Pour commencer, je pense qu’il est important de préciser que je suis entendante. J’ai toujours voulu apprendre la langue des signes (comme j’ai voulu apprendre le japonais, le croate, le slovène, l’italien, l’allemand…) pour moi c’est une langue comme une autre. Je ne m’explique pas pourquoi cet intérêt pour la langue des signes. Peut-être parce que c’est plus visuel et plus expressif. En tant que non concernée, je ne pouvais décemment pas faire un article sur la surdité ou la culture sourde. Je ne pourrais parler que de mon expérience en tant qu’entendante qui apprend la Langue des Signes Française (LSF). C’est pour cela que j’ai voulu lancer un projet d’interview de YouTubeureuses sourd·e·s que je suis depuis quelques temps. En plus de ces interviews, je souhaitais mettre en avant des projets, initiatives, associations ou autres chaînes YouTube autour de la surdité. Cela ne se veut pas exhaustif, c’est seulement celles que je connais et qui m’ont plues. D’ailleurs, n’hésitez pas à mettre d’autres ressources sur la surdité en commentaire pour compléter cet article !

Avant de commencer à vous présenter les différents sites, chaînes YouTube, blogs ou autre liens. Il m’a paru intéressant de compléter les interviews avec un concept un peu compliqué à saisir pour les entendants et qui est crucial pour une bonne communication avec des sourds et/ou malentendants: la différence entre entendre et comprendre. C’est Ophélie qui nous explique cette différence.

Entendre et comprendre sont deux choses distinctes. Il est très important d’interpréter cette phrase qui bloque les entendants.

Pour les sourds appareillés ou implantés, « entendre » c’est seulement les sons (musique, cris), les bruits (voiture, vaisselle qui s’entrechoque, avion), les voix.
Moi je perçois de nombreux bruits, d’autres l’entendent moins ou plus que moi. Tout dépend aussi du degré de surdité et du taux de capacité de l’appareil ou implant pour capter ces sons.

Le sens de « comprendre » c’est quand le sourd écoute ce que l’interlocuteur lui dit ou lui explique. Ce terme permet au sourd d’interpréter et de comprendre ce qu’on lui dit. Il est possible de faire des répétitions.

Ce n’est pas parce qu’on entend qu’on comprend, attention ! Pour diverses raisons : faible luminosité, bruits derrière gênants, voix trop basse, pas d’articulation, on parle dans le dos, etc.

Je donne un exemple : un homme s’est adressé à moi mais je ne l’ai pas entendu car je faisais autre chose, et il ne m’a pas interpellé ni n’est venu vers moi pour me parler. Ma mère lui a expliqué que je ne le comprenais pas parce que je ne savais pas qu’il me parlait, mais l’autre lui a répondu « mais si elle comprend ! » alors qu’il a tort, il n’a rien compris. Me parler quand je passe sans le voir, je ne pourrais pas comprendre. Ma mère lui a demandé de me rappeler. Je me suis retournée et j’ai constaté qu’on me regardait alors j’ai compris qu’on cherchait à me parler et j’ai effectivement répondu « Quoi ? On m’a demandé quelque chose ? ». Ce qui l’a donc surpris.

Le « problème » qui s’ajoute en plus de mon cas, est que j’ai une « belle » voix donc tout le monde pense que je comprends tout et que j’entends tout, que je suis malentendante et non sourde. Or, c’est faux et je vous assure que si, je suis sourde profonde et mon cas est rare. Ce n’est pas toujours facile au quotidien mais je suis là non seulement pour vivre, mais aussi pour me battre.

