Nous sommes le 27 mai et c’est aujourd’hui la Journée nationale de la Résistance. Pourquoi le 27 mai ? C’est la date à laquelle Jean Moulin a créé le Conseil national de la Résistance pour organiser le mouvement contre l’Occupation nazie en France.

On peut citer un certain nombre de résistants masculins car c’est d’eux dont on parle majoritairement, notamment dans nos cours d’Histoire. Ce que l’on sait moins, c’est qu’il y a eu des grandes figures féminines de la Résistance française. L’histoire les a passées sous silence car il n’y a pas eu beaucoup de recherches à leur sujet. De plus, l’Histoire a malheureusement une portée politique et est écrite le plus souvent par des hommes : deux raisons qui font que les femmes n’ont généralement pas la place qu’elles méritent. Savez-vous que seules 6 femmes sont faites compagnonnes de la Libération à la fin de la guerre pour 1 030 hommes ? En ce jour de souvenir de la Résistance, nous allons vous présenter des portraits de femmes résistantes qui ont œuvré pour libérer la France.

I – Quand on cherche très (trop) longtemps,
il y a des femmes résistantes restées dans l’histoire…

Violette Szabo

Violette Reine Elisabeth Bushell est née le 26 juin 1921 à Levallois-Perret (France). Sa mère est française et son père anglais. Elle retourne vite en Angleterre après sa naissance. En 1940, lors d’un dîner, elle rencontre son futur époux et devient Violette Szabo. Son mari, Étienne, fait partie de la légion étrangère et iels sont séparé·es un an tout juste après leur rencontre. En 1941, elle devient opératrice de tir dans l’armée et en 1942 naît Tania, sa fille. Malheureusement, la même année, son mari meurt au combat.

C’est en 1943 que commence sa carrière d’espionne au sein des services de renseignements britanniques au SOE (Special Operation Executive). Elle est choisie, notamment, pour ses capacités linguistiques : elle parle l’anglais et le français couramment. Elle reçoit un entraînement paramilitaire en Écosse. Son nom de guerre est Louise et son nom de code Seamstress (couturière). Elle est également connue sous le nom de Vicky Taylor ou la P’tite Anglaise. On lui donne deux missions principales lors de sa carrière.

Sa première mission est d’aider à reformer une cellule résistance qui a été partiellement démantelée par l’armée allemande autour de Rouen. Violette est parachutée près de Cherbourg puis elle atteint Rouen. Elle est auprès de Philippe Liewer, effectue de fréquents allers-retours entre Rouen et Paris et envoie des rapports sur les lieux où se trouvent les usines tenues par les forces allemandes, ce qui est déterminant pour cibler les bombardements. Une fois cette mission de trois semaines achevée et réussie, elle retourne auprès de sa fille en Angleterre.

Elle est vite rappelée en France, à Limoges, où elle endosse le rôle de radio et agent de liaison. Elle organise la coordination dans les maquis pour le sabotage de lignes de communication. Le 10 juin, après plusieurs parachutages et actions, elle tombe dans une embuscade. Iels sont trois résistant·es dans la voiture mais elle seule est arrêtée. Violette est interrogée et torturée par la Waffen-SS. Restant silencieuse, elle est emmenée à Paris où la torture et les interrogatoires durent encore des semaines. Elle ne parle toujours pas. La jeune femme est déportée en Allemagne au camp de Ravensbrück. Violette y reste jusqu’en 1945 avec d’autres consœurs espionnes, Denise Bloch et Lilian Rolfe. Après des mois de torture et malnutrition, elles sont sorties du camp pour être emmenées, ses deux consœurs sur des brancards, à leur lieu d’exécution. Elles sont assassinées d’une balle dans la nuque. Violette Szabo a alors 23 ans.

Pour aller plus loin

  • Un film retraçant sa vie d’espionne a été réalisé : Carve Her Name with Pride.
  • L’émission Autant en emporte l’histoire retrace sa vie sous un docu-fiction dans son émission du 28 février 2016.
  • Une interview de sa fille Tania dans laquelle elle parle du fait qu’elle doive vendre les médailles de sa mère pour survivre, mais aussi de la vie et carrière de celle-ci.

