Salut les campeurs et hauts les cœurs, ici Ginger. Oui, je sais, ça fait longtemps que je n’avais pas écrit d’articles pour Simonæ. Et à dire vrai, je déménage dans trois jours, donc profitez-en bien parce que je ne sais pas quand je pourrais à nouveau contribuer au site.

Celleux qui me suivent sur Twitter ont dû tomber sur la bande-annonce de Sweet Vicious, une série télévisée MTV dont le pitch m’avait pas mal interpellée.

La série se déroule sur un campus américain comme il en existe des milliers et le premier épisode s’ouvre sur Will, un étudiant américain comme il en… bref, vous avez compris. Will, donc, agressé chez lui par une silhouette visiblement féminine, cagoulée et à la voix trafiquée, lui rappelant qu’il a violé une camarade de campus, avant de lui planter son canif dans la cuisse et de se glisser hors du lieu du crime façon Fantômette.

Nous apprenons peu après qu’il s’agit en réalité de Jules, une étudiante de la sororité Zeta, sévissant cagoule noire sur la tête et sac rose sur le dos la nuit et apparaissant chemisier à dentelle et chaussures argentées le jour. La rumeur d’une série de cambriolages violents commence à se répandre sur le campus, une affaire que l’administration du campus tente d’étouffer.

Sweet Vicious

Nous faisons également la connaissance d’Ophelia, fille à papa fort sympathique malgré sa propension à se branlucher la bugne level 9000, passionnée de hacking et globalement bizarre. Un personnage qui pourrait curieusement être la petite sœur cachée de Jillian Holtzmann, ce qui ne fait qu’augmenter sa jauge d’awesomeness.

Vous vous en doutez, les chemins de nos deux personnages vont finir par se croiser, et elles vont s’allier contre l’adversité pour le meilleur et surtout pour le pire, comme ils disent dans les résumés de Télé Z.

À ce jour, je n’ai vu que le premier épisode, et croyez bien que je me jetterai sur le second dès que j’aurai mis le point final à cet article. Je l’ai trouvé très intéressant et surtout très pertinent dans le traitement du viol. J’ai tout d’abord beaucoup apprécié que le point de vue adopté soit celui des victimes : alors que beaucoup de films et de séries se vautrent complaisamment dans une romantisation des relations abusives, faisant passer les stalkers pour des amoureux éperdus et les agresseurs sexuels pour des amants passionnés, Sweet Vicious n’hésite pas à filmer la détresse des victimes pendant les agressions (sans pour autant, je vous rassure, montrer une quelconque nudité), et à faire ressortir tout ce qu’il y a de glauque dans ces actes.

Sweet Vicious

Autre point que j’ai trouvé infiniment juste : le fait d’être contrainte de fréquenter son violeur par le biais de son groupe d’ami·e·s. On comprend rapidement que Nate, le petit ami de la meilleure amie de Jules (vous suivez ?), a violé cette dernière, et qu’elle n’en a parlé à personne. Par crainte de ne pas être crue, à cause de l’influence de Nate et de ses parents, de peur de perdre son amie, parce qu’elle est encore traumatisée, rien de tout ça, tout ça à la fois ? L’épisode ne répond pas à cette question. Mais le fait qu’il la soulève est déjà, à mon sens, une très bonne chose.

J’ai parcouru bon nombre de critiques de cette série avant d’écrire cet article. Je pensais que la question de la glorification de la violence allait être posée, à savoir : faut-il rendre la violence cool, en montrant une jeune femme encore plus badass que la plus badass de tes copines ? Eeeeeet au final, non. En revanche, j’ai vu des tartines de commentaires voulant décider de ce qui était le plus grave entre un viol et une agression armée, et s’offusquant de la « misandrification » des productions américaines se gaussant de jeunes femmes génération tumblr-twitter fracassant les crânes d’hommes blancs cishet à tour de bras.

Sweet Vicious

Kickass avait déjà soulevé pas mal de questions de ce genre, notamment parce que le premier film opposait la violence graphique (avec des super-héros multicolores) et la violence brute (avec des mafieux dangereux de la vraie vie de l’AFK véritable). Sweet vicious s’inscrit dans la même dynamique : les couleurs vives, les héroïnes jeunes, belles et rigolotes, qui s’époumonent sur Wicked, mais confrontées à des prédateurs sexuels violents et glauques que la justice prend soin de laisser tranquille.

D’ailleurs, en filigrane est évoqué le fait que les victimes ne portent pas plainte et que lorsqu’elles le font, ça n’aboutit jamais à rien ; un élément tristement réel que je trouve ici aussi très bien abordé.

Bilan de mon visionnage

Sur une toile de fond très cliché (les sororités, les colliers de l’amitié, les fêtes interdites-mais-trop-cool-parce-qu’on-boit-du-punch), Sweet vicious aborde la thématique des viols en milieu universitaire en se focalisant sur le vécu et le traumatisme des victimes, ce qui encore trop rare dans les œuvres de fiction. Malgré la gravité du sujet abordé, je rappelle toutefois qu’il s’agit d’une série de divertissement, ce qui apporte un peu de légèreté à la série sans pour autant dédramatiser ce dont elle parle.

Des scènes peuvent toutefois heurter certain·e·s ; à prendre donc avec des pincettes en fonction de votre sensibilité.