Si cette maladie est souvent évoquée comme un trouble dont souffrent les victimes de guerre, d’attentats, ou les militaires réformé·e·s, on a souvent tendance à oublier que le syndrome de stress post-traumatique touche une grande partie des victimes de viols, d’agressions sexuelles ou de violences domestiques.

Dans le cas de cette maladie, s’il existe des symptômes communs pour tous les traumas, la maladie se manifeste de façon différente en fonction de l’évènement. En France, une femme est victime de viol toutes les 7 minutes. Et comme le rappelle Emmanuelle Piet du Collectif Féministe Contre le Viol dans une interview récente, 70 % des victimes de viols sont atteintes du syndrome de stress post-traumatique. En comparaison, après un attentat, la proportion des personnes touchées qui souffrent du Syndrome de Stress Post-Traumatique (SSPT) n’est « que » de 40 %. Il ne s’agit pas ici de minimiser la souffrance des autres victimes de traumatisme, mais d’informer sur cette maladie qui est une véritable épidémie en France : une épidémie passée sous silence à cause des tabous sur les violences sexuelles.

 

Comment se manifeste le syndrome de stress post-traumatique ?

Si cette maladie est difficile à détecter, ce que l’on sait, c’est qu’il y a des symptômes communs. Les personnes atteintes ne présenteront pas nécessairement tous ces symptômes ; nous essayons ici de couvrir la plupart des symptômes connus, ce n’est donc pas une liste exhaustive.

 

• Souvenirs envahissants

Les personnes atteintes du SSPT vont avoir tendance à revivre leurs traumas au travers de souvenirs envahissants. Quels que soient leurs efforts pour s’en distraire, ces souvenirs peuvent survenir à tout moment et les plonger dans un état de sidération, d’angoisse ou de grande panique.

 

• Sensibilité à des déclencheurs spécifiques (triggers)

Certaines banalités de la vie quotidienne peuvent plonger les personnes atteintes de SSPT dans un état de grande détresse. Ces déclencheurs diffèrent selon la personne et son vécu. Les individu·e·s souffrant de SSPT vont souvent être sensibles aux bruits, aux gestes brusques, et à tous les changements rapides dans leur environnement. Une simple phrase dite par un·e proche ou entendue dans une œuvre de fiction, documentaire ou autre média va lui rappeler le ou les évènement(s) et raviver la mémoire traumatique. La victime peut croiser une personne qui ressemble à son agresseur dans la rue et paniquer, car iel vit dans la crainte d’une répétition du ou des évènement(s). Les odeurs peuvent également être des déclencheurs : croiser une personne qui porte le même parfum que l’agresseur par exemple. Le moindre contact physique par surprise peut aussi être un déclencheur : par exemple si un·e ami·e arrive derrière vous et met sa main sur votre épaule pour attirer votre attention.
À noter que c’est de là que vient le terme de « trigger warning », ce sont les victimes de SSPT qui ont inventé cet outil.

 

• Cauchemars

Souvent des cauchemars vont faire revivre à la victime son trauma ou montrer le grand état d’angoisse dans lequel elle se trouve. Il ne s’agit donc pas seulement de cauchemars sur le·s évènement·s, vécu·s mais sur la crainte que cet·s évènement·s se reproduisent. L’individu·e peut alors avoir des cauchemars où iel est agressé·e par ses proches ou des inconnu·e·s et se sentir en incapacité totale d’agir et d’obtenir de l’aide. Ces cauchemars particulièrement dérangeants handicapent la personne. Au réveil, la détresse est extrême et se manifeste par des symptômes physiques.

 

• Stratégies d’évitement

La victime peut éviter tout ce qui peut lui rappeler l’évènement. Ce symptôme varie donc largement : éviter de nouvelles rencontres, les bars bondés, les interactions sociales, même avec des ami·e·s, et parfois se trouver dans l’incapacité de créer des relations de confiance avec la plupart des personnes rencontré·e·s. Si l’agresseur était un·e proche, difficile d’avoir la certitude que les faits ne se reproduiront pas. Le changement d’apparence peut aussi se manifester, comme par exemple essayer d’attirer le moins d’attention possible sur son corps en se couvrant excessivement par tous les temps.

