L’automne est arrivé puis est reparti pour quelques jours. Mais whatever the weather comme le dit la chanson, ce mois-ci, nous avons continué nos læctures sur le thème des (auto)biographies, certaines écrites par des hommes mais toutes portant sur des femmes !

VOUS AVEZ LU QUOI CHEZ SIMONÆ ?

Personnellement, j’ai lu les Mémoires de Farah Pahlavi (qu’on appelle Farah Diba en France). Il s’agit de l’épouse du dernier Shâh d’Iran, Mohammad Reza Pahlavi : elle y raconte sa jeunesse, son mariage avec le roi et les épreuves qu’iels ont traversées pendant son règne ainsi que la douleur de leur exil après la Révolution islamique de 1979.

Cette lecture ne m’a fait ni chaud ni froid, et j’ai eu besoin de beaucoup de temps pour la terminer. Je ne saurais pas expliquer cette indifférence, même si elle doit venir du fait que les quelques livres que j’ai lus et qui portaient sur cette période de l’Iran rapportaient des faits très différents de ceux que Farah Pahlavi narre ici. Par conséquent, difficile pour moi de croire sur parole tout ce qu’elle raconte et d’être vraiment touchée. Ne me prenez pas pour un monstre, je compatis quand même aux difficultés auxquelles elle a dû faire face, notamment son très difficile exil et la lente mort de son époux. C’est tout simplement que j’étais parfois dubitative face à son incompréhension du changement de mentalités en Iran concernant le Shâh : celle-ci me semblait étrange voire peu probable.

Après si vous êtes curieuxes d’avoir son point de vue et/ou que vous vous intéressez à l’histoire de l’Iran, c’est un ouvrage que je vous recommande tout de même avec le TW mort et maladie (cancer).

De son côté, Shamrodia a lu une biographie de l’artiste Camille Claudel :

En octobre, j’ai lu Une femme, Camille Claudel d’Anne Delbée. J’attendais avec impatience ce mois et son thème car j’adore lire des biographies, surtout à propos de femmes. J’ai dévoré les principales biographies de Stefan Zweig (que je recommande vivement) et dès qu’une figure féminine m’interpelle, j’essaie d’en acquérir la biographie. Je suis tombée sur ce livre dans la boutique-souvenir Grand Palais, à l’occasion du centenaire de Rodin. Ayant beaucoup aimé l’exposition qui lui était consacrée, et connaissant très vaguement sa compagne Camille Claudel, j’ai voulu en apprendre plus sur cette figure de femme mystérieuse, sculptrice un peu maudite.

Camille Claudel a été l’élève de Rodin, puis sa maîtresse. Leur relation a été passionnée et tumultueuse mais s’est arrêtée quand Claudel a voulu se libérer de l’influence du maître et voler de ses propres ailes. Malheureusement, sa condition de femme et son style très moderne l’ont empêchée de vivre de son art et de gagner en notoriété. Claudel a fini sa vie dans la misère, seule et abandonnée par ses proches dans un asile au fin fond du Vaucluse. De nos jours, bien qu’on reconnaisse petit à petit son talent, elle reste surtout connue comme l’élève et la maîtresse de Rodin.

Le livre d’Anne Delbée décrit bien ce sentiment de frustration, cette ombre omniprésente qui empêche Camille de se révéler complètement. Il faut dire que le sculpteur encensé par la critique a du mal à lâcher son emprise sur cette jeune fille, au départ muse et amante, puis amie talentueuse à laquelle il « pique » certaines idées pour sa propre célébrité. Le livre est écrit de manière très romancée, ce qui n’enlève pas sa rigueur historique vu qu’il est ponctué de plusieurs extraits de lettres écrites par la sculptrice à la fin de sa vie. Mais le ton employé par l’autrice rend le tout un brin trop mélodramatique, appuyant sur un pathos qui n’est clairement pas nécessaire dans une vie déjà si remplie de malheurs. C’est sûrement une opinion personnelle mais je préfère les biographies plus « académiques », qui cherchent à cerner le personnage le plus justement possible en se basant sur la documentation existante sans essayer de se plonger dans l’affect et les sentiments de l’héroïne. De plus, le débat sur son internement (injuste ou non ?) est traité de façon assez floue et m’a laissée un peu sur ma faim, moi qui espérait en découvrir les détails. Peut-être que la maladie mentale est encore trop taboue pour notre société pour être analysée et transcrite correctement ?