LUCIE AUBRAC

Lucie Bernard, née le 29 juin 1912, souhaitait d’abord devenir institutrice, avant de prendre les chemins de la Résistance. Elle réussit à 17 ans le concours d’entrée pour une école d’institutrice mais, refusant de porter l’uniforme de l’internat, elle claque la porte. On sent déjà l’âme de la résistante en marche !

En 1932, elle rejoint les Jeunesses communistes et prend déjà conscience de la montée des fascismes en Europe. Tout en militant activement, elle fait ses études et reçoit son agrégation d’histoire en 1938. Puis, alors qu’elle est en poste à Strasbourg, elle rencontre Raymond Samuel dit Aubrac et l’épouse en 1939.

Dans les témoignages qu’elle nous a laissés, Lucie Aubrac a beaucoup insisté sur le fait que la résistance ne commençait pas par les armes, mais par une réflexion civique, que de nombreuxes Français·es vont avoir. Elle raconte notamment que quand le régime de Vichy destitue les Français d’origine étrangère de leur naturalisation, cela suscite des réactions : « Il y a des gens qui vont réfléchir et qui vont dire “Mais iels n’ont rien fait ces gens-là ! On les a accepté·es, iels nous ont rendu service !” Vous voyez ça commence pas avec des grenades. Ça commence parce que quand on a une tête et qu’on a un cœur on réfléchit. Et puis on ouvre son cœur. »

Quand elle raconte son déclencheur personnel, son anecdote est pleine d’une sororité capable encore aujourd’hui de tout·es nous émouvoir. En 1940, le régime de Vichy chasse les juif·ves de la fonction publique. À l’époque, elle est professeure dans un lycée de jeunes filles à Lyon. Lorsque la directrice du lycée où elle travaille est révoquée en raison de son origine juive, elle et ses collègues sont sous le choc. Et quand vient la fin du mois, elles s’interrogent sur ses moyens de subsistance. Elles décident alors de chacune prendre une partie de leur salaire, perçu en liquide à l’époque, et de mettre cette somme obtenue en commun pour verser un salaire à leur directrice. Pour elle, la première arme de la Résistance, c’était la solidarité.

De nos jours encore, elle est principalement connue pour avoir réussi à organiser l’évasion de son mari Raymond Aubrac. Il avait été arrêté avec Jean Moulin à Caluire en juin 1943 et détenu à Lyon. Elle fut également la cofondatrice d’un journal pour les résistant·es : Libération-Sud. En rejoignant Londres en 1944 alors qu’elle est enceinte, elle s’exprime sur la BBC, s’adressant particulièrement aux femmes françaises pour les inciter à résister. À la fin de la guerre, elle fonde un journal pour donner la parole aux femmes, et militera pour la reconnaissance des femmes en politique. Jusqu’à son décès, le 14 mars 2007, elle ne manque pas de faire vivre la mémoire des résistantes.

Denise Vernay

Peut-être que vous n’avez jamais entendu parler de Denise Vernay, mais le nom de sa sœur, Simone Veil, vous parle certainement. Denise Jacob, née le 21 juin 1924, n’a que 16 ans en 1940. Elle est alors très troublée par les décisions du régime de Vichy. Voilà que la France, qui avait été jusque-là une terre d’accueil pour les réfugié·es juif·ves allemand·es, décide soudainement de les remettre à leur tortionnaires avec les juif·ves français·es…

Elle s’interroge alors sur ce qu’elle pourrait bien faire à son âge et avec peu de moyens. Pour commencer, dans son lycée avec une camarade, elle écrit au tableau les nouvelles rapportées par la BBC, car tous les médias français sont aux mains de l’occupant. Elle recopie également sur papier les tracts dictés par Londres, et les distribue autant qu’elle peut.

Souhaitant devenir plus active, en 1942, elle se présente à l’Union générale des Israélites de France à Nice. La mission de l’UGIF consiste principalement alors à cacher des réfugié·es juif·ves étranger·es et leurs enfants. En 1943, alors qu’elle est dans un camp d’éclaireuses, elle décide, non sans mal, de se couper de sa famille. Une de ses amies l’aide alors à se faire engager comme agent de liaison chez les « Francs Tireurs ». Sa famille est arrêtée seulement 10 jours après leur dernière entrevue.

