Bonjour à tou·te·s ! J’espère que vous allez bien. Moi ça peut aller, mais depuis quelques jours seulement. En effet, je souffre entre autres de dépression, ce qui rend mon quotidien compliqué et parfois invivable. Ma vie alterne entre les périodes suicidaires, la lente remontée vers un état à peu près normal, un état normal qui dure généralement très peu de temps, et la rapide redescente vers une période suicidaire.

La dépression, bien qu’étant une des maladies les plus courantes, reste généralement trop mal connue et est la cible de nombreux clichés. Voilà pourquoi je souhaite vous en parler depuis longtemps.

Diagnostiquer une dépression

Selon plusieurs manuels de diagnostics, un·e patient·e doit présenter au moins deux symptômes dépressifs parmi : humeur triste, anhédonie (incapacité du/de la patient·e à ressentir des émotions positives, désintérêt) et baisse d’énergie, sur une période d’au moins deux semaines. On parle dans ce cas d’un trouble ou épisode dépressif. Mais la dépression peut aussi se manifester par des délires, des hallucinations, des pertes ou gains d’appétit et de poids, des difficultés de concentration, une libido réduite, une insomnie ou une hypersomnie et des pensées de mort ou de suicide. Un épisode dépressif peut durer quelques semaines comme il peut durer plusieurs années et être chronique chez læ patient·e.

« L’ennui est bien la lassitude du monde, le malaise de se sentir vivre, la fatigue d’avoir vécu […] Mais plus que tout cela, l’ennui c’est aussi la lassitude d’autres mondes, qu’ils existent ou non ; le malaise de devoir vivre, même en étant un autre, même d’une autre manière, même dans un autre monde » – Fernando Pessoa (poète), qui décrit à merveille la dépression en se basant sur le concept philosophique d’ennui.

dépression et psychophobie

 

Comprendre la dépression pour les non-dépressifs

Les métaphores de la dépression qu’on trouve dans la littérature ou le cinéma sont particulièrement intéressantes pour tenter de comprendre ce qu’est cette maladie. J.K. Rowling, l’autrice de la saga Harry Potter, offre une métaphore presque parfaite de la dépression : les Détraqueurs. Ces créatures vêtues d’une cape noire se nourrissent de la joie et des sentiments positifs que ressentent leurs victimes. Elles ne leurs laissent alors que la tristesse et le désespoir, et peuvent même finir par aspirer l’âme de leurs victimes, ce qui les laissera pour toujours dans un état végétatif.

Une des métaphores qui me touche le plus est celle de la quête de Frodon, dans Le Seigneur des Anneaux. Frodon se voit confier, en début de saga, la lourde tâche d’apporter l’anneau unique en Mordor afin de le détruire dans les flammes de la montagne du destin. Il n’est qu’un hobbit sans force ou pouvoir particulier et doit cependant traverser (presque) seul un monde dangereux et effrayant pour accomplir sa tâche. La quête de Frodon est un exemple parfait de ces aventures qui ne semblent pas avoir d’issues positives possibles, mais dans laquelle les efforts du héros finissent par triompher de la situation.

(Si JK Rowling a écrit les Détraqueurs comme une métaphore affirmée de sa dépression, Tolkien n’a jamais voulu faire de métaphore sur cette maladie mais a toujours voulu que son œuvre puisse être interprétée comme le souhaitaient les lecteurices de ses livres.)

 

La dépression masquée, une forme de dépression tout aussi grave

La dépression peut aussi se présenter sous une forme particulièrement vicieuse : la dépression masquée. Dans ce cas, læ patient·e ne présente aucune humeur triste particulière, aucune pensée suicidaire et pas d’état de fatigue, mais souffre en revanche de douleurs physiques qui ne sont pas explicables médicalement et qui sont impossibles à soigner (à moins d’une prise en charge psychologique). On peut par exemple retrouver des douleurs chroniques que rien ne règle, de l’eczéma ne répondant à aucun traitement, des problèmes oculaires récurrents malgré une vue parfaite, des céphalées non expliquées… La dépression masquée se développe souvent chez les patient·e·s dont l’entourage trouve honteux le fait d’être en dépression, ou chez les patient·e·s considérant elleux-mêmes que cette maladie est honteuse. Læ patient·e ne laisse alors pas ses symptômes de tristesse s’exprimer et finit par somatiser dans des dimensions parfois effrayantes.

Deux choses sont absolument à dire après ce paragraphe sur la dépression masquée : Tout d’abord, il faut noter l’ignorance de bon nombre de médecins qui, face à cette maladie et après avoir exclu toutes les maladies physiques qui pourraient expliquer les douleurs dont se plaint læ patient·e se retrouvent démuni·e·s et n’orientent pas læ patient·e vers un·e psychiatre ou un·e psychologue qui pourraient prendre en charge la dépression masquée. La dépression masquée prend généralement plusieurs mois à plusieurs années avant d’être diagnostiquée puisqu’il faut d’abord écarter toutes les maladies physiques qui expliqueraient les symptômes dont souffre læ patient·e mais aussi parce que les médecins ne connaissent que rarement cette maladie et ne l’envisagent presque jamais.

Mais il faut aussi s’attarder sur les raisons qui poussent certain·e·s dépressif·ve·s à développer une dépression masquée…

dépression et psychophobie

 

La psychophobie

Si certain·e·s ne laissent pas leur dépression s’exprimer de façon classique, c’est en grande partie à cause des clichés entourant la dépression, qui participent d’une oppression appelée « psychophobie ». La psychophobie est l’oppression visant les personnes souffrant d’un trouble ou d’une maladie mentale. Dans le cas de la dépression celle-ci s’exprime généralement par des remarques négatives et rabaissantes. Les dépressif·ve·s s’entendent alors dire qu’iels devraient « faire un effort », qu’iels « se complaisent dans leur malheur »… Ces remarques ne seraient jamais prononcées face à quelqu’un qui souffre d’une grippe ou d’un cancer, et cela pour une raison simple : il est souvent considéré que la dépression n’est pas une « vraie » maladie. Pourtant, la dépression en est une. Elle peut se mesurer par un bilan sanguin puisqu’elle affecte les hormones, ou encore par une IRM dans les cas les plus sévères, puisqu’une dépression fait réduire la taille de l’hippocampe (une zone du cerveau) tout au long de son évolution.

Les patient·e·s atteint·e·s de dépression doivent déjà faire face à une situation plus que complexe du fait de leur maladie, et doivent aussi affronter le regard négatif que la société porte sur elleux. Les dépressif·ve·s ont alors à subir une double peine dont iels n’ont pas besoin. Je ne peux que vous conseiller, si vous êtes atteint·e·s de dépression, de vous éloigner des personnes qui n’ont pas conscience de la gravité des maladies mentales et qui rabaissent généralement les personnes atteintes de celles-ci. Si vous êtes proche d’une personne dépressive, je vous encourage fortement à vous renseigner sur la psychophobie et sur ce que vous pouvez faire pour ne pas culpabiliser votre proche.

Qui que vous soyez, n’oubliez pas de prendre soin de vous.