Une nouvelle année commence et, avec elle, une nouvelle édition du club de læcture ! Fibromagique ayant passé les rênes à vos dévouées Shamrodia et Wanderingfowl, nous espérons que cette année sera remplie de bonnes lectures et de découvertes littéraires.

Vous avez lu quoi chez Simonæ ?

Ce mois-ci, nous avons lu des recueils de nouvelles, car qui dit janvier dit « Nouvelle » année et, avouons-le, le format court est parfait pour se remettre dans le bain après des vacances paresseuses bien méritées !

Shamrodia
J’ai pour ma part lu deux recueils de Yoko Ogawa, La Mer et Tristes Revanches. Je ne connaissais pas cette autrice japonaise et j’ai beaucoup aimé sa manière d’écrire, emplie de simplicité et de poésie. Les deux recueils sont très différents. Dans La Mer, les nouvelles décrivent des situations assez simples, de la vie quotidienne. Dans ces récits, pas de chute surprenante, pas de rebondissements exaltants ; mais des récits de vie, empreints de nostalgie et de petits détails qui nous rapprochent des personnages.
À l’inverse, Tristes Revanches se lit comme un tout, car chaque nouvelle est reliée à la suivante. J’ai beaucoup aimé ce principe car cela montre bien comment les vies s’entremêlent dans l’immense puzzle qu’est la vie. Chacun·e est l’héro·s·ïne de sa propre histoire, tout en étant figurant·e dans l’histoire des autres.
Les récits sont aussi beaucoup plus sombres, voire carrément morbides. Mais le rapport avec la mort n’est jamais exposé de manière totalement crue, ou horrifiante. Des pages s’échappe une certaine fascination envers la mort, surtout dans le récit de la maroquinerie (qui est sans hésiter mon préféré).
Je suis vraiment contente d’avoir lu cette autrice, cela m’a donné envie de lire ses autres ouvrages et aussi de m’initier à la littérature japonaise.

Wanderingfowl [TW : mention de morts] De mon côté, j’ai commencé par lire Infidélités, un recueil de six nouvelles écrites par Vita Sackville-West. Même si ces nouvelles sont très différentes les unes des autres, elles sont liées par un thème, celui de l’infidélité dans la vie amoureuse et familiale. La première, « Son fils », m’a beaucoup marquée, tant à travers l’ambiance sereine qui se dégage des premières pages que par la désillusion de Mrs Martin, que l’on sent inéluctable parce que tout semble aller trop bien. De façon assez cruelle, je l’avoue, j’ai été fascinée par la punition de « Justice » et par la triangulation amoureuse de « Liberté ».
Une fois encore, j’ai beaucoup aimé le style de Vita Sackville-West que j’avais déjà perçu dans ses correspondances avec Virginia Woolf : elle décrit admirablement la nature et les sentiments humains, tout en justesse et en fluidité.
Évidemment, je ne m’attendais pas à des nouvelles résolument joyeuses après avoir lu le titre, mais c’est une véritable ode à la tristesse et à l’échec de l’amour. Évitez de vous lancer dans cette lecture si vous êtes dans une mauvaise période en revanche.

J’ai aussi lu les Nouvelles orientales de Marguerite Yourcenar. Au départ, j’avoue avoir eu du mal à entrer dans l’univers inhabituel du recueil mais, après quelques recherches, j’ai découvert que c’était tout à fait normal : il faut s’accrocher. Les nouvelles sont mystérieuses, les phrases longues et complexes, les têtes tranchées étonnamment nombreuses. Pour être dans de bonnes conditions, je vous recommande un silence complet, du temps et de la persévérance. Toutes les nouvelles ne m’ont pas plu, mais dans ce cas, pas d’inquiétude : on essaie la suivante et on revient sur celle qui coince à un autre moment.
Ces difficultés de lecture mises à part, j’ai découvert plusieurs petits bijoux : « Comment Wang-Fô fut sauvé » et « Notre-Dame-des-hirondelles » m’ont particulièrement plu par exemple. L’univers orientalisant et mythologique est très marqué : il y a des légendes, des nymphes, des déesses, des Néréides, et une réflexion sous-jacente sur l’éphémère et le sublime.
En revanche, certaines font faire la grimace, dérangent et laissent perplexe, comme « Le Lait de la mort » ou « La Fin de Marko Kraliévitch ». Un bilan en demi-teinte, donc, pour un recueil assurément… singulier.

Paprika [CW : gaslighting, harcèlement moral, viol] J’ai dévoré, quasiment d’une traite, les nouvelles de Chimamanda Ngozie Adichie, Autour de ton cou. Je n’avais auparavant lu d’elle que ses essais, mais je suis conquise par son écriture (en espérant que la traduction française soit fidèle à la version originale). La majorité des nouvelles suit une femme nigériane, à chaque fois différente, immigrée aux États-Unis ou vivant au Nigéria, qui se lève contre l’ordre établi. L’ensemble dresse un tableau vibrant du pays et de sa diaspora tout en donnant à læ lecteurice les clés pour s’identifier aux personnages, pour ressentir une grande empathie à leur égard. La traduction présente par ailleurs l’intérêt de conserver certains mots de langues nigérianes, notamment en ibo, afin de ne pas perdre l’importance de la différence entre l’anglais nigérian et l’anglais américain. J’y ai aussi vu un témoignage fort, surtout pour les personnages immigrés, à qui on demande de renier leur culture, de littéralement se fondre dans la masse blanche. Cela nous aide, en tant que non-racisé·e·s, à mieux comprendre nos privilèges.

Et en février, on lit quoi ?

Pour le mois de février féministe, nous vous invitons à nous rejoindre sur les réseaux sociaux avec #laecture et à lire des essais sur le féminisme. Comme d’habitude, voici une liste, loin d’être exhaustive, pour vous donner des idées   :

Bonnes lectures !