Pour le Club de læcture, février était placé sous le signe du féminisme et des essais ! Nous avons donc (re)lu des textes incontournables qui ont contribué à fonder cette pensée, sans aucun homme cisgenre parmi les auteurices, comme à notre habitude.

Vous avez lu quoi chez Simonæ ?

Wanderingfowl

Ce mois-ci, j’ai d’abord lu De l’égalité des hommes et des femmes, de Marie de Gournay. Il est difficile à lire en vieux français, mais plusieurs bonnes traductions existent. Dans cet essai, l’autrice réfute la théorie selon laquelle les femmes sont « naturellement » inférieures aux hommes, qui prédomine au XVIIe siècle. Oser affirmer haut et fort que la femme est l’égale de l’homme dans la société de son temps me laisse béate d’admiration. Marie de Gournay a en plus le remarquable courage de commencer par une adresse à la reine, ce qui est… culotté. Une citation m’a particulièrement marquée : « Gens plus braves qu’Hercules vrayement, qui ne desfit que douze monstres en douze combats ; tandis que d’une seule parolle ils desfont la moitié du Monde » (Ces gens [les personnes remettant en cause l’inégalité des sexes] sont en réalité plus courageux qu’Hercule, qui a seulement vaincu douze monstres en douze combats, alors qu’en une parole ils vainquent la moitié du monde).

Ensuite, j’ai relu Une chambre à soi, le très célèbre essai de Virginia Woolf. Au début du XXe siècle en Angleterre, les femmes n’étaient pas vraiment invitées à l’écriture : en plus de tout le temps dédié aux enfants et à la gestion du ménage, elles étaient constamment rabaissées par leurs collègues masculins. Pourtant, l’autrice entend bien contredire ces principes et dégage deux conditions nécessaires pour permettre à une femme d’écrire : une pièce qui ferme à clef dans laquelle s’enfermer pour écrire sans être dérangée, et « quelque argent ». Cela fait écho à la question du vote des femmes en Angleterre, qui était possible seulement si la femme était propriétaire.

Je me suis ensuite plongée dans la lecture de Trouble dans le genre de Judith Butler. Il est très ardu d’entrer dans l’œuvre, mais la présentation faite dans l’édition La Découverte aide à comprendre les bases qui ne sont que survolées par l’autrice. Partant de là, je me suis sentie un peu mieux équipée pour la suite, à savoir le questionnement de ces bases et leur approfondissement. J’avoue ne pas avoir tout compris, loin de là, mais de ce que je peux en dire, Judith Butler remet en question l’idée de genre dans le féminisme au moment où l’on réalise qu’il n’est pas nettement binaire. Elle commente également de nombreuxes auteurices comme Monique Wittig, Julia Kristeva ou Michel Foucault. Une fois que l’on a déblayé le jargon, l’autrice émet des idées intéressantes et encore d’actualité : ça vaut le coup de s’accrocher.
Agathe

En février, j’ai lu Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir. Bien que la publication de ce texte date de 1949, le contenu est toujours très actuel ! L’autrice analyse les fondements de la société patriarcale, à travers les mythes, les sciences, la religion et la littérature. Elle condense des millénaires d’oppression des femmes et les explications fumeuses qui leur ont été opposées. C’est un livre très intéressant, à lire cependant en gardant en mémoire le contexte d’écriture, car plusieurs problématiques reliées à l’oppression des femmes ne sont pas évoquées, telles que le racisme ou l’islamophobie.

J’ai également lu Les Gros Mots : abécédaire joyeusement moderne du féminisme, par Clarence Edgard-Rosa. Ce livre a été une très bonne surprise ! J’avais peur que le format dictionnaire, avec une courte définition pour chaque mot, soit réducteur et passe à côté de l’essentiel. Il n’en est rien ! L’autrice s’exprime de manière concise et juste, en renvoyant à des sources plus complètes pour les sujets vastes, tels que la culture du viol ou le sexisme intégré. Le format est décidément une bonne surprise étant donné que la taille de chaque paragraphe permet une lecture rapide.

TW viol/violences
Enfin, j’ai lu King Kong Théorie de Virginie Despentes. Cet essai m’a fait l’effet d’une énorme claque. Je l’ai lu d’une traite malgré la dureté du propos. Virginie Despentes réunit pêle-mêle les injonctions faites aux corps des femmes et personnes perçues comme femmes dans un violent réquisitoire. Le vocabulaire est très cru et les propos très durs. J’ai beaucoup apprécié cette lecture parce que l’autrice aborde de manière frontale des sujets souvent tabous. Alors que le viol est toujours mentionné en demi-teinte dans la littérature en général, que ce soit pour blâmer la victime ou l’agresseur, ici, elle revendique haut et fort son statut de femme violée. Elle n’en minimise pas l’impact sur sa vie, mais refuse qu’uniquement son viol la définisse. C’est un très bon essai, que je déconseille cependant aux personnes sensibles à cause de son effet électrochoc.
Maëlys

J’ai dévoré Adolescences Lesbiennes de Christelle Lebreton. Dans ce livre, on découvre des témoignages de jeunes lesbiennes et bisexuelles québécoises, qui nous parlent du cheminement vers la découverte et l’acceptation de leur sexualité. Christelle Lebreton recoupe ces témoignages par thèmes, et nous permet d’explorer et de comprendre les difficultés rencontrées par ces personnes, dans un monde où la présomption d’hétérosexualité et l’hétérosexisme les poussent à invalider leurs propres désirs et les obligent à se construire une sexualité d’une manière beaucoup plus complexe que leurs ami·es hétérosexuel·les. Attention cependant, les récits peuvent être très durs, et sont évoqués des sujets tels que l’homophobie, l’automutilation, le suicide ou encore la manipulation psychologique. Le début est un peu plus difficile à la lecture, mais celle-ci devient beaucoup plus fluide lorsque les citations des témoignages arrivent. Je conseille en tout cas énormément ce livre, peu importe votre genre ou votre orientation sexuelle !

Et vous, qu’aviez-vous choisi de lire en ce mois de février ? N’hésitez pas à poster vos critiques en commentaires !

Et en mars, on lit quoi ?

Pour célébrer le retour prochain des beaux jours, nous vous proposons d’entrer dans une parenthèse Printemps poésie, et toujours de vous joindre à nous sur les réseaux sociaux avec #læcture !

  • Sylvia Plath – Ariel
  • Emily Jane Brontë – Poèmes
  • Andrée Chedid – Par delà les mots
  • Rupi Kaur – Lait et Miel
  • Marie Uguay – Poèmes
  • Emily Dickinson – Une âme en incandescence
  • Anna Akhmatova – Requiem
  • Louise Labé – Œuvres poétiques
  • Marina Tsvetaïeva – Le ciel brûle
  • Maya Angelou – Poèmes
  • Alejandra Pizarnik – Œuvres Poétiques
  • Joyce Mansour – Cris/li>

Bonne læcture à tou·te·s !