 

• Hypervigilance

Ce symptôme correspond au fait d’être sur ses gardes en permanence, ou très fréquemment. Surveiller tout ce qui se passe autour de soi, le moindre bruit, le moindre passant dans la rue, etc., comme si un nouveau traumatisme pouvait arriver à chaque instant. Cet état entraîne une importante tension physique et psychique. L’hypervigilance provoque ainsi des douleurs musculaires et maux de tête, nuit gravement au sommeil et à la concentration. Certain·e·s malades sont par exemple obligé·e·s de dormir pendant la journée, car l’anxiété est trop forte la nuit.

 

• Conduites à risque dissociantes

La recherche de la dissociation est souvent un comportement autodestructeur comme par exemple l’usage excessif de l’alcool ou d’autres substances pour arriver à « s’anesthésier », éviter les symptômes ou oublier son traumatisme. Les autres symptômes étant insoutenables, læ malade prend des risques pour s’en débarrasser. Afin d’obtenir un nouveau choc, iel va s’auto-agresser : se mutiler, prendre des risques, ou rechercher la violence en fréquentant des personnes abusives, violentes et dominantes. Je précise ici que je ne parle bien sûr pas du tout des pratiques BDSM, mais bien du comportement qui vise à se mettre en danger en fréquentant des personnes violentes. La victime peut avoir ce comportement car elle est sous l’emprise de la manipulation de l’agresseur. Elle vit dans une haine de soi que l’agresseur a créé chez ellui, et qui læ pousse à penser qu’iel mérite cette violence ou à la normaliser. La victime, par ces conduites dissociantes, cherche à se détacher complètement de ses émotions, et peut paraître de l’extérieur en bonne santé.

 

• La réponse combat/fuite (fight flight freeze)

Souvent, la personne souffrant du SSPT a un sentiment récurrent de mort imminente. Et je ne parle pas là d’une simple manifestation dans les pensées mais de manifestations physiques : la sensation de palpitations due à l’augmentation du rythme cardiaque et à la montée d’adrénaline et/ou des douleurs à la poitrine avec des symptômes proches des prémices d’une attaque cardiaque. La respiration s’intensifie et devient plus rapide. L’augmentation brusque de l’oxygène dans le cerveau peut donner des sensations de vertige ou d’étourdissement. Les extrémités du corps changent brusquement de température, la bouche devient sèche, la dilatation des pupilles peut rendre plus sensible à la lumière (ou donner l’impression que læ malade est sous substances). Des troubles digestifs peuvent également se manifester par des envies d’uriner fréquentes et des diarrhées. Cette réaction du corps est « normale » pour les personnes qui ne souffrent pas de la maladie, et qui sont exposées à un danger, mais très rare ; alors que dans le cas des personnes atteintes de SSPT, cette réponse du corps à une sensation de danger imminent peut être très fréquente, handicapante et dangereuse. Même si cette personne est parfaitement capable de rationaliser sa situation et est certain·e d’être en sécurité, son corps réagit.

 

• Somatisation

Tout d’abord, il faut bien comprendre que la somatisation n’est pas une sensation de symptômes qui ne sont pas réels, mais la manifestation de maladies causées par la détresse psychologique. Dans le cas du SSPT, les malades peuvent souffrir de douleurs abdominales, migraines, asthme, problèmes dermatologiques. Parfois, cela peut être également des douleurs inexplicables conséquentes du trauma, par exemple des douleurs au bas-ventre qui avaient été subies durant l’expérience traumatisante.

 

Quelles complications peuvent survenir quand le SSPT n’est pas traité ?

Si certaines personnes peuvent trouver des méthodes pour supporter leur douleur par elles-mêmes, la majorité des malades ont besoin de traitement.

Traitement médicamenteux ou thérapie ? Cela dépend des conseils des professionnel·le·s de santé. Mais si rien n’est fait, le SSPT peut avoir des complications très graves : dépression, tendances suicidaires, addiction·s, hypertension, diabète, troubles de l’alimentation, etc. Toutes ces victimes abandonnées à elles-mêmes sans traitement peuvent être en grand danger. Des études montrent que l’espérance de vie des personnes ayant souffert de traumatisme est affaiblie : jusqu’à 20 ans d’espérance de vie perdue pour les victimes de violences sexuelles dès l’enfance. Plus la maladie est traitée tôt, plus l’amélioration des conditions de vie de la personne sera flagrante. Parce que bonne nouvelle, d’après les médecins, on peut s’en remettre !

