Aujourd’hui, c’est Halloween et vous allez peut-être faire une soirée déguisée avec vos ami·e·s ou le club d’échecs de votre grand-mère. Ou bien vous allez rester chez vous à chiller tout en mangeant des bonbons que vous aurez achetés pour vous et vous seul·e et c’est tout aussi bien.

Si vous n’êtes pas d’humeur à regarder un film d’Halloween parmi la liste que nous vous avons présentée dans l’article de jeudi, vous aurez peut-être envie de lire un peu avant de vous coucher.

Voici cinq bandes dessinées (au sens large : BDs, romans graphiques, comics et manga) qui étancheront votre soif de frissons (par contre, vous n’irez peut-être pas vous coucher tout de suite après).

Dans les bois de Emily Carroll

Dès l’introduction, Emily Carroll donne le ton de ce recueil de nouvelles, en racontant une anecdote d’enfance :

Quand j’étais petite, je lisais chaque soir avant de m’endormir. […] Je redoutais le moment d’éteindre. Et si, lorsque je tendais le bras juste au-dessus du lit, QUELQUE CHOSE tapi dans l’ombre M’AGRIPPAIT pour m’emporter dans le NOIR ?

Dans ce recueil, vous trouverez cinq récits en plus d’une introduction et d’une conclusion, qui vont du conte horrifique à l’histoire de fantômes et qui sont tous mieux écrits et illustrés les uns les autres.

Je connaissais déjà le travail de Carroll grâce à son site Internet où elle poste ses histoires glaçantes et j’étais tombée profondément amoureuse de son travail. Quand j’ai enfin pu acheter Dans les Bois, j’ai été ravie car l’objet est très beau, avec une couverture très travaillée qu’on a envie d’exposer dans sa bibliothèque.

Emily Carroll a un don pour faire frissonner : ses histoires sont originales et terriblement bien écrites et menées. Chaque nouvelle aborde un thème différent de la précédente, nous passionne et nous emporte dans son univers particulier. À cela s’ajoute un dessin magnifique, et je n’exagère pas. Il y a un très gros et beau travail sur les couleurs (surtout le rouge, le bleu et le jaune), qui détonnent sur les pages blanches ou noires et cela se voit surtout dans la nouvelle La dame aux mains froides.

Dans les Bois m’a rappelé les contes de fées de mon enfance, et s’appuie pas mal sur cette imagerie, en particulier sur celle du Petit Chaperon Rouge de Perrault, comme le montre la conclusion de ce recueil, le titre et la couverture, où l’on voit une personne en cape bleue au milieu d’une plaine enneigée.

Pour : celleux qui aiment ces dits contes, les nouvelles de Poe ou les films de Guillermo del Toro.

Prix et éditeur : 22€ , disponible chez Casterman.

 

Locke & Key de Joe Hill et Gabriel Rodriguez

Fans de Stephen King, bonsoir.

Il est temps de présenter une des oeuvres les plus populaires de son fils qui signe sous le pseudonyme de Joe Hill et que vous connaissez peut-être déjà pour son livre Horns qui a été adapté au cinéma en 2013.

Locke & Key est une série de comics en six tomes, à laquelle s’ajoute un tome de one-shots. Elle conte l’histoire des trois enfants Locke qui déménagent avec leur mère à Keyhouse, leur vieille demeure familiale, après le meurtre de leur professeur de père par deux de ses propres élèves. Autant vous dire que ça commence pas super joyeusement.

Et la suite fait froid dans le dos : une femme mystérieuse apparaît au cadet de la famille, lui implorant de lui donner une clé lui permettant de la délivrer du puits dont elle est prisonnière. Celui-ci découvre une porte qui lui permet de séparer son corps et son esprit, et d’agir tel un fantôme sur son environnement. Parallèlement, un des adolescents qui a tué le patriarche Locke se dirige vers Keyhouse, prêt à en découdre …

Et ce n’est que le début des aventures de la pauvre famille Locke qui trouve toujours de nouvelles clés et de nouvelles portes à ouvrir … mais vers quoi ?

Je n’ai lu que le premier tome de Locke & Key et je dois lire la suite depuis des mois. Je n’ai entendu que de bons retours sur le côté effrayant de la série, qui joue avec nos nerfs, nos attentes et nos angoisses. On en attendait sans doute pas moins du fils du roi de la peur.

