Bonjour à tou·te·s ! On se retrouve aujourd’hui pour faire un point sur nos læctures de Février et pour présenter comme toujours le thème du mois prochain et sa liste non-exhaustive !

Vous avez lu quoi chez Simonæ ?

Personnellement, j’ai lu Outlaw Culture de bell hooks, un livre écrit en anglais. Je l’avais déjà lu il y a quelques années et que j’ai eu un peu plus de mal à relire ce mois-ci, au point de ne pas l’avoir fini. Peut-être que je n’étais pas d’humeur à lire des essais, surtout après la claque Cent ans de solitude.

Néanmoins, cette compilation d’essais est très intéressante et s’attarde principalement sur les problématiques racistes et classistes dans la culture et le féminisme. Bien sûr, on touche à d’autre sujets, avec la critique d’autres œuvres ou autrices féministes (Camille Paglia, Naomi Wolf). Ça m’a permis de réaliser que oui, on a tendance à penser le féminisme et le sexisme à travers l’expérience des femmes blanches sans considérer les problématiques spécifiques aux femmes racisées et que, en tant que femme blanche moi-même, je ne faisais pas exception.

Il y a bien sûr des critiques à faire sur ce livre et sur bell hooks elle-même sans aucun doute avec notamment sa critique de l’apparence de Laverne Cox (lien en anglais), l’excellente interprète de Sophia dans Orange is the New Black, qui est une femme trans très féminine ; ou l’expression « dicks in drag » utilisée dans le premier chapitre de Outlaw Culture consacré à Madonna. Mais pour l’instant, je n’ai pas assez de recul et de connaissances pour vraiment le faire et je suis sûre que d’autres l’ont déjà fait et bien fait, surtout des concerné·e·s.

Ce livre reste quand même un livre qui m’a aidée à découvrir d’autres horizons féministes, d’autres problématiques liées au féminisme que je ne connaissais pas ou ne comprenais pas, et il demeure tout de même essentiel pour qui s’intéresse aux problématiques raciales et à l’afroféminisme.

Notez cependant que non seulement Outlaw Culture est en anglais, ce qui fait que tout le monde ne peut pas le lire, mais que hooks utilise également un jargon sociologique qui peut être difficile voire impossible à saisir pour qui ne s’y connaît pas. Ainsi, je le conseille surtout aux personnes avec un très bon niveau d’anglais et ayant déjà une bonne connaissance des termes utilisés en sociologie.

Ma collègue Petiteminipizza s’est penchée sur la bande dessinée consacrée à Olympe de Gouges, par Catel et Bocquet :

« Sur la quatrième de couverture, on peut lire cette citation attribuée à Olympe de Gouges (Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne) : « La femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits. La femme a le droit de monter sur l’échafaud ; elle doit avoir celui de montrer à la Tribune. » Ce roman graphique nous présente la vie d’une des plus illustres révolutionnaires françaises, qui fut également une des premières à se dresser pour les droits des femmes. En écrivant des pamphlets, des pièces de théâtre et des lettres ouvertes, Olympe de Gouges (ou Marie Gouze de son vrai nom) espérait changer la condition des femmes, mais aussi celles des Noir·e·s. Suite à ses prises de position tranchantes et – pour certains – suspectes, elle montera à l’échafaud, sans que l’isolement, la ruine ou la prison ne la fasse taire.

J’ai bien aimé ce roman graphique (beaucoup plus la partie BD que la partie texte pur, je dois l’avouer). Je pense que cet ouvrage peut être une bonne porte d’entrée pour découvrir des personnes féministes célèbres, l’autrice a d’ailleurs aussi raconté la vie de Kiki de Montparnasse et Joséphine Baker. »

Carmille_Na a, elle, lu Mona Chollet :

« Beauté fatale se présente comme une analyse des « nouveaux visages d’une aliénation féminine. » Le titre se suffit à lui-même. Il s’agit de montrer comment le culte de la beauté permet à la société hétéropatriarcale de dominer symboliquement et effectivement les femmes à travers une norme (imposée) de la féminité : sois belle et tais-toi. Mona Chollet réplique : ne vous sentez pas forcées d’être belles et dites-le. Son analyse se fonde sur la soumission des femmes à ce système qui les mène à ne plus posséder leur propre corps mais à en faire (inconsciemment ou non) un objet de marchandise.

Le premier chapitre traite de « l’injonction à la féminité » et montre comme cette féminité est en réalité une injonction à se faire belle et à devenir mère en s’appuyant sur une analyse de la série Mad Men. Ce qui est d’une efficacité redoutable dans ce livre, c’est qu’il allie les analyses sociologiques, culturelles et économiques avec des exemples clairs et précis pour démontrer sa thèse. Beauté fatale est une réflexion théorique sur un problème bien réel. S’il est par moment sans pitié envers les femmes qui jouent le jeu de ce système, il est surtout et avant tout une injonction à réfléchir. À se demander comment et pourquoi on en est arrivé là. Elle nous invite à nous demander comment l’obsession féminine d’être belle a remplacé petit à petit notre volonté d’être. Que vouloir être éternellement mince et sexy (mais pas trop) n’est pas un fait advenu mystérieusement auquel des femmes se sont soumises sans se poser de questions.

Il y a deux remarques que l’on pourrait faire.