Apprentissage de la langue des signes française

Dans la plupart des grandes villes, vous pouvez trouver des organismes qui proposent des cours de LSF, souvent en stage intensif ou en cours du soir. Le prix peut être assez dissuasif (c’est souvent autour des 200€ pour quelques semaines de cours). D’ailleurs, sachez que les cours de LSF sont aussi payants pour les sourds ! Imaginez des cours de français payants pour les enfants entendants … Bref, si vous n’avez pas ce budget, il existe des café signes dans certaines villes, les informations pratiques sont trouvables sur Facebook en général. De plus, on peut trouver des groupes mettant en relation des personnes qui veulent apprendre et étudier la Langue des Signes. Vous pouvez également trouver des associations qui donnent des cours à bas prix ou gratuits, comme l’association Melting signes qui fait des GouterSignes à Bordeaux.

Personnellement, je n’ai ni structure ni de café signe autour de chez moi. J’ai eu la chance de trouver une prof qui donne des cours via Skype. Je l’ai trouvé en regardant sa chaîne YouTube (Signes2Mains). Je pourrais parler de mon expérience si cela vous intéresse, n’hésitez pas à me poser ds questions.

Si cette option n’est pas possible pour vous, vous pouvez trouver des ressources sur Internet et YouTube pour essayer de l’apprendre seul·e. Je vous ai fait une petite sélection pour commencer votre apprentissage. C’est loin d’être exhaustif.

Pour le vocabulaire, je vous conseille le site Elix, qui est un dictionnaire LSF en vidéo

Elix est partenaire de l’association Signes de sens qui a un projet très intéressant sur le thème de la culture sourde. Signes de sens veut développer un jeu de cartes sur l’histoire des sourds. Je vous laisse les personnes en charge du projet l’expliquer bien mieux que moi.

Voici le lien où vous pouvez les soutenir financièrement pour que le projet voit le jour: C’était quand ?

Qu’est-ce que Signes de sens et son but ?

Signes de sens imagine et propose des solutions pédagogiques innovantes à partir du besoin de publics spécifiques (avec déficience auditive, intellectuelle, autisme, enfant ou adulte en difficulté de communication…). Depuis 2003, l’association développe des dispositifs numériques accessibles, reposant sur l’observation des usages, qui aident les publics dans leur quotidien et les professionnels dans leur réflexion et la mise en place de médiations adaptées. L’association travaille notamment depuis 10 ans sur l’accessibilité aux savoirs et aux pratiques culturelles pour les personnes sourdes au travers de différents outils et actions (visites guidées, applications mobiles telle Elix, spectacles bilingues, jeux…). Elle propose également de nombreuses actions de sensibilisation à destination des enfants et des adultes (formation à la LSF, rencontres…)
Elle développe ainsi un véritable laboratoire d’expérimentation où se croise un réseau large et varié d’acteurs partageant les mêmes valeurs dans le but de favoriser la mixité des publics et le vivre-ensemble.

Et « C’était quand ? » c’est quoi exactement ?

Prenons un exemple concret :Vous connaissez bien sûr la langue des signes, mais saviez-vous qu’elle a été interdite en France pendant plus d’un siècle ? Saviez-vous qu’elle est considérée comme langue à part entière seulement depuis 2005 ? L’histoire des sourds est unique mais malheureusement méconnue…
C’est pourquoi nous avons décidé de créer le jeu « C’était quand ? » pour découvrir de façon ludique les 100 dates clés de l’histoire des sourds. Nombre d’entre eux, loin d’être des témoins silencieux de l’histoire, ont vraiment participé à son écriture !

Comment cela se présente ?
« C’était quand ? » est un jeu composé de 100 cartes.
Chaque carte contient un événement marquant de l’histoire des sourds, mais la date de cet événement n’est pas directement visible. L’objectif étant de ranger correctement les événements les uns par rapport aux autres pour former une frise chronologique.

Mais la culture sourde, qu’est-ce que c’est exactement ? Et pourquoi c’est important de la faire connaître ?

