Ce qu’ils disent (Sale Hope) est une pièce de théâtre écrite par Marine Auriol, commande du Théâtre du Pélican dans le cadre des Nouvelles mythologies de la jeunesse.
J’ai découvert ce texte lors d’une représentation du festival La Cour aux ados qui a eu lieu à Clermont-Ferrand du 4 au 8 avril.

C’est l’histoire d’Helena qui subit les moqueries et le harcèlement de ses camarades de classe parce qu’il se raconte qu’elle aurait une vie sexuelle.
Helena n’a rien demandé à personne, à part vivre sa vie, mais subit l’ingérence de tou·te·s dans celle-ci.
Ce qu’ils disent (Sale Hope), c’est une entrée dans le quotidien de milliers d’adolescent·e·s harcelé·e·s, pour leur – parfois supposée – vie sexuelle, comme Helena, ou pour leur – parfois supposée – orientation sexuelle, comme Romain (son petit ami qui sera finalement montré du doigt car peut-être homosexuel).

Sur scène, douze élèves du Conservatoire d’Art Dramatique de Lyon, dans une mise en scène de Jean-Claude Gal. Une force explosive émane de ces jeunes comédien·ne·s qui chacun·e leur tour sont le visage d’Helena, et de celleux qui l’entourent, au lycée comme à la maison.
Un déferlement d’émotions nous emporte, une vague qui nous tombe dessus et nous cloue à terre, impuissant·e·s devant ce que vit la jeune fille. On a envie de la prendre dans nos bras, de l’aider. On réalise, pour celleux qui ne s’en rendaient pas encore compte, à quel point les mots font mal.

On essaye de comprendre comment cela commence, et on se rend compte que ça ne commence de rien, rien de précis. C’est un tout, un grain de sable qui se transforme en tempête et qui détruit tout.

« Il a dit qu’ils l’avaient fait. Et même que c’était pas la première fois. Et même qu’ils ont fait des trucs. Ouais ce truc-là. Tu crois qu’ils ont fait l’autre ? L’autre truc. Elle l’a déjà fait. Avec Antoine. Et avec Sacha aussi. Sacha l’a dit à Vanessa. Même que Vanessa, elle avait trop les boules que Sacha l’ait déjà fait avec Helena-la-sale-hope. Ouais. Dans les toilettes du deuxième étage. À côté du bureau du CPE. T’imagines, ils se seraient fait choper. Trop la honte. »

La sale hope, c’est la « fille facile », un espoir « en soldes », ou « sale » selon le sens que l’on donne à ce titre franco-anglais. C’est la traduction non littérale de « salope » dans les imaginaires. À chacun·e d’y porter son interprétation.

Les visages des comédien­·ne·s se succèdent pour porter la parole d’Helena, on découvre l’infini de celleux qui subissent et qui agressent.

Personne ne fait rien, personne n’a l’impression de mal faire. On suit, c’est tout. Sous le visage de son amoureux, de sa meilleure amie, on hésite entre confiance et doute. Qui est vraiment là pour elle, pour la sale hope qui se fout la honte devant le lycée ? Et puis, on ne fait que dire la vérité, après tout ?

Ce qu’ils disent (Sale hope), c’est une fenêtre ouverte sur un quotidien bien trop ancré dans la réalité aujourd’hui.

« Y’a ceux qui regardent faire sans rien dire, ceux qui aimeraient bien faire mais qui n’osent pas et ceux qui se disent “mieux vaut elle que moi”.»

Avec Helena, ce sont des milliers de jeunes filles qui subissent le slutshaming et le harcèlement. Voir ce texte sur scène, et aussi brillamment interprété, c’est autant un soulagement d’entendre une voix qui s’élève que la colère guerrière devant la horde incessante de violences qui se perpétuent.

« Chœur adolescent : Regardez, la sale hope, elle va chialer ! Hein, tu vas chialer ?
Helena. – Non, je chialerai pas.
Chœur adolescent : Mais si tu vas chialer.
Helena. – Pourquoi je chialerais, ça servira pas à laver toute la merde que vous crachez sur moi. »

Une pièce qui m’a bouleversée, un texte cru, fort, qui montre la perversité et l’engrenage d’une violence morale. Et sur le plateau, une intensité de jeu ardente, juste, formidable.

« Comment ça commence ? (un temps) Qui commence ? (un temps) Pourquoi ça commence ? (elle hausse les épaules.) Demandez-leur. Ils ont sans doute une bonne raison. Qu’est-ce que ça fait ?

Silence. »

Pour celleux qui voudraient lire ce texte, il est disponible aux éditions Théâtrales Jeunesse, dans le recueil Nouvelles mythologies de la jeunesse, 9 pièces à lire, à jouer. Vous pouvez le commander chez votre libraire depuis la semaine dernière !

TW pour la lecture de cette pièce : slutshaming, insultes, harcèlement moral, agression physique, mention de TCA / anorexie, culpabilisation de la victime