Les vacances sont finies, la rentrée est ici, et nous nous retrouvons une nouvelle fois pour faire un point sur notre club de læcture !

VOUS AVEZ LU QUOI CHEZ SIMONÆ ?

Ma merveilleuse collègue Laura et moi-même avons dévoré le même livre : Lire Lolita à Téhéran de Azar Nafisi.

Laura :

À l’automne 1995, après avoir démissionné de l’université, j’ai décidé de me faire plaisir et de réaliser un rêve. J’ai choisi sept de mes étudiantes, parmi les meilleures et les plus impliquées, et je les ai invitées à venir chez moi tous les jeudis matin pour parler littérature. »

À travers cet ouvrage autobiographique, Azar Nafisi nous plonge dans un Iran en pleine révolution à la fin des années 1970 :elle y exprime ses sentiments d’injustice et d’impuissance face aux tensions politico-religieuses grandissantes au sein du monde académique et face à son expulsion provoquée par son refus de porter le voile, ou encore l’angoisse et la terreur alors que les arrestations par la milice se multiplient et que la ville est régulièrement bombardée par les forces irakiennes. J’ai apprécié ce livre. Professeure de littérature à l’université de Téhéran, Azar Nafisi nous transmet un témoignage percutant sur la vie dans la capitale en cette période troublée, en centrant plus particulièrement son propos sur ses habitantes dont les droits se réduisent au fur et à mesure. Je vous le recommande fortement.

Fibromagique :

Ce livre m’a un peu chamboulée, je dois l’avouer. Je l’ai choisi car je m’intéresse beaucoup à l’Iran, et c’était un choix tout trouvé. J’y ai appris énormément sur la vie sous la révolution islamique puis la République islamique d’Iran, mais pas seulement. C’est un ouvrage qui parle très bien du pouvoir de la littérature, et notamment de la fiction, sur nous-mêmes et sur la réalité. C’est une ode à la lecture et à ses effets sur ses lecteurices (voire même non-lecteurices), sur la réalité qu’elle reflète, une réalité qui n’est pas si éloignée de celle de la personne qui lit, finalement.

De son côté, Petiteminipizza a bien voyagé :

Ce mois-ci, je suis allée en Inde et en Amérique aux côtés de La Maîtresse des épices de Chitra Banerjee Divakaruni. On y suit Tilo qui nous raconte avec force flashbacks sa ou plutôt ses vies, notamment celle de maîtresse des épices. Ce livre plein de magie et de cuisine indienne m’a rendue, je dois l’avouer, perplexe. Je viens de le finir mais je ne sais pas comment, par quel côté le prendre, ce qui est chez moi le signe que je vais y repenser quelques jours ou semaines durant, qu’il va me faire réfléchir, et, je l’espère, avancer.

Vimairetta a elle posé ses valises en Tunisie, à l’aube du printemps arabe, grâce au livre Ouatann de Azza Filali :

Ouatann suit, pendant quelques mois, la vie de trois protagonistes. Une avocate divorcée de Tunis, qui tente également de gérer seule ses parents vieillissant, et deux hommes tombés dans l’illégalité par nécessité ou par ennui. L’autrice a écrit ce livre juste avant les événements du printemps arabe, sans donc savoir ce qui allait se passer. L’ambiance du livre montre bien que le pays est au bord de l’implosion : omniprésence de la corruption ; méfiance totale de l’ensemble de la population envers les autorités ; montée des extrémismes religieux ; position encore compliquée de la femme, souvent piégée dans la tradition et suspecte lorsqu’elle s’en éloigne ; et enfin la volonté de partir de la majorité des jeunes hommes qui ne voient aucun avenir pour eux dans le pays.

Ce livre est prenant mais assez lent, je n’ai pas vraiment pu m’en décrocher avant de l’avoir fini. Il m’a laissé une impression bizarre, surtout que je savais déjà en le lisant sur quoi déboucherait cette impression d’immobilisme, de fatalité presque, qui se dégageait du livre. Selon moi, beaucoup de thèmes sont traités avec justesse et apporte un éclairage sur ce qui a entraîné les émeutes du printemps arabes en Tunisie.

Et Shamrodia a lu l’excellent Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie !

