Le monde de la musique est bien tristement souvent une affaire d’hommes cis, toujours prompts à rabaisser et douter des talents des femmes ou des minorités de genre qui souhaitent s’y exprimer. Cette interview est la première d’une série sur des musiciennes indépendantes et résolument féministes que nous souhaitons faire découvrir, dans leur pratique musicale comme dans leur discours sur le milieu.

Peux-tu te présenter rapidement pour nos lecteurices ?

Je m’appelle Camille alias Berlin Disaster. Je suis parisienne d’origine mais je vis à Berlin depuis deux ans. Je suis DJ, j’organise des soirées (pour l’instant toujours avec des line-ups 100% féminins) et je travaille à l’organisation de workshops pour apprendre aux femmes et aux personnes LGBTQ+ à mixer.

Comment as-tu commencé à faire de la musique ?

J’ai mixé la toute première fois en 2008 ou 2009. J’allais toujours dans le même club de rock indé lors de ma première année à Münster en Allemagne où j’ai étudié. J’ai un jour donné un CD gravé au DJ résident en lui disant qu’il était plein de morceaux bien qu’il n’avait jamais passé. Quelques semaines après, il m’a proposé de jouer toute la nuit en B2B avec l’autre DJ résident. Ensuite, de retour à Lille pour poursuivre mes études, j’ai commencé à organiser des soirées et donc à mixer en ouverture ou à la fin et à jouer de temps en temps avec quelques copains aussi producteurs d’évènements.

J’ai fait une longue pause de 2012 à 2015, et je m’y suis remise sérieusement début 2016, cette fois en jouant des sons plutôt hip-hop ainsi que de la musique latino-américaine et africaine, et de la club music un peu plus électronique.

Qu’est-ce qui t’as motivé à en faire plus qu’un hobby, à aller vers la performance publique, à en faire une source de revenu ?

Pour l’heure, ça reste largement un hobby pour moi dans le sens où je ne vis pas du DJing, et je ne souhaite pas être dépendante financièrement de cette activité. En revanche, il est vrai que cela me prend environ 1/3 de mon temps à côté de mes activités de consultante digitale et de journaliste-pigiste.

Je me suis décidée à m’y remettre sérieusement cette année en partie afin de contrer la domination des DJs masculins dans la scène berlinoise, et aussi tout simplement parce que j’aime beaucoup les clubs et que cela me manquait de faire danser les gens !

As-tu des modèles dans le milieu musical,
des personnes que tu trouves inspirantes ?

The Black Madonna, définitivement ! C’est une DJ américaine plutôt house dont je suis totalement fan – notamment parce qu’elle s’engage énormément pour le féminisme et qu’elle profite de sa notoriété pour parler des sujets qui fâchent.

Je suis aussi fan des filles derrière le collectif new-yorkais Discwoman, la chanteuse, DJ et productrice de New Jersey Uniiqu3, la productrice et DJ norvégienne Svani et Mina qui mixe et produit aussi de la musique et est basée à Londres.

Comment lies-tu ta pratique musicale et ton féminisme,
quelle place cela prend pour toi ?

Ma démarche est totalement féministe à mon sens. Toutes les soirées que j’ai organisées à Berlin ont eu un line-up 100% féminin, j’essaie d’être aussi disponible que possible pour aider d’autres filles à apprendre à mixer – et je finalise actuellement la préparation d’un workshop pour apprendre aux femmes et LGBTQ+ à mixer (un projet qui me tient à cœur et que j’essaie de réaliser depuis des mois maintenant). Par ailleurs, j’ai tendance à jouer beaucoup de morceaux produits ou chantés par des femmes, je fais souvent des mixtapes 100% fille et je suis membre de plusieurs collectifs de DJ féminins comme female:pressure ou encore SISTER.

C’est quelque chose de capital pour moi puisque l’hégémonie des hommes cis dans la musique a assez duré et n’est absolument pas justifiable. Je déteste voir si peu de filles dans les cabines de DJ, j’en ai marre d’entendre que nous sommes moins bonnes que les mecs et j’ai envie de soutenir les autres DJs que je connais.

 

img_4174As-tu la sensation d’être traitée particulièrement dans le milieu musical par rapport à ton genre ?

Pour être honnête, je m’en sors bien jusqu’à présent, mais c’est parce que je joue souvent à des soirées que j’organise moi-même, ou des soirées organisées par des gens queer ou d’autres femmes – ça facilite pas mal les choses !

En revanche je sais que je suis plus dure envers moi-même et que j’ai tendance à douter de mes capacités assez souvent, alors que la plupart des gens ne remarquent pas les aspects techniques d’un DJ set et que je suis certaine que les mecs ne se remettent pas autant en question.

 

Qu’est-ce qui te plaît, que tu cherches à faire avec la musique ?

J’aime dénicher des morceaux (et surtout des remixes) improbables et trouver de jeunes producteurs et les soutenir en passant leur musique. Je pense avoir une vision assez simple de la musique : je veux faire danser les gens, les amuser et leur faire découvrir de nouvelles choses. Je n’essaie pas forcément de passer un message, à par celui d’un certain féminisme.

 

Où peut-on te suivre ?

Sur Facebook, Twitter, Soundcloud et Instagram 🙂

 

Un mot de la fin ?

Je meurs d’envie de rejouer à Paris *wink wink*

BerlinDisaster animera un workshop inclusif présentant notamment les bases du DJing à Berlin le 22 novembre, n’hésitez pas si vous êtes dans le coin !
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