Marie-Do Fréval, créatrice de la compagnie Bouche-à-Bouche, est à la fois autrice, comédienne et metteuse en scène engagée. Ses créations militantes appellent à la lutte et à la réflexion, relevées par sa personnalité atypique et son goût pour les chapeaux. Elle présentera Tentative(s) de Résistance le 24 septembre à la MC11 à Montreuil dans le cadre du festival Détour.

Quelle est l’origine de votre spectacle Tentative(s) de Résistance ?

Tout est parti d’un projet auquel je me suis attelé durant le festival 1914-2014 Un siècle de résistance : avant chaque spectacle, je faisais une petite intervention dans la queue pour acheter un ticket ou dans la salle, avec un public non préparé. Au début c’était plus un défi théâtral qu’un spectacle en devenir. Après avoir réalisé dix-sept de ce que j’appelais des “tentatives de résistance”, je me suis posée cette question : “Si Marianne pouvait parler, qu’est-ce qu’elle dirait ?” Elle est bloquée dans le plâtre alors qu’elle est l’incarnation de la liberté, alors je me suis mise à la faire parler. Les dix-sept tentatives sont devenues cinq, guidées par ce fil conducteur.

Qui sont ces personnages, et qu’est-ce qu’elles revendiquent ?

Elles abordent toutes des questions différentes : la première est un personnage féminin de résistante, de soldat ; la deuxième est un personnage de vache à lait qui offre son sein au public. Ces deux personnages posent la question du lien social, de comment nous faisons société en étant différent·e·s, de ce qui nous rassemble et ce qui nous fait du bien.
Les trois autres personnages sont des combattantes, chacune à leur façon: la première, la vieille, est une anarchiste qui revendique son grand âge et le dégoût qui vient avec. Je pense que c’est l’avantage de ce siècle que d’être vieille et de l’assumer, elles n’ont pas besoin de se vendre et n’ont rien à perdre. Être vieille c’est être humain.
Vient ensuite un personnage de cabaret, Marianne, qui est l’incarnation de la militante. Elle est très provocatrice, elle brandit son gode-ceinture en partant manifester, elle clame “c’est moi la salope !” C’est un personnage épicurien, j’aime imaginer que Marianne serait comme elle aujourd’hui.
Enfin apparaît la figure de l’artiste, inspirée de Nicky de Saint Phalle, armée de son éternelle carabine. Elle explique que “la résistance c’est comme la chasse, sauf que le lapin est armé”. Elle boucle la boucle en posant la question de la lutte armée, qui était déjà annoncée par la soldat.

Bouche à bouche

Vos personnages portent toutes un gode-ceinture ?

Oui. Ce sont cinq personnages de femmes, que j’ai plus ou moins travesti en leur donnant des attributs jugés masculins : une moustache et un gode-ceinture. Cela montre, de façon ironique, que l’on n’est pris·e au sérieux que lorsqu’on est identifié·e comme un homme. Quand je suis identifiée homme, ma parole est entendue, je n’ai plus besoin de me revendiquer féministe car je n’ai plus un corps jugé féminin. D’ailleurs, certain·e·s spectateurices ont cru que j’étais vraiment un homme alors que je leur avais donné ma carte, avec “Marie-Do Fréval” écrit en gras dessus. C’est un peu affligeant, comme si une femme ne pouvait pas oser parler aussi fort, avec autant de colère. Est-ce que c’est si important que ça, d’être un homme ou une femme, est-ce que c’est pas la même chose ? L’important pour moi, c’est ce qu’on véhicule en tant qu’auteur·e.

Le festival Détour : art et sexisme a pour objectif, le temps d’un weekend, de faire réfléchir autrement sur les thèmes du genre et de la rue. Les 24 et 25 septembre à La Fabrique MC11, 11 rue Bara à Montreuil. Plus d’infos sur la page Facebook.  


 

Campe, une compagnie à l’assaut du sexisme

Écrit par Eva-Luna Festival Détour   Rendez-vous la semaine prochaine pour deux autres entretiens !