À Annecy, elle se porte volontaire pour récupérer des postes émetteurs et de l’argent parachutés en Saône-et-Loire. Elle va alors faire un trajet de 240 km en bicyclette ! Une fois la récupération réussie, elle regagne Lyon en taxi. Mais malheureusement, après son départ de Lyon, elle est arrêtée à un barrage et remise à la Gestapo. Elle sera torturée puis déportée à Ravensbrück. En avril 1945, elle est libérée à Mauthausen où elle avait été transférée un mois plus tôt. Elle passe la fin de sa vie à faire vivre la mémoire des déporté·es et des résistant·es jusqu’à son décès le 4 mars 2013.

II – …et il y a aussi les anonymes

Il y a également des femmes qui sont restées, de leur plein gré ou encore plus oubliées par l’Histoire, dans l’anonymat. Nous vous proposons une série de témoignages où elles racontent leur Résistance et leurs combats.

France 3 a consacré un reportage à trois femmes résistantes qui ont, de trois manières assez différentes, contribué à l’effort de résistance.

Marie-Jo Chombart de Lauwe a 92 ans à l’époque du reportage et est rentrée dans la Résistance à 20 ans. Sa famille était déjà engagée et elle s’engage toute entière après l’appel du général de Gaulle. Elle passait des armes et des munitions sous les yeux des nazis. Malheureusement, elle a été arrêtée. Marie-Jo a d’abord passé des mois à la prison de la Santé avant qu’elle ne soit déportée dans un camp de concentration. Elle est ensuite devenue sociologue, spécialisée dans le traitement des enfants et le fascisme, et a fait des conférence auprès des jeunes.

Madeleine Riffaud, 91 ans au moment du documentaire, était une des seules femmes qui a porté les armes en tant que résistante. Elle est entrée dans la Résistance à 16 ans. Un soldat allemand lui a mis « un coup de pied au cul » et ça a été le déclencheur de son entrée en Résistance : « Vous n’allez pas nous humilier longtemps, je sais qu’il y en a qui résiste, et ben je vais aller les retrouver. » Elle servait tout d’abord d’intermédiaire et elle a demandé à participer au même titre que les hommes car si elle allait sur le terrain, autant agir comme les autres. Madeleine était à la tête d’une brigade composée d’hommes et a mené des actions armées dans Paris.

Cécile Rol-Tanguy a eu une fille juste avant l’entrée de l’armée allemande dans Paris. Elle l’a vue mourir faute de soin. Seulement quelques jours après et sans douter, elle décide de rejoindre les rangs de la Résistance en tant que dactylo : elle tapait à la machine les appels à la résistance. Elle avait en tête une phrase de son mari, militant communiste, mobilisé à la guerre : « L’ennemi, c’est le fascisme. » De son retour du front, Henri a décidé de passer à la lutte armée. Il laisse le choix à son épouse de le suivre dans cette lutte ou de rester dans un service plus tranquille car « là c’est la peine de mort que l’on risque ». Elle décide de le suivre.

Sur des plateformes comme YouTube, vous pouvez aussi trouver un certain nombre de témoignage de femmes résistantes.

Nous vous proposons celui de Yvonne Abbas, syndicaliste CGT, communiste, résistante et déportée.

« Yvonne Abbas naît en 1922 à Pérenchies. Elle fait sa scolarité à La Madeleine jusqu’au certificat d’études. Issue d’une famille modeste, orpheline de père, elle commence à travailler dès l’âge de 13 ans et devient syndicaliste. Elle se marie à Florent Debels à 16 ans et adhère notamment à l’Union des jeunes filles de France dès sa fondation, en 1936. Elle fréquente de grands noms de la future Résistance. Elle s’engage elle-même dans la Résistance dès le début de l’occupation, sa “piaule” sert d’hébergement et de dépôt de matériel. Presse clandestine, tracts, faux-papiers : ses activités lui valent d’être arrêtée par la “Police spéciale” française le 29 avril 1942 – le jour de ses 20 ans – avec Louis Petit et Jean Bracq (qui seront fusillés par les nazis). Elle est emmenée au commissariat central de Lille, subit des interrogatoires musclés, de la torture morale mais ne parle pas. »

Le destin de Madame Fischer, résistante, arrêtée et déportée sous l’occupation, sera différent.

