Je n’ai découvert l’informatique et le code que tard : passés mes 20 ans. Ça ne m’a, cela dit, pas empêché de devenir une vraie geek (déso pas déso) et d’intégrer une école d’ingénierie informatique ! Mais, malgré ma formation et le milieu professionnel auquel j’aspire, je n’ai toujours connu que très peu de figures féminines en informatique. Pourquoi ? Le nombre de femmes par promotions ne m’a sûrement pas aidé, et les cours non plus. À croire que tout a été fait par les hommes … Au cours de trois ans de cours et après avoir rencontré un bon nombre de professeurs différents, le premier à nous parler de la place de la femme et à consacrer deux heures dessus fût un professeur de Unity. Il nous parla d’Ada Lovelace (que vous pouvez retrouver dans l’article de Luna) de la gentrification du milieu à partir des années 1980 et de sa déféminisation. Dans le but de vous faire découvrir ces scientifiques ignorées par l’histoire Luna se lançait il y a trois mois dans une série d’articles pour sensibiliser/rétablir la vérité/faire découvrir ces modèles oubliés et je prends sa suite pour ce deuxième volet.

Mitchell Baker ( 1957 – )

« Mozilla believes both in equality and freedom of speech. Equality is necessary for meaningful speech, and you need free speech to fight for equality. Figuring out how to stand for both at the same time can be hard »

« Mozilla croit en l’égalité et en la liberté d’expression. L’égalité est nécessaire pour un discours fort de sens et vous avez besoin de la liberté d’expression pour combattre les inégalités. Trouver un moyen pour défendre les deux en même temps peut être dur »

Mitchell Baker

Mitchell Baker

Avocate de formation, Mitchell Baker est, par la force des choses, la figure de proue du logiciel libre et a été classée en 2005 parmi les personnes les plus influentes du monde dans le Time magazine. L’une des premières engagées au département juridique de Netscape Communications Corporation en 1994, elle est impliquée dès le début dans le projet mozilla.org dont elle devient Chief Lizard Wrangler en 1999. Si le nom Mozilla ne vous dit rien, pensez au navigateur Firefox et à Thunderbird, deux des logiciels édités par la fondation.

1998, Netscape Communication, qui à l’époque était leader en terme de navigateur Web, fait face à une concurrence agressive de la part de Microsoft et publie le code source de son navigateur. Les informaticiens du monde entier pouvait ainsi apporter leur contribution afin de créer le meilleur navigateur possible. Baker, qui était à l’époque avocate à Netscape, créée la licence sous laquelle le code source a été publié en tant que logiciel libre.

Ses différends avec la direction de Netscape lui valent sa place en septembre 2001 mais elle conserve son rôle de Chief Lizard de mozilla.org de manière bénévole. Embauchée en 2002 par l’Open Source Applications Foundation (OSAF) mais consacrant la plupart de son temps à Mozilla, elle décide d’y retourner à plein temps en janvier 2005 tout en gardant son siège au conseil d’administration de l’OSAF.

Début 2003, America Online, alors maison-mère de Netscape, ferme la division navigateur de Netscape et diminue considérablement son engagement dans le projet Mozilla. Mitchell Baker contribue alors à la création de Mozilla Foundation, un organisme à but non lucratif gérant la communauté Mozilla qui développe et publie leurs produits tous libres de droits et d’accès. Mitchell Baker est alors nommée présidente de la nouvelle fondation par un conseil d’administration composé de cinq personnes.

La force de Baker a été de s’accrocher et de maintenir le projet Mozilla à flots même après l’abandon de Netscape. Le logiciel libre, qui représente une part toujours florissante de l’informatique, permet la pluralité des outils et la pluralité d’internet. Être au service du libre est en quelque sorte mettre en exergue et les capacités des développeurs et autres qui y contribuent et la qualité des produits proposés.
 

Pour aller plus loin

Dorothy Vaughan (1910 – 2008)

« [working at Langley during the Space Age felt like being on] the cutting edge of something very exciting.»

« [travailler à Langlsey pendant l’Ère Spatiale c’était être] à l’avant garde de quelque chose vraiment excitant.»

