The Young Lady (en V.O. Lady MacBeth) est un film dramatique britannique sorti ce 12 avril 2017. J’avais vu le trailer fin 2016 et j’avais été piquée dans ma curiosité : j’ai eu l’occasion de le voir avec des ami·e·s à Paris en avant-première le 7 avril.

L’histoire est la suivante : Katherine est mariée à un homme qui a deux fois son âge ; elle vit dans la campagne anglaise, en 1865. Son mariage arrangé est malheureux et sa vie n’est guère gaie : son mari et son beau-père l’ignorent, la maltraitent. Katherine étouffe dans cette atmosphère sexiste et patriarcale. Elle décide alors de prendre sa revanche… Cela commence en tuant le père de son mari qui n’a de cesse de la juger, surtout qu’il sait que Katherine a une liaison avec le palefrenier. Mais la jeune femme compte-t-elle s’arrêter là, alors que les rumeurs persistent et qu’elle souhaite plus que tout vivre sa vie comme elle l’entend, loin de ces conventions sexistes étriquées ?

Ce n’est pas un film qui emballe à première vue : un film historique, en quasi huis-clos, avec un climat très austère, encore une histoire de femme qui trompe l’ennui et son mariage malheureux par une relation extra-conjugale.

Je n’ai pas adoré le film, mais je l’ai tout de même beaucoup aimé.

Florence Pugh, qui joue Katherine, est absolument magistrale. Tout en retenue et classe, elle incarne à merveille ce personnage de jeune Lady qui souhaite s’affranchir des règles établies et vivre sa vie et son amour au grand jour. Les autres acteurices sont aussi très bons, notamment Naomie Ackie qui joue la suivante de Katherine, Anna.

Certes l’histoire de départ a sans doute un sentiment de déjà vu mais elle est bien écrite et conduite. Contrairement à Madame Bovary, on voit Katherine être aux commandes de sa vie et faire ce qu’elle croit bon pour elle et son futur souhaité, même si cela doit passer par le meurtre. Le fait de voir une jeune femme prendre sa revanche sur les hommes qui l’oppressent a quelque chose de cathartique au vu du sexisme ambiant toujours actuel.

J’ai vraiment adoré le personnage de Katherine : elle passe de jeune femme dont on a pitié à une femme froide dont les actes sont cruels et qu’on a du mal à excuser, surtout dans les dernières minutes du film. Mais on peut comprendre pourquoi elle le fait, et elle est bien écrite et si bien interprétée (je ne le dirai jamais assez) que je l’ai tout de même adorée. L’histoire est en crescendo constant, avec une fin qui peut en laisser certain·e·s perplexes, mais qui m’a personnellement beaucoup plu.

Le film dure environ une heure trente et il a un rythme plutôt inégal. Il y a des moments très contemplatifs, voire longuets, et d’autres où l’on voit et reçoit beaucoup d’informations. Les passages plus « actifs » valent largement la peine d’attendre ou d’avoir un moment de flottement. Paradoxalement, The Young Lady se révèle être un film drôle. Ne vous attendez pas à une série de sketchs qui frisent la parodie. Il y a des moments et répliques très ironiques voire absurdes comme le gros plan inattendu sur le chat de Katherine alors qu’iels mangent l’un en face de l’autre. On peut même trouver des moments où on rit au détriment des personnages, parfois même d’une façon un peu cruelle, comme lors du meurtre du beau-père de Katherine (qui le mérite bien néanmoins).

En plus de la beauté du jeu des acteurices (j’ai tellement aimé Florence Pugh, c’est une des plus belles performances que j’aie vues), les décors – qu’ils soient intérieurs ou extérieurs – sont magnifiques. Je regrette d’ailleurs que l’on voie si peu la nature autour du manoir. J’ai aussi été servie au niveau des tenues de Katherine, dont une superbe robe bleue (celle de l’affiche du film). La façon de cadrer et la photographie m’ont aussi beaucoup plu car elles restent très belles tout en respectant l’atmosphère austère du film et de l’histoire.

Une autre chose que je regrette avec ce film, au-delà du rythme inégal, c’est l’histoire d’amour (et surtout de fesses) avec Sebastian, le palefrenier, qui m’a semblé sortir de nulle part. Quand Katherine rencontre son amant pour la première fois, c’est pour le réprimander suite à un acte plus que blâmable. De plus, leur première fois n’est pas mutuellement consentie : il s’invite dans ses appartements et refuse de partir quand elle le lui ordonne. À mes yeux et à ceux de mes amis, ces débuts douteux ne font que rendre bancale voire peu réaliste cette histoire d’amour.

Bien d’autres critiques sont à faire sur The Young Lady, notamment concernant les personnages de couleur et leur traitement, mais cela spoilerait le film et je ne veux pas dévoiler l’intrigue plus que nécessaire. Si vous vous décidez à voir ce film, sachez cependant qu’il comporte un TW majeur : infanticide.

The Young Lady est une histoire de vengeance sur le patriarcat et les contraintes qui pèsent sur une jeune femme. Malgré son ancrage dans le passé, les luttes de Katherine et son besoin de revanche et d’émancipation restent très actuels. C’est le genre de personnage et d’histoire que j’aimerais voir plus souvent à l’écran et malgré ses défauts, ce film m’a fait passer un bon moment et c’est l’un de mes coups de cœur de l’année 2017.