Quant à Paprika, elle a dévoré bien des biographies en BD :

J’ai tout d’abord lu Joséphine Baker de Catel et Bocquet qui comportent les TW et CW : pendaison, blackface.

C’est la première biographie dessinée du duo que je lis et j’en suis ressortie avec des questions plein la tête et une certaine distance imposée par le contexte des différentes époques traversées. La vie de Baker s’étale en effet sur tout le XXe siècle et il nous est impossible de partager intégralement son point de vue (l’œuvre a été conjointement écrite avec l’un de ses enfants) tant l’exotisation et la normalisation du racisme transparaissant dans sa carrière et son entourage sont flagrants.

Mais c’est là tout l’intérêt de cette biographie : elle semble être assez objective, sans intervention visible des auteurices qui ont une vision spécifique de leur époque, différente de celle de Baker dont iels écrivent la biographie. Baker, qui voyait la France comme son pays d’adoption parce que la ségrégation raciale n’y était pas pratiquée, et l’aimait comme un pays d’égalité, vivait dans un milieu d’artistes huppés et riches, au point de se faire soutenir par la princesse de Monaco durant sa propre pauvreté. Elle ne voit ni le racisme quotidien vécu par les classes populaires, ni le traitement inhumain infligé aux tirailleurs sénégalais pour qui elle chante durant la Seconde Guerre mondiale, ni la vie des Marocain·e·s lors de son séjour prolongé au Maroc, alors une colonie française.

Personnage hors du commun, personnalité et esprit très en avance sur son temps, Baker traverse le XXe siècle en dévoilant, dans cette biographie, sa joie de vivre et son opiniâtreté. Les auteurices nous offrent une vision de son combat contre le racisme tout en montrant les limites de sa lutte dans des sociétés alors ouvertement racistes et colonialistes.

Puis ce fut au tour de Adieu Kharkov de Mylène Demongeot, de Claire Bouilhac & Catel, qui comporte les TW : agression sexuelle, viol.

Mon libraire sachant me plaire, il m’a convaincue de prendre cette biographie moins connue de Catel en plus de celle sur Joséphine Baker. Si le nom de Mylène Demangeot ne résonne pas autant à vos oreilles, pas de panique : cette biographie retrace la vie de cette actrice française ainsi que celle de sa mère ukrainienne.

Récit difficile s’il en est, cette biographie retrace tout d’abord l’histoire de Claudia Trounbikova, la mère de Mylène Demangeot, alors qu’elle peine à survivre dans une Russie en pleine révolution puis en grande pauvreté, tout en étant entourée de parents abusifs et violents. Son indépendance, elle va l’obtenir en manipulant ceux qui l’entourent, comprenant très bien qu’elle n’aboutira à rien sans hommes puisque la société refuse de la reconnaître comme une personne à part entière. Il est dommage que la question du racisme ne soit pas abordée dans la partie du récit se déroulant à Shanghaï, alors même que les termes « russe blanche » apparaissent plusieurs fois. La ségrégation raciale est pourtant visible, les lieux que traverse Claudia étant uniquement fréquentés par des blancs. On ne trouve en fait qu’un court passage dans la BD alors que Claudia est encore enfant et qu’elle croise pour la première fois des personnes asiatiques (censément russes vu le contexte), qui rappelle une certaine séparation entre les peuples. Big up par contre à la mention des règles et de leur gestion, une première dans une BD de ma bibliothèque !