 

Dorothy Vaughan

Dorothy Vaughan par Beverly Golemba — Domaine public

Cette histoire commence par un petit point historique nécessaire, pas d’inquiétudes, je serais brève. Après l’entrée en guerre des États-Unis en 1942, Roosevelt a signé un décret présidentiel afin de mettre un terme à la ségrégation raciale et aux discriminations à l’embauche et aux promotions des femmes au sein des agences fédérales et des entrepreneurs de la défense. La conquête des cieux étant en marche et la majorité des hommes partis en service, les agences telle que la NACA (ex-NASA) manquaient de recrues.

Pour rappel :
abolition progressive de la ségrégation à partir des années 60

Bien avant l’apparition des machines ou des ordinateurs électroniques, les recherches des XVIIIe et XIXe siècles ont nécessité l’emploi de calculateurices humain·e·s qui, selon Alan Turing, « [étaient] censé[·e·s] appliquer une suite de règles fixes, sans le pouvoir d’y déroger » (« The human computer is supposed to be following fixed rules »). Mathématicienne et calculatrice, Dorothy Vaughan intègre le centre de recherche de Langley (LaRC pour les intimes, il s’agit du plus ancien des centres de recherche de la NASA. Il est situé à Hampton en Virginie) en 1943.

Citation de Wikipedia « Dans ce métier, les femmes sont généralement deux fois moins payées que les hommes [référence nécessaire]», non mais sans blague

Merci Wikipédia de mettre en doute la véracité de cette affirmation

Vaughan est la première femme non-blanche à superviser une équipe au centre : elle prend la tête du West Area Computer, groupe de travail uniquement composé de mathématiciennes afro-américaines, en 1949, puis est promue de manière officielle à cette position. C’est d’ailleurs à cette occasion qu’elle croisera la mathématicienne Katherine Johnson avant que celle-ci ne soit transférée la division de la recherche de Langley.

Dès 1958 la NACA devient la NASA actuelle, c’est alors que les installations ségrégatives telle que la West Area Computer, sont fermées. Vaughan et la plupart des mathématiciennes de son équipe restent à Langsley et rejoignent la nouvelle section mixte Analysis and Computation Division (ACD). Tôt dans les années 60, alors que l’informatique en est à ses balbutiements, elle apprend elle-même et apprend à son équipe le langage de programmation FORTRAN afin d’automatiser de nombreux calculs et participe au Scout Launch Vehicle Program.

Fortran (FORmula TRANslator) langage de programmation inventé en 1954 et surtout utilisé pour le calcul scientifique, il s’agit du plus ancien langage de programmation haut niveau.

 
Vaughan restera à Langlsey jusqu’à sa retraite en 1971.

 

Pour aller plus loin

Marissa Mayer ( 1975 – )

« Creativity loves constraint. Simplicity is king on the small screen. »

« La créativité aime la contrainte. La simplicité est la clef sur un petit écran. »

Marissa Mayer

Marissa Mayer

S’étant dans un premier temps orientée vers la neurochirurgie pédiatrique, Marissa Mayer met fin à ses études de médecine pour partir en informatique. Bonne élève, elle obtient une licence en systèmes symboliques, une maîtrise en informatique à Stanford avec une spécialisation en Intelligence Artificielle et en ingénierie pour ses deux diplômes. Diplômée de maîtrise en 1999, elle est dépêchée par 14 entreprises (rien que ça) dont une petite start-up qui la démarche par un e-mail ayant pour objet  « Travailler chez Google ? ». D’aucun·e·s attendent leur lettre pour Poudlard, j’attends mon mail de Google. Elle intègre le futur géant en tant que 20ème employé et première femme ingénieure de la boîte. La classe. Ses casquettes y seront multiples, elle code et gère une petite équipe d’ingénieurs. Google lui doit beaucoup : Google Search, Google Images, Google News, Google Maps, Google Books, Google Product Search, Google Toolbar, iGoogle, et entre autres Gmail. On lui doit également le minimalisme de la page d’accueil de Google. Rien que ça.

Geek et bourreau de travail (workaholic), elle obtient le poste convoité de PDG de Yahoo! et devient membre du Conseil d’Administration en 2012 alors qu’elle est enceinte de 5 mois (c’est pas donné à tout le monde, m’est avis). S’ensuivent de nombreux bad buzz au sein de la Silicon Valley, j’aurais pu vous proposer un portrait édulcoré mais je pense qu’on est tou·te·s assez malin·e·s pour se forger un avis en ayant toutes les cartes en main. Vivement critiquée pour ses congés maternités particulièrement courts (grosso merdo  modo deux semaines, et alors ?), elle supprime pour des raisons économiques le droit au télétravail à Yahoo! début 2013 mais étend dès le mois d’avril la durée du congé maternité et débloque un budget pour verser des primes aux nouveaux parents.