Lorsque Mona Chollet parle « d’affaiblissement du mouvement féministe » à plusieurs reprises, pour en faire une des causes de la perpétuation de ce système patriarcal, il est difficile de ne pas s’arrêter et de se demander de quel mouvement féministe elle parle. Ce qui est qualifié parfois de quatrième vague de féminisme s’intéresse bel et bien aux questions du corps et à ses liens avec la domination masculine, notamment hétérosexuelle. Ce qui nous amène à la deuxième remarque, le point de vue est hétérocentré. Il ne s’agit pas de parler de l’autrice, mais des analyses. Il n’est jamais envisagé de vouloir être belle pour d’autres femmes. Ou de ne pas aimer les hommes. Que faire de ces femmes qui aiment d’autres femmes dans ce contexte ? Elles sont bien sûres femmes, donc soumises qu’elles le veulent ou non au « male gaze » mais elles ne souhaitent pas être désirables dans leur existence par ceux-ci.
La lecture de cet ouvrage est indispensable pour éclairer les nombreux phénomènes qui permettent de contrôler les femmes, en jouant sur leur rapport à leur corps. C’est en créant une relation de haine-amour que ce processus misogyne peut continuer d’exister. Il n’y a évidemment pas de solution magique pour s’en sortir. Dans le fond le problème qui se pose est celui de l’être et du paraître, et le problème peut sembler insoluble. Existence ou apparence ? Mona Chollet conclut qu’il « n’y a aucun mal non plus à vouloir être. »

Quant à Shamrodia, elle a également lu du bell hooks :

« En Février, j’ai lu Feminism is for Everybody: Passionate Politics de bell hooks, un livre écrit en anglais. Ce livre était depuis quelque temps dans ma liste d’essais féministes à lire et disponible à l’emprunt à la bibliothèque de mon université, conditions idéales. Je l’ai lu assez rapidement, il faut dire qu’il est très court (une centaine de pages tout au plus) et bien écrit, très clair et synthétique.

C’est d’ailleurs le but de ce livre, expliqué dans l’introduction par hooks : un point de départ, une introduction aux théories féministes pour les néophytes intéressé·e·s mais ne sachant pas où et comment commencer. Avec ce livre, une sorte de féminisme 101, hooks essaie d’introduire les principaux éléments et thèmes centraux du mouvement, de façon claire et accessible. Elle veut ainsi se démarquer de l’attitude souvent élitiste des féministes académiques, et permettre au « grand public » de rencontrer la théorie et les revendications féministes directement, en laissant de côté les préjugés misogynes et anti-féministes des médias traditionnels. Cet objectif est à mon sens atteint, hooks essayant de balayer la plupart des grands débats et thèmes féministes en consacrant un chapitre à chacun. Avec son faible nombre de pages et sa vocation à être une porte d’entrée aux théories féministes, ce livre est parfait pour les personnes ne s’y connaissant pas trop et voulant aborder le féminisme sans s’endormir devant des thèses académiques assez obscures et peu lisibles.

Si comme moi vous êtes habitué·e·s à lire des essais féministes et cherchez à approfondir vos connaissances, ce n’est pas le meilleur choix : les thématiques sont abordées très rapidement et l’autrice n’a pas vraiment l’espace pour approfondir ses propos. Toutefois, n’étant pas sûre qu’il existe une traduction française, c’est un très bon livre pour s’entraîner à lire en anglais ! Le style est facile à comprendre, si ce ne sont les termes spécifiques au mouvement, et il se lit très vite. »

Enfin, Paprika s’est penchée sur la prostitution actuelle en France :

« Vous aimez la philosophie et n’avez pas peur d’attaquer un sujet qui fâche ? Je vous conseille alors de lire l’ouvrage de Lilian Mathieu : Prostitution, quel est le problème ? Elle y aborde le travail sexuel sous trois optiques : celle du désir, du consentement et de la vente du corps des femmes. L’idée étant non pas de proposer la solution sur la prostitution mais de donner des clés de réflexion pour aborder la question de manière complète, en étudiant les points de vues essentialistes et contextualistes, auquel Mathieu se rattache.

L’autrice prend partie et le texte se veut clairement militant dans ses rapports à la politique sociale française. Elle choisit de s’appuyer sur les philosophies anglo-saxonnes, beaucoup plus avancées que leurs consœurs françaises à ce sujet, et tente de « cerner ce qui pose problème dans la prostitution par un double exercice d’apparentements et de contrastes ». La xénophobie, le racisme et dans une certaine mesure, le classisme, font donc partie intégrante des réflexions. La limite du texte se délimite par son aspect très théorique, pouvant paraître quelque peu éloigné des trottoirs sur lesquels travaillent ces femmes chaque jour.

Particulièrement engagé, l’essai reste assez accessible, si les longues phrases d’universitaires ne vous rebutent pas et si vous possédez déjà quelques notions de philosophie. Pas la lecture la plus fun de l’année, mais des points de vue qui nous font réfléchir quant à la condition des prostituées en France, leur vécu et leur situation actuelle. Gros avantage de l’oeuvre : elle a été édité en 2016 et prend donc en compte la loi « renforçant la lutte contre le système prostitutionnel » (aussi appelé loi anti-prostitution) votée en avril 2016. »

Et en Mars, on lit quoi de beau ?

Le thème du mois prochain est … « Mars Attacks ! » (merci Luna pour ce jeu de mots merveilleux) : on va lire des autrices qui ont touché à l’étrange, à la magie, à l’impossible … Science-fiction, fantasy et fantastique sont nos genres à l’honneur en Mars !
Certaines œuvres citées ici seront de retour dans d’autres listes de lecture, puisque certains thèmes de ce club de læcture se font écho ou peuvent être cumulés (jeunesse et BD par exemple, ou fantastique et horreur).

Voici donc nos quelques propositions de lecture, avec une nouvelle fois un peu de bandes dessinées !

Dans mon cas, je pense me pencher sur un autre livre de Claire North, Touch, et peut-être relire Les quinze premières vies de Harry August ! N’hésitez pas à dire en commentaires si il faut rajouter des CW ou TW sur certains titres.

Je vous souhaite à tou·te·s de bonnes læctures, et rendez-vous fin Mars !

Bisous fraise-mangue sur vous !