Marguerite est une jeune femme de 27 ans. Tous les matins à 7h30 elle part travailler, le soir elle rentre chez elle, dans l’appartement qu’elle partage avec son petit ami et ses animaux.

Mais depuis toujours, elle se sent en décalage avec celleux qui l’entourent. Elle lutte pour se fondre au mieux parmi les autres, pour sauver les apparences. Mais elle a beau essayer de faire comme les autres, on s’autorise toujours à la juger, à lui renvoyer du négatif dès qu’elle agit différemment de la masse.

Alors Marguerite commence à se questionner, quelle est cette différence qui la distingue de celleux qui l’entourent?

La Différence Invisible est une bande dessinée de Julie Dachez et Mademoiselle Caroline, publiée au mois d’août dernier aux éditions Delcourt.
Elle relate le voyage de Marguerite qui va être diagnostiquée Asperger.

On y découvre sa vie quotidienne, l’importance de ses routines, ses stratégies d’adaptation, l’incompréhension des gens face à sa façon de vivre.

Celleux qui l’entourent prennent souvent sa différence pour un manque d’intérêt, un affront personnel, un manque de motivation. Au lieu de l’accepter comme elle est, elle est jugée en permanence, rabaissée, parfois à la limite de l’humiliation.

Alors Marguerite en a marre, et commence à chercher d’où vient cette différence. Très vite, elle tombe sur des témoignages de personnes autistes dans lesquels elle se reconnaît. De là s’enchaînent des rendez-vous avec des personnes du corps médical, des recherches, et finalement, le diagnostic.
La libération.
En sachant qui elle est, Marguerite n’a plus peur d’être différente, elle peut désormais poser un mot sur ce qui l’a tenu dans cette situation pendant toutes ces années, et agir en fonction.
On y voit tout un parcours, de l’avant à l’après diagnostic, du voyage intérieur de Marguerite aux réactions de celleux qui l’entourent.

La différence invisible

 

La Différence Invisible est une des plus belles bd qu’il m’ait été donné de lire cette année. C’est un véritable souffle, une respiration.
D’un point de vue pédagogique, on y apprend énormément de choses sur Asperger (il y a notamment toute une section à la fin avec des explications et une liste de ressources extérieures pour approfondir).
Cette bande dessinée apporte aussi une vision de l’autisme qui n’est pas forcément celle qu’on côtoie tous les jours. Une vision positive, Marguerite vit son diagnostic comme une libération, ce que son petit-ami ne comprend pas, après tout, “autiste” c’est péjoratif non ?
Non.
Pour Marguerite, être diagnostiquée autiste c’est enfin pouvoir comprendre qui elle est, rencontrer d’autres personnes comme elle, apprendre qu’elle a le droit de respecter qui elle est, et ses limites. Et réussir à forger sa vie comme elle l’entend.
On doit quand même souligner que cette BD ne représente que la vie de l’autrice. En effet, il y a autant d’autismes que d’autistes et elle ne parle que de son propre ressenti.

Dessin de Marguerite, tranquillement installée avec ses chats et son chien

Dessin de Marguerite, tranquillement installée avec ses chats et son chien

D’un point de vue personnel, c’est ce livre qui m’a fait réaliser que j’avais le droit d’être comme je suis. Je n’ai pas le même parcours que Marguerite, je n’ai jamais été diagnostiquée de quoi que ce soit, mais je me suis énormément retrouvée dans certaines des situations présentées. On a le droit d’avoir ses propres limites, qui ne sont pas forcément celles qu’ont les autres. On peut être différent et ne pas culpabiliser de l’être.
Le récit est beau, touchant. Le dessin est aussi très juste et retranscrit parfaitement les émotions évoquées.
En résumé, je ne peux que vous conseiller de courir chez votre libraire pour vous procurer cette magnifique bande dessinée..