même peut-être d’autres gens qui ressentent la même chose que vous. C’est aussi possible de ne pas avoir envie de trouver un terme très précis pour son genre – vous pouvez vous arrêter n’importe où (« je ne suis pas un homme », « je ne suis pas cis », « queer », « genderqueer », « non-binaire »…). L’important c’est de trouver quelque chose qui répondra à vos questions, à vous. Tant pis si d’autres trouvent vos réponses trop, ou pas assez précises !

 

La plupart des gens qui questionnent sérieusement leur genre ne sont pas cis

Ça peut paraître être paradoxal avec le premier point, mais ça ne l’est pas. Oui, les personnes cis aussi peuvent questionner leur genre, et ce n’est pas un problème, loin de là. Mais si vous ressentez le besoin de revenir encore et encore à ce questionnement, si la réponse ne vous paraît pas si claire que ça, si vous vous prennez à vous dire « je suis cis, mais je voudrais être d’un autre genre que le mien parce que je serais plus heureux·se ainsi », il y a des chances que vous ne soyez pas vraiment cis. C’est aussi très fréquent de vouloir être cis, pour les avantages sociaux, même si on ne l’est pas – ça ne veut pas dire que vous l’êtes forcément.

 

Si vous êtes trans/non binaire, il n’y a pas de checklist à remplir

Vous voulez changer vos pronoms, aller explorer le mystique autre côté des magasins de vêtements, penser à prendre des hormones ? Parfait, faites votre vie ! Mais aucune de ces choses n’est obligatoire pour être une « bonne personne trans ». Ne pas en vouloir ne veut pas dire que vous n’êtes « pas assez trans » ou pas légitime dans votre genre. Vous pouvez être un mec trans et toujours aimer les robes. Vous pouvez être une femme trans et ne pas vouloir d’hormones. Vous pouvez être non-binaire et ne pas changer de pronoms. Faites comme vous le sentez !