Fervente partisane de l’adage « Lift as you climb » (« Tire quand tu montes », dans le sens ascension dans l’échelle hiérarchique) elle est accusée à deux reprises de misandrie pour avoir licencié des hommes et fait monter en grade à leur place des employées femmes. Personnellement, je suis pas sûre que si je faisais un procès à mes employeurs pour avoir embauché un homme ingénieur à ma place j’aurais gain de cause.

Son embauche à Yahoo! est suivie par une croissance économique qui dure deux ans pour finalement dégringoler. Marissa Mayer renoncera à son bonus annuel (qui sera redistribué aux employés de Yahoo!) et perdra sa place de PDG suite à quelques 500 millions de piratages de comptes utilisateurs lors d’une cyberattaque réalisée en 2014 et révélée fin septembre 2016. Affaire à suivre.

Pour aller plus loin

 

Chieko Asakawa ( 1958 – )

« history shows us accessibility ignites innovation »
 
« l’Histoire nous montre que l’accessibilité provoque l’innovation »

Photographie de Chieko Asakawa par Ted

Photographie de Chieko Asakawa par Ted

Devenue aveugle à l’adolescence à une époque où il n’y avait pas vraiment d’ordinateur personnel, dans les années 70, Chieko Asakawa a été confrontée au manque d’accessibilité du monde extérieur. Après un diplôme en littérature anglaise en 1982, elle s’engage dans des études de programmation informatique pour non-voyant·e·s de deux ans s’aidant, pour ce faire, d’un Optacon (OPtical to TActile CONverter, il s’agit d’un appareil électronique portable permettant de traduire des feuilles imprimées en Braille). Elle rejoint IBM Research sur un poste temporaire en 1984, et y devient chercheuse permanente un an plus tard. En 2004 elle obtient un doctorat en ingénierie de l’Université de Tokyo.

S’intéressant au manque d’accessibilité des technologies de pointe dans les années 80, les travaux de recherche d’Asakawa ont notamment porté sur le développement d’un outil de traitement de texte pour les documents en Braille, celui d’une bibliothèque numérique pour les documents en Braille, le développement d’un plug-in pour le navigateur Netscape convertissant le texte en audio permettant ainsi une navigation web plus aisée pour les personnes atteintes de cécité, mais également un système permettant aux web designers voyants d’explorer le Web de la même façon qu’un non-voyant.

En 1997 son plug-in devient un produit IBM : l’IBM Home Page Reader, et sera, 5 ans plus tard, le plugin web-to-speech le plus utilisé. À une époque où la plupart des écrits sont disponibles en audio son travail peut sembler dérisoire, mais trente années plus tôt, quand les pages web n’étaient tout d’abord pas légions, mais étaient surtout statiques, l’invention d’un plug-in pour les lire fût une révolution pour bon nombre de mal ou non-voyants.

Aspirant toujours à plus d’autonomie Chieko Asakawa travaille désormais sur une application mobile alliant machine-learning et Intelligence Artificielle permettant aux malvoyants, aux non voyants et aux personnes âgées de mieux appréhender le monde qui les entoure. Cet outil donne, par exemple, des indications précises sur l’environnement autour de la personne (des marches, des portes, etc.), sur les personnes venant à leur rencontre, mais aussi sur les objets qu’ils peuvent être amenés à saisir. Une prouesse de réalité virtuelle en somme.

 

Pour aller plus loin

Considéré comme un métier ingrat, l’informatique a d’abord été réservé aux femmes, qui étaient en quelque sorte les prolongements des calculatrices de l’époque. Ce n’est que quand la noblesse du domaine a été mise en exergue que le métier s’est fortement masculinisé jusqu’à en chasser les femmes qui étaient pourtant des pionnières. C’est bien connu : Madame fait la tambouille quand Monsieur le Chef fait des « repas gastronomiques ».

 

Ainsi de grands noms ont pu être masqués pour en mettre en valeur d’autres, et il est d’une importance capitale de connaître nos prédécesseureuses et potentiel·le·s futur·e·s modèles dans chaque domaine. Si l’informatique vous intéresse, n’hésitez pas à aller plus loin !