Cette série a si bien marché qu’une adaptation audio de treize heures en a été faite, avec notamment Tatiana Maslany d’Orphan Black au casting. Elle a aussi eu droit à une tentative d’adaptation à la télévision il y a quelques années, et on peut espérer que ce projet aboutira. Joe Hill est à cent pour cent pour que Locke & Key vienne hanter jusqu’à votre petit écran, au point de souhaiter être producteur exécutif de cette possible série télévisée.

TW : il y une scène de viol dès le début. Était-ce vraiment nécessaire Joe ? De plus, il y a beaucoup de violence dans cette série, avec des meurtres et du sang.

Pour : celleux qui n’ont pas peur des histoires de famille et des scénarios alambiqués.

Prix et éditeur : 19€, disponible chez Milady.

 

Wytches de Scott Snyder

(Non, je n’ai pas fait de faute de frappe, ce comics s’appelle bien “Wytches” avec y).

C’est une série plutôt récente puisque le seul et unique tome sorti à ce jour en France est paru en Novembre 2015.

Ce qui frappe quand on voit Wytches en librairie, c’est sa couverture qui représente une forêt dans les tons bleutés avec une silhouette dominée par une ombre inquiétante. Oh, et il y a un peu de sang aussi. Ça commence gaiement, encore une fois.

La famille Rooks se voit contrainte de déménager après que Sailor, leur fille adolescente, a été victime de harcèlement dans son ancien lycée. Dès le premier chapitre, on comprend que Sailor n’a pas déménagé uniquement pour échapper aux brimades : elle semble avoir un pouvoir étrange et terrifiant. Et la proximité qu’a leur nouvelle maison avec la forêt ne l’aide pas à se changer les idées, d’autant qu’elle voit et entend des choses dans ces bois …

Je ne vous en dis pas plus histoire de ne pas vous gâcher la surprise de la lecture mais : holy shit, je ne regarderai plus jamais les forêts de la même façon. Et vous non plus après cette lecture, sans doute.

Non seulement Wytches aborde très bien le côté fantastique/horreur de son histoire, mais également ses personnages et leurs relations. Une grande partie des dialogues se fait entre le père, Charlie, et sa fille Sailor et on a beaucoup de flashbacks sur leurs rapports. En effet, Sailor est une adolescente très anxieuse et son père a tendance à la pousser pour qu’elle se dépasse, ce qui braque la jeune fille. Et lors des événements de Wytches, Charlie va réaliser tout l’amour et la confiance qu’il a envers Sailor, et son parcours est très beau à lire.

Et franchement, ces moments touchants ne font pas de mal entre les apparitions de monstres-arbres qui font peur. Si on devait adapter Wytches au cinéma, on aurait la masse de jumpscares.

Chose qui peut étonner par rapport à la couverture sobre du tome 1 : il y a énormément de couleurs qui apparaissent comme des jets à la Pollock sur les cases. On a l’impression de voir l’action à travers un filtre halluciné, une distorsion photographique, et cela ajoute à notre sensation de malaise voire de déroute.

Pour : celleux qui vivent très loin d’une forêt, qui aiment les histoires de relation père/fille, les héroïnes cool et qui n’ont pas peur des ombres bizarres qu’on voit parfois dans les bois à la nuit tombée…

Prix et éditeur : 17€50 chez Urban Comics (qui conseille Wytches “à partir de 12 ans” pour une raison que j’ignore totalement).

 

Spirale de Junji Ito

Je tiens à prévenir que les œuvres de Junji Ito sont super glauques. C’est pas le genre de manga à lire quand on a peur du gore, des fantômes, des gens qui ont des coups de folie malsaines, des corps dans tous les sens et compagnie. Et Spirale est franchement malsain, même si c’est excellent dans son genre. Lisez le résumé suivant uniquement si vous avez l’estomac bien accroché.

Spirale est une série en trois tomes qui ont regroupés en une intégrale il y a quelques années.

