Les Expressifs est un festival de théâtre de rue organisé tous les ans depuis 20 ans par Poitiers Jeune, une organisation créée afin de promouvoir et d’aider les projets artistiques et associatifs des jeunes. Pour sa 21ème édition, qui se déroulera du 6 au 9 octobre dans les rues de Poitiers, le festival traitera en grande partie de la place des femmes dans l’espace public. Nous avons rencontré Soline Deplanche et Arthur Le Palec pour en discuter.

Pourquoi avoir choisi d’explorer le thème des femmes cette année ?

Nous voulons toujours explorer des sujets qui collent à nos valeurs, par exemple l’année dernière nous avions parlé de censure et de liberté d’expression. Le débat fait sens dans le contexte actuel : on a vu récemment que les droits des femmes n’étaient pas un acquis, même en Europe. En revanche, on ne voulait pas parler des droits des femmes en général ; avec un lieu d’expression comme la rue, les débats sur les femmes et l’espace public s’est un peu imposé de lui-même.

 

Vous avez renommé les rues de Poitiers avec des personnages féminins, qui sont ces femmes ?

Ce ne sont pas forcément des femmes connues. On a cherché des femmes qui n’avaient pas forcément marqué l’histoire mais qui n’ont pas eu le crédit qu’elles méritaient à un moment ; on a par exemple l’inventrice de la coupe menstruelle, Leona Chalmers, ou celle des essuies-glace, Mary Anderson.

C’est drôle comme une si petite chose peut démarrer tant de débats : à peine avait-on fini de poser les affiches que l’affiche des Pussy Riot était déjà arrachée. Nous avons eu beaucoup de retours sur cette initiative avant même le début du festival, ça fait plaisir, parce qu’on voit que les gens réfléchissent à ce problème, le manque de représentation, même symbolique, des femmes dans l’espace public.

Les Expressifs

Vous abordez aussi la thématique des femmes au travers de la culture.

Effectivement, car les femmes y sont sous-représentées. Nous avons travaillé avec le collectif HF de la région, qui étudie l’égalité Femme-Homme dans la société. Ils organisent d’ailleurs une visite genrée du centre ville, qui les amène à réfléchir sur la façon dont on regarde les femmes dans la rue. Il y a aussi le collectif des Sœurs Goudron qui présente un spectacle ironique sur les concours de miss et la chosification de la femme. Mais on ne parle pas que des femmes dans le théâtre : la soirée de l’inauguration sera animée par une programmation de DJs et chanteuses féminines.

On s’adresse beaucoup aux spectateurices, non seulement parce que le théâtre de rue est un medium propice au dialogue, mais aussi parce qu’on a envie de les faire réfléchir, de soulever des débats qui étaient absents en les mettant face à leurs dérives et leurs contradictions. Forcément les débats sont souvent houleux et parfois inefficaces, mais ils ont le mérite d’avoir étés élevés.

Pour en savoir plus, n’hésitez pas à visiter le site du festival.