En août, j’ai lu Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie. Ce roman de la célèbre militante féministe nigérianne raconte l’histoire d’Ifemelu, jeune femme qui, après 15 ans passés aux États-Unis, décide de retourner dans son pays maternel, le Nigéria.

Dans ce livre, la rédaction n’est pas linéaire elle est entrecoupée de nombreux flashbacks sur son adolescence, son arrivée en Amérique, ses premières galères, la difficulté de trouver un boulot, le rêve quasi impossible de la carte verte… Parallèlement, on suit aussi l’histoire d’Obinze, premier amour d’Ifemelu, grand admirateur de l’Amérique mais qui n’y rejoindra pas son amour. Au lieu de cela, il va aller à Londres, où il subira la vie d’immigré dans une Europe de moins en moins accueillante, sans jamais réussir à véritablement s’intégrer.

Americanah est tout d’abord une histoire d’amour, une belle histoire qui nous amène sur trois continents différents et sur deux décennies. Mais c’est surtout une œuvre qui parle d’échange, de diversité culturelle. Les différents modes de vie, les pratiques différentes d’un pays, d’un continent plutôt, à un autre. Avec en toile de fond un thème particulier, celui du dépaysement, de l’intégration ou du rejet. Le point essentiel sur lequel Adichie appuie est la problématique de la race et les différentes vues qu’on a sur celle-ci. Ce n’est pas pour rien que la quatrième de couverture s’ouvre par la phrase : « En descendant de l’avion à Lagos [ville nigériane], j’ai eu l’impression d’avoir cessé d’être noire. » L’autrice dénonce ainsi le racisme prégnant des États-Unis, où la redoutable hiérarchie sociale s’effectue par la couleur de la peau. Après des années difficiles, Ifemelu réussit enfin à « comprendre » la vie américaine et va dénoncer les problèmes raciaux dans un blog qui la lance sur la voie du journalisme. Ce qui est intéressant, c’est que quand elle rentre au Nigéria, son blog et ses revendications changent et elle va alors écrire sur la corruption et le clientélisme, problèmes structurels dans ce pays. Pendant ce temps, l’expérience d’Obinze à Londres nous en apprend un peu plus sur l’immigration et son rejet en Europe.

J’ai beaucoup aimé ce roman, qui d’une écriture fluide et simple nous raconte une vie, tout en soulevant des problématiques militantes qui ne sont pas sans nous rappeler le parcours et les combats menés par l’autrice elle-même. Les situations dénoncées aux États-Unis et à Londres sont très actuelles et criantes de réalisme, mais il m’a été un peu plus difficile de comprendre les problèmes nigérians, à cause de lacunes immenses sur l’histoire et le système politique de ce pays. Lacunes montrant très justement l’ethnocentrisme de notre culture et de nos centres d’intérêt, et qui prouve à quel point il est important de diversifier nos lectures et de lire plus souvent d’auteurices étranger·e·s.

ET EN SEPTEMBRE, ON LIT QUOI DE BEAU ?

Pour continuer dans les noms de thèmes mensuels en allitérations, nous passons ce mois-ci à « Sagas de septembre » ! Bien sûr, vous n’êtes pas obligé·e·s de lire tous les tomes de la série littéraire de votre choix, parce que certaines peuvent être très longues et que vous n’avez pas forcément le temps.

Néanmoins, voici quelques titres qui pourraient vous intéresser !

D’ordinaire, je tente d’intégrer pas mal de BD de tous types dans la liste de læcture. Ce n’est pas vraiment le cas ce mois-ci car la bande dessinée (sous toutes ses formes) était notre thème de juillet et que c’est encore tout récent.

Je suis contente d’avoir enfin pu conseiller Le Clan des Otori que j’avais d’abord mis en janvier jeunesse, mais que j’ai retiré suite à des remarques sur le contenu parfois violent. C’est une série de livres destinée à la jeunesse et rangée dans librairies/bibliothèques en jeunesse, d’où mon choix de l’avoir proposée en janvier. Mais il est vrai que quand on pense « livres jeunesse », on ne pense pas forcément au massacre d’un village dès les premières pages (oui, je vous préviens).

Sur ce, je vous souhaite de bonnes læctures et vous retrouve le mois prochain !