L’histoire que raconte Ito ici est la suivante : à Kurouzu, petit village perdu japonais, vit Kirie, une jeune lycéenne sans histoire. Mais une chose des plus choquantes se produit : le père de son petit ami Shuichi a une passion dévorante pour les objets en forme de spirale, au point d’en devenir une lui-même en se brisant tous les os. De plus en plus d’événements étranges et glauques se produisent autour de Kirie mais un surpasse de loin tous les autres : Kurouzu devient lui-même une spirale. Les rues disparaissent, les maisons se courbent, il n’y plus aucune communication avec l’extérieur … Et au milieu du petit village, une abîme béante qui semble attirer les habitants …

C’est le premier manga d’horreur que j’ai lu et il m’a énormément marquée.
L’ambiance est angoissante, suffocante, on a presque peur de tourner la page. Même sans se reconnaître particulièrement dans les personnages qui sont quand même très lisses, on est plongé·e·s dans l’action : on veut savoir comment ça va se finir pour Kirie et Shuichi. L’omniprésence du motif de spirale nous oppresse (et nous colle une bonne persistance rétinienne). Le trait de Ito qui dépeint de façon très précise les visages et leurs expressions de terreur ou de violence ajoute à notre immersion dans Spirale.

Si vous avez tenu bon en lisant ce résumé et en lisant Spirale, sachez qu’il a été adapté au cinéma en 2000 sous le titre de Uzumaki.

Pour : celleux qui n’ont pas peur de grand chose, qui veulent se mettre aux mangas d’horreur et cherchent un bon ouvrage pour commencer.

Prix et éditeur : l’édition intégrale se trouve chez Delcourt/Tonkam pour 29€99.

Et pour conclure cette liste de bandes dessinées plus ou moins terrifiantes, voici le choix de Paprika : une BD tout récente qui se détache des autres proposées précédemment.

 

L’Épouvantable peur d’Épiphanie Frayeur de Séverine Gauthier et Clément Lefèvre

“- Aaahhh !!! Vous m’avez fait peur ! Qu’est-ce que c’est que ça ?
– Ma peur justement.
– On dirait votre ombre.
– Oui, j’ai peur de mon ombre. “

Sorti ce mois-ci, Épiphanie Frayeur nous conte la peur enfantine de son ombre et le voyage surréaliste et initiatique qui en découle. Habituée à des aventures très oniriques, Séverine Gauthier se joint au dessinateur Clément Lefèvre pour donner vie à l’umbraphobie, la peur d’être suivie par son ombre.

On suit Épiphanie, une fillette de huit ans et demi, et son ombre, dont elle cherche à se débarrasser par tous les moyens possibles. Mais celle-ci n’en fait qu’à sa tête. Elle parcourra un monde étrange, peuplé de dompteurs de fauves, de voyantes et de messieurs ayant perdu leur sérieux, avant de trouver une solution à son dilemme.

On ne va pas se mentir, cette BD est un petit bijou d’écriture et de dessin. Les personnages atypiques et les couleurs lumineuses nous plongent dans un monde pétillant mais malgré tout inquiétant, rythmant les découvertes insolites d’Épiphanie. Le rendu est très poétique et un peu foufou, rappelant Alice aux pays des Merveilles, avec une pointe de gothique pas désagréable à l’oeil.

Parmi la sélection spéciale Halloween, ce one-shot est un opus jeunesse plein de douceurs mais aussi d’appréhension, rappelant l’illogisme mais aussi la force de nos peurs les plus enfouies et de nos phobies les plus irrationnelles. L’Épouvantable Peur traite de son sujet avec humour et loufoquerie mais non sans profondeur sur la gestion de nos craintes face à l’avenir.

Pour : celleux qui ne supportent pas le genre horrifique, les jumpscares et le gore. Halloween s’ouvre à toutes et à tous, froussard·e·s ou pas, jeunes et moins jeunes, dans une aventure à déguster tout doucement, au coin du feu, avec un bol de bonbons à portée de main.

Prix et éditeur : c’est l’excellent label Métamorphose de Soleil Éditions qui vous propose cette BD au prix de 18€95.

Cette petite liste se termine là, et nous aurons appris deux choses : déménager après un événement traumatisant, c’est pas un bon plan, et les bois, c’est flippant. En plus, ça rime.

Joyeux Halloween à vous !