Est-ce que cela prendra 6 mois ou 10 ans ? Il n’y a pas vraiment de moyenne. Chaque cas est différent dans ses manifestations et sa gravité.

 

Quelles sont les conséquences de la maladie sur la vie des survivant·e·s ?

Avec la maladie viennent de terribles complications dans la vie quotidienne. Les stratégies d’évitement peuvent conduire progressivement à un isolement total, isolement aggravé par la stigmatisation des victimes qui ne peuvent pas parler de leur trauma sans être réduites à cette « identité » de victime, effaçant la personne derrière. Les proches peuvent avoir des propos qui augmentent leur sentiment de honte et de culpabilité, qui est souvent très fort chez celleux qui ont subi des violences sexuelles. Les victimes sont souvent dissociées de leurs émotions et n’ont pas un comportement de « victime parfaite » stéréotypé. On ne fond pas nécessairement en larmes quand on raconte son histoire ! Du coup la victime n’est pas prise au sérieux et sa souffrance est minimisée. Le manque de connaissance et de compréhension de la maladie, invisible à l’œil nu (qui peut pourtant être détectée par IRM) font que l’entourage des malades fait rarement des efforts pour s’y adapter. Et pourtant, à moins que vous viviez au fond d’une cave, isolé·e du monde, il y a statistiquement de fortes chances que l’un·e de vos proches ou connaissances soient touché·e.

La précarité est également une conséquence très grave qui ne facilite pas l’accès aux soins. En effet, dans certains cas, les symptômes de la maladie peuvent être trop handicapants pour que la victime travaille. Parfois, pour améliorer ses chances de guérison, une reconversion peut être nécessaire. Mais se reconvertir peut être très difficile. Les victimes sont souvent accablées par une sensation d’échec. De plus, le sentiment récurrent de mort imminente n’aide pas à se projeter vers un futur meilleur.

Le suivi médical peut aussi être un frein à la reprise d’une activité. En effet, l’état de la psychiatrie en France est critique. Les personnes qui ont besoin d’un suivi psychologique peuvent rarement obtenir des consultations qui s’adaptent à leurs horaires de travail (à moins bien sûr de pouvoir y mettre le prix). Beaucoup de malades sont donc au chômage, bénéficiaires du RSA ou alors sans même aucune ressource.

L’État est chargé de la prise en charge des victimes en termes de dédommagements (si le dédommagement ne peut être obtenu de la part de l’agresseur), mais ces derniers sont totalement impossibles à obtenir sans plainte déposée. Et même dans le cas où la victime dépose plainte, il n’est pas certain qu’elle puisse un jour bénéficier d’un dédommagement à la hauteur du préjudice subi. Car le coupable doit être condamné à verser des dommages et intérêts au préalable. Cette difficulté d’accès à une quelconque réparation financière est aggravée par la difficulté à porter plainte. Le dépôt de plainte peut être une expérience traumatisante, et certaines plaintes ne sont pas acceptées. Si des associations sont là pour conseiller les victimes, encore faut-il les connaître. Subir un viol ou une agression sexuelle est donc, vous le comprendrez, un combat que l’on doit porter sur le long terme et le plus souvent seul·e.

Cet article n’a pas vocation à poser des diagnostics mais à informer sur les problèmes rencontrés par les victimes de viol. Si vous souffrez de toute forme de détresse physique ou psychique, merci de vous adresser à un·e professionnel·le de santé ou à une association de soutien aux victimes. Si vous souhaitez obtenir plus d’informations sur les conséquences traumatiques des violences sexuelles, n’hésitez pas à vous rendre sur le site de l’association Mémoire Traumatique et Victimologie.

Si vous avez été victime de viol, vous pouvez joindre le CFCV (Collectif Féministe Contre le Viol) au 0 800 05 95 95. En plus de vous fournir une écoute et un soutien, iels pourront vous orienter vers des structures adaptées aux soins dont vous avez besoin. L’écoute est anonyme et le CFCV peut aussi vous fournir des conseils juridiques si vous en avez besoin. J’adresse tout mon soutien aux victimes qui ont lu cet article et vous souhaite bonne chance dans votre parcours de reconstruction. Prenons soin les un·e·s des autres en attendant que l’État offre enfin une réponse adaptée à cette urgence de santé publique.