« Le 22 février 1944, madame Andrée Fischer née Bedecarrax, habitante de Carbon-Blanc, déjeune avec un ami résistant dans un restaurant de Bordeaux. Il lui demande d’aller porter avec lui un revolver à un autre résistant et de passer avant rue Lecoq pour rencontrer deux frères (résistants tous les deux) qu’elle connaît. Lorsqu’iels arrivent rue Lecoq, c’est la milice qui les attend : les deux frères, arrêtés la semaine avant, ont trahi. À 20 ans, elle aura connu en peu de temps plusieurs trains et plusieurs camps. »

Colloque Place et rôle des femmes résistantes :

À l’occasion de la première Journée nationale de la Résistance, le 27 mai 2014, le Sénat a organisé un colloque sur les femmes résistantes. Le colloque dure environ 2 h 30 et consiste en trois tables rondes.

La première intervenante est Claire Andrieu, spécialiste de l’histoire politique de la France contemporaine. Elle définit le genre et le remet dans le contexte de l’époque en expliquant comment les a priori du genre ont participé à garder les femmes en dehors de la société en les assignant à leur résidence. Cependant, le fait qu’elles soient exclues leur a permis de se rebeller.

En outre, Mme Andrieu explique en quoi les actions menées par les femmes résistantes ont servi de plaidoyer pour l’adoption de texte de loi pour le droit de vote aux femmes.

Danielle Tartakowsky, spécialiste de l’histoire politique de la France au XXe siècle, donne l’exemple des manifestations féminines qui ont eu lieu entre novembre 1940 et l’été de 1944. Elle explique le début des manifestations avec leurs évolutions et la manière dont elles sont traitées par le régime de l’époque.

Catherine Lacour-Astol, historienne et membre du Centre d’histoire et de recherche sur la Résistance, présente le cas particulier du Nord étant donné sa localisation géographique et son histoire dans la résistance féminine. En outre, cette partie de la France témoigne de la précocité de la résistance féminine de la Seconde Guerre mondiale.

Dans la deuxième partie (TW mention de torture, de violence et d’expériences médicales), des résistantes nous racontent leurs histoires, leurs activités, leurs engagements et les raisons qui les ont poussées à rejoindre la Résistance.

Deux femmes, deux héroïnes, témoignent des actes qu’elles ont pu accomplir pendant leur parcours dans la Résistance. En effet, elles ont réussi grâce à leur intelligence et leur courage à faire passer des lettres dans des conditions dangereuses ou encore à être des espionnes pour la Résistance.

Malheureusement la Résistance ne se restreint pas qu’à ces moments ; deux résistantes qui ont été arrêtées et déportées témoignent. Elles expliquent que la Résistance est un acte continu même dans les camps de concentration ; par exemple, elles refusent de travailler sur les armes de l’ennemi et sabotent les machines. Elles essaient aussi de sauver les vies d’autres déportées et font face à la déshumanisation par les nazis.

La 3e table ronde porte sur la Résistance après la Libération.

Certaines résistantes choisissent de s’engager dans la vie politique et d’autres choisissent de continuer leur parcours de résistance par des engagements associatifs.

La première intervenante, Christine Bard, historienne spécialiste dans l’histoire des femmes, du genre, et du féminisme, appelle l’histoire des résistantes « l’histoire des oubliées ». Elle explique comment la contribution et les actes des résistantes sont toujours sous-estimé·es en comparaison de celleux des hommes, ce qui se traduit dans la distribution des médailles après la Libération. On voit à travers son intervention l’empreinte du patriarcat dans l’écriture de l’Histoire.

Pour parler de l’engagement politique des résistantes après la Libération, Sabrina Tricaud, docteure en histoire politique, expose la place des sénatrices issues de la résistance dans la vie politique avec les sujets principaux de leurs interventions et leurs propositions de lois. Elle parle aussi de la régression de la représentation féminine dans l’assemblée nationale pendant les années suivant la Libération.

Le colloque est conclu avec de nouveaux témoignages de résistantes. Elles nous font part de leurs engagement social à la Libération par la fondation d’associations pour aider et soigner les femmes déportées, ou pour garder la mémoire et l’histoire de ces femmes.

Pour aller plus loin

La page du colloque sur le site du sénat où se trouvent des vidéos des témoignages par thème ou par personne.