Le week-end dernier, du 16 au 18 juin, se tenait la 12 ème édition du Hellfest à Clisson. Amateurices de métal et musiques plus ou moins extrêmes ont pu profiter d’une belle programmation de 160 groupes répartie sur 6 scènes. Petit compte-rendu féministe du festival.

Commençons avec quelques chiffres : sur les 160 groupes programmés, j’ai compté 7 groupes* comprenant au moins une musicienne, soit un ratio de 4,5 %. À titre de comparaison, les statistiques de l’Encyclopaedia Metallum (la bible des groupes métal) qui recensent 619 529 artistes, comptent 37 865 artistes femmes, soit un ratio de 6 %. Le festival ne se démarque donc pas de la moyenne.

* j’exclus des comptes les quelques musiciennes du bagad invité sur scène pendant le set des Ramoneurs de Menhirs, j’espère ne pas avoir oublié de groupe au passage.

EDIT 10h55 : on me murmure à l’oreille des commentaires que j’ai oublié Gina Gleason (guitare, chant) de Baroness et Liz Buckingham (guitare) d’Electric Wizard, qui ont joué sur la Valley. Cela fait donc monter les stats à 9 groupes et 5,5 % en terme de ratio !

En termes de visibilité, aucun de ces 7 groupes n’a joué sur les Main Stages, et deux ont été programmés en soirée (Chelsea Wolfe et Wardruna, le samedi soir). Les groupes comprenant des musiciennes étaient majoritairement concentrés sur la scène de la Valley (stoner/sludge), à l’exception de Wardruna et Igorrr qui ont joué sur la Temple. Parmi les chanteuses, notons qu’aucune n’officiait dans un style hurlé/growlé. Autrement dit, les groupes sélectionnés évoluaient dans des styles où l’on a généralement tendance à voir plus de musiciennes.

En conférence de presse dimanche, l’organisateur du Hellfest Ben Barbaud annonçait que l’on avait comptabilisé 25 % de femmes parmi les festivalier·e·s, contre 10 à 15 % durant les premières éditions. Comme d’habitude en France, on n’en saura pas plus en ce qui concerne d’autres critères de mesure. À titre d’observation personnelle : le public tout comme les musicien·ne·s sur scène étaient en très large majorité blanc·he·s, quelques couples queer étaient noyés dans la masse des couples hétéros (est-ce que je compte le garçon visiblement éméché qui a embrassé sur la bouche son ami qui a fait une tête « wtf ?» en sortant de la Temple ? Vu l’expression sur son visage après, j’ai envie de dire oui), un drapeau LGBT épinglé à un arbre près de la Main Stage numéro 2. Oui, on se console comme on peut avec ces petits détails pour oublier les « on est pas des pédés » et autres  « on est pas des tarlouzes » gueulés la nuit dans le camping du festival…

Vendredi, sur la scène de la Warzone, Les Ramoneurs de Menhirs se félicitaient de la diversité présente au festival : à vrai dire, on la cherche encore, et sur scène, et dans le public…

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Pour finir, voici une petite présentation des groupes et des musiciennes présentes au Hellfest cette année, par ordre de passage dans la programmation, avec quelques extraits de live issus de précédents concerts qui sont disponibles en ligne.

Note : pour revoir des concerts de cette édition du Hellfest en intégralité, la chaîne Arte a mis en ligne les vidéos de certains concerts (mais pas des groupes qui nous intéressent ici malheureusement, ce qui est une opportunité manquée de visibilisation).

Vendredi

12h50 : La première musicienne à monter sur la scène de la Valley est la batteuse Chiyo Nukaga du groupe Noothgrush (sludge/doom), pour délivrer un jeu lourd et sans fioriture. Démonstration :

 

14h20 : Le groupe qui enchaîne sur la même scène 50 minutes plus tard est le groupe états-unien de sludge/doom Subrosa avec Rebecca Vernon à la guitare et au chant, Sarah Pendleton et Kim Pack au chant et au violon (on a apprécié les « à poil » fins et distingués gueulés par quelques hommes du public juste avant le début du concert – ou pas).

Samedi

13h35 : Igorrr, objet non-identifié mélangeant death metal, trip-hop, électro, breakcore et baroque (entre autres) investit la scène Temple. Laure Le Prunenec délivre une très belle performance vocale et scénique. Un petit aperçu de ce que cela donne (leur récent concert l’opéra de Strasbourg pour le Métal Oper’Art Festival a par ailleurs été filmé en intégralité par Arte):

16h00 : Blood Ceremony (psyché) monte sur scène avec Alia O’Brien (chanteuse, claviériste et flûtiste du groupe).

19h40 : C’est au tour de la musicienne Chelsea Wolfe de prendre place sur la Valley. Je n’en dirai pas plus que pour Blood Ceremony, n’ayant pas assisté à ces deux concerts.

22h55 : Le groupe norvégien de folk Wardruna, visiblement très attendu vu l’affluence, délivre son set immersif sous la houlette de Kvitrafn et Lindy Fay Hella au chant. Celle-ci a d’ailleurs, je trouve, gagné en présence et en puissance par rapport à il y a quelques années, et c’est tant mieux.

Dimanche

11h40: Vôdûn est un trio anglais de « heavy-afro-psyché » (ouaip). On y retrouve la chanteuse Oya (Chantal Brown) et la batteuse Ogou (Zel Kaute, qui officie aussi dans le groupe de stoner Groan).

 

Voilà, 7 (erratum : 9) groupes avec des musiciennes à se mettre sous la dent, c’est quand même peu sur 3 jours pour des journées commençant à 10h30 et finissant à 2h du matin… Pourtant, avec 37 865 musiciennes recensées sur l’Encyclopaedia Metallum, on se peut dire qu’il y a de quoi se constituer de longues et riches playlists. Alors rendez-vous d’ici quelques semaines pour un prochain article sur les musiciennes dans le métal pour (re-)découvrir des musiciennes et autres gueulardes fabuleuses de métôôôl !