Il faut bien comprendre que la langue des signes est une langue à part entière dont découlent tout naturellement une culture, des références spécifiques, une histoire. Il nous semble primordial de pouvoir donner accès à cette histoire. Connaître la langue de signes c’est aussi connaître l’histoire de la communauté sourde, connaître les obstacles rencontrés, les combats menés, les réussites, les interdictions… Sourd ou non, signeur ou non, ces dates vous feront parfois sourire, parfois bondir de votre chaise tant elles sont pleines de surprises (bonnes ou mauvaises). Découvrez les personnes qui ont fait cette histoire, les artistes célèbres qui ont participé à la reconnaissance de la LSF, les congrès, les lois, … Ce jeu, c’est en quelque sorte un moyen d’ouvrir les yeux sur une histoire complexe, inconnue et parfois douloureuse, tout en s’amusant !

Il y a également le site de Mélanie Deaf pour approfondir un peu plus.

L’initiative de Dame Fanny via son hashtag #DameFannySigne est simple mais il fallait y penser: un mot en LSF par jour avec une courte vidéo !

Pour un apprentissage de la syntaxe, de la grammaire, je vous conseille les vidéos de la chaine Signe et vous. La personne est très claire et les vidéos sont bien structurées. Et également la chaine Langue des Signes pour les mêmes raisons.

Et pour faire le plein de vocabulaire, je vous renvoie vers la chaine de Laura Jauvert !

Autres ressources autour de la surdité

Ici, je vais lister des blogs, chaînes YouTube, des associations, projets qui traitent de la surdité en général et non pas de l’apprentissage de la LSF.

Vivien, Le souffleur de mots

Il nous décrit lui-même sa chaine: “Elle se veut être un moyen de sensibilisation sur la surdité à travers l’humour et la dérision, à travers mes expériences personnelles en tant que sourd appareillé oralisant.”

Pour le Chant’signe

Mais qu’est-ce que c’est ? Je laisse Sacha et Sophie de la chaîne YouTube Haut les mains LSF vous l’expliquer !

Qui êtes-vous ?

Sacha : Je m’appelle Sacha, j’ai 22 ans et je suis en master pour être interprète en langue des signes !

Sophie : Bonjour Je m’appelle Sophie et je suis interprète en langue des signes. Nous avons décidé de créer cette page YT afin de rendre accessible la musique aux personnes sourdes.

Comment avez-vous appris la LSF et pourquoi ?

Sacha : J’ai appris la LSF à La Rochelle grâce à une association de Poitiers. J’ai découvert la langue des signes pendant mon approfondissement bafa et c’est comme ça que j’ai voulu en faire mon métier !

Sophie : Je suis une CODA ( enfant de parents sourds) et j’ai donc appris la LSF avec ma famille. J’ai ensuite voulu être interprète et je suis allée à Lille pour approfondir mes connaissances et être diplômée interprète langue des signes française / français. Pourquoi ? Car le français et la LSF sont mes deux langues maternelles et que j’ai toujours aimé travailler avec celles ci. Passer de l’un à l’autre, connaître les codes, les normes, les us et coutumes et la culture ! C’est quelque chose qui m’a passionnée, même très jeune.

Pour ceux qui n’y connaissent rien, c’est quoi le chant’signe ? D’où ça vient, comment vous est venue l’idée d’en faire et de le partager sur YouTube ?

Sacha : Le chant’signe c’est quoi ? C’est l’adaptation d’une chanson en langue des signes française. J’ai fait de la danse et de la musique et je voulais réussir à lier tout ça avec la langue des signes. Après avoir rencontré Sophie je lui ai demandé si elle était partante et on a publié notre premier chant’signe en avril 2016 ! C’est vraiment pour le plaisir qu’on a créé cette chaîne.

Sophie : Le chant’signe, c’est tout simplement la traduction des chansons en LSF. Je ne sais pas vraiment d’où ça vient mais c’est en regardant certaines vidéos en ASL ( langue des signes américaines) et en LSF sur YouTube que nous avons voulu nous aussi nous y mettre !

Est-ce que c’est de la traduction littérale ou il y a une forme d’interprétation ? Comment se déroule un tournage ?