Il est donc question de choix de vie, de la difficulté de s’émanciper d’une tutelle masculine en tant que femme, de l’avortement clandestin au classisme et à la xénophobie de la société à travers le mariage. Mylène Demangeot est au second plan de cette biographie mais l’héroïne de Fantômas (oui oui, la version de Marais et De Funès) ne parle pas moins de sa propre liberté, gagnée à grands coups de coude dans les côtes du cinéma français, tout aussi abusif que les parents de sa mère. Elle aborde également sa relation difficile avec son mari et confronte ses vues sur l’amour, la sexualité, la sensibilité, avec une mère qu’elle ne souhaite que mieux connaître, incapable de comprendre sa dureté et son manque d’empathie. C’est un double récit de vie, une relation mère-fille et le choc de deux générations qui se déroule dans les cases expressives de Catel, aux couleurs un peu passées de Bouilhac.

Et enfin, je me penchai sur Une vie avec Alexandra David-Néel de Frédéric Campoy et Mathieu Blanchot.

J’avais quelques doutes à me mettre à cette lecture, du fait qu’elle est écrite et dessinée par deux hommes (oui je me méfie, à force), et parce que son héroïne, Alexandra David-Néel, me semblait être une femme courant après l’exotisme sous prétexte d’aventure.

La biographie est écrite grâce à sa secrétaire et amie, Marie-Madeleine Peyronnet, qui, suite à la mort de celle pour qui elle travaillait depuis près de dix ans, fit de sa maison un véritable musée consacrée à l’exploratrice. Le récit se découpe entre les flash-back historiques sur les voyages de Mme David-Néel et le temps présent avec Marie-Madeleine.

J’ai été quelque peu gênée par leur relation car j’y ai décelé des comportements abusifs, notamment des abus d’autorité d’une vieille patronne aigrie sur son employée naïve et qui ne sont aucunement remis en question dans la bande dessinée. Cependant, mes craintes sur l’aspect exotisant et raciste de sa vie se sont majoritairement dissipées. Reste que son appartenance au courant orientaliste fait tout de même grincer quelque peu des dents : la BD donne l’impression qu’elle s’intéresse en premier lieu à la culture tibétaine du fait de son exotique éloignement.

Alexandra David-Néel fut en effet la première Européenne à pénétrer et séjourner dans Lhassa, et fut également une pratiquante fervente du bouddhisme, sans en édulcorer les préceptes à la sauce européenne. Elle participa à faire reconnaître les richesses de certaines cultures asiatiques, notamment tibétaine, alors que le pays dépendait encore à l’époque de l’Angleterre.

On suit donc avec intérêt ses pérégrinations, souvent solitaires, et sa volonté de faire reconnaître le bouddhisme et les arts orientaux en France. On a malheureusement du mal à avoir une quelconque empathie pour ce personnage certes hors du commun, aventurière tenace et faisant fi des conventions sociales de son époque, mais si renfrognée et désagréable dans l’image qui nous est dépeinte.

La traduction du présent dans un noir et blanc tout droit sorti d’un film des années 1950 tend de plus à nous éloigner d’avantage de toute immersion dans l’œuvre, alors que les passages sur sa vie passée, en couleur, sont bien plus attrayants. J’ai fini cette lecture en deux tomes un peu frustrée, à cause du manque de cohérence de la chronologie de l’œuvre et de l’insistance faite sur les dernières années de l’écrivaine-aventurière plutôt que sur ses multiples voyages.

ET EN NOVEMBRE, ON LIT QUOI DE BEAU ?

Le thème de ce mois-ci est « Nouvelles de Novembre » : nous allons nous pencher sur les correspondances ainsi que les recueils de nouvelles écrites par des autrices, comme toujours. Retrouvons donc notre traditionnelle liste non-exhaustive de læctures !

Vous noterez que certains titres d’ouvrages ne sont pas très diversifiés…

C’est sur ces recommandations que je vous quitte. Je vous souhaite de bonnes læctures et je vous retrouve le mois prochain !