Sacha : Alors on est très loin de la traduction littérale qu’on appelle du français signé. On ne calque pas les signes sur la syntaxe du français. Et dans le chant’signe, on s’éloigne légèrement de l’interprétation classique. On essaye de donner beaucoup d’images dans notre interprétation.
Pour les tournages, c’est très simple. On fait un peu de place dans ma chambre, on installe les lampes, on s’entraîne et on se filme !

Sophie : Notre objectif était de faire passer le sens, ce que la chanson veut vraiment dire. Ce n’est pas une traduction en mot à mot. Bien au contraire ! La LSF a sa propre grammaire et syntaxe, sa propre logique et bien entendu sa culture. C’est donc un très beau challenge pour nous que de traduire le sens, qui parfois est implicite ou tout simplement dur à traduire … Pour les tournages, nous sommes à deux du début à la fin. Nous imprimons le texte choisi et nous le travaillons à deux. On regarde plusieurs fois le clip ( cela aide par moment à comprendre certains passages) puis on réfléchit à comment le dire en LSF. On propose des traductions, il arrive parfois qu’on ne soit pas d’accord, puis on avance petit à petit comme cela. Ensuite, on sort notre matériel de pro ! Caméra, trépied, éclairage et mur blanc, et c’est parti ! Il ne reste plus qu’à apprendre le texte. Chose pas simple car on entend la musique et on doit se concentrer sur notre traduction : Souvent c’est l’objet, le COD, qui est d’abord exprimé, puis le sujet et enfin le verbe donc pas simple d’entendre le sujet dans la musique et penser au COD !

Comment choisissez-vous vos chansons ?

Sacha : On prend ce qui nous plaît le plus, on se met d’accord et on se lance ! Tout simplement !

Sophie : Pour les chansons c’est au feeling. On propose des choses et le binôme valide (ou pas). On essaie de toucher à tout mais c’est vrai qu’on aime assez le passage de messages, de paroles engagées.

Quels sont vos projets hormis le chant’signe ?

Sacha : On essaye de se diversifier un peu sur notre chaîne. Les histoires d’horreur, les vlogs, etc… On ne compte pas devenir des superstars du net mais si on peut faire sourire les gens ca nous suffit.

Sophie : Oulaaaaaa des projets j’en ai plein !!! Pour l’instant je suis mon bonhomme de chemin en interprétariat puis on verra par la suite.

Est-ce que vous vous considérez comme des militant·e·s de la cause « sourde » ? Y-a-t-il d’autres causes qui vous tiennent à coeur ?

Sacha : Personnellement j’ai l’impression que le fait de vouloir être interprète est un peu du militantisme. Mais je suis ouvert à plein de choses !

Sophie : C’est une bonne question, tou·te·s deux issu·e·s d’un cursus LSF, il est vrai que nombreux se demandent si l’on est forcément interprètes, ou pratiquant·e·s de la LSF, et militant·e·s. Cela va-t-il forcément de pair ? Pour ma part, oui je le suis, mais à un certain degré. Quand j’entends “langage des signes” ou “sourds et muets”, j’ai ce besoin de rectifier. Discuter avec les personnes autour de soi, c’est selon moi le plus important. Plus on en parle aux gens, moins les stigmatisations se font ! Une autre cause ? Oui, les jeunes (sourds ou entendants d’ailleurs).

Autre chaîne de chant’signe: Les mains baladeuses

Dans l’ordre de gauche à droite:
Ces gens là de Jacques Brel Lily de Pierre PerretLes Mots Toc de Zaza Fournier

Des YouTubeureuses sourd·e·s anglophones

Rogan Shannon et Rikky Poynter

Blog

Le blog de Maman n’entend pas : une mère sourde avec une petite fille entendante

Et pour finir, des associations

La première est une association LGBTQIA++ sur Paris

La seconde est une association étudiante pour sourd·e·s sur Paris.

Les deux pourront logiquement vous rediriger vers des associations près de chez vous.

Voici quelques liens et ressources autour du thème de la surdité. Ce n’est pas du tout exhaustif. Si vous avez d’autres choses à nous faire découvrir, n’hésitez